RÔLE DU DESIGNER

Le savoir-faire du designer s’exprime dans le changement du quotidien »
– Philippe Starck, entendu à la radio

« il me semble que le rôle du créateur, quel que soit son domaine d’intervention, est de marquer des limites à l’accélération des choses et des processus de consommation de notre société… »
– Etttore Sottsass, de retour d’Inde dans les années 60

LE STATUT DE LA MODE

Que l’on situe les prémices de ce que l’on appelle la mode au XIVe siècle au sein de l’aristocratie, à la cour de Louis XIV ou encore à la création de la haute-couture au XIXe siècle par Charles-Frederick Worth, cette activité, bien que s’imposant quotidiennement à des degrés divers, à tout un chacun, est, et à souvent été considérée comme secondaire voire « futile ».

Serge Diaghilev fréquentait assidûment Gabrielle Chanel et Misia Sert qui le lui rendait si bien, amies, conseillères et mécènes.
« Pour lui, Chanel représentait la mode et l’industrie – eaux peu profondes, traitresses, qui ne l’intéressaient guère – alors que dans la hiérarchie des valeurs de Misia, l’art passait en premier et la mode n’était qu’un amusant divertissement. Chanel trouvait indigne le pardessus élimé de Diaghilev ; Misia le jugeait attendrissant et n’en aimait que d’avantage celui qui le portait. »

La lecture de « Misia, la vie de Misia Sert » par Arthur Gold et Robert Fizdale (Folio) de cette pensée du maitre incontesté de la scène artistique parisienne du début du XXe siècle. Créateur, entre autre, des Ballets russes et organisateur des scandaleux Sacre du Printemps (1913) et Parade (1917) m’interroge sur le fait que rares sont les créateurs de mode, même parmi les plus fameux dont le statut atteint au sein du grand public, celui, plus considéré, d’artiste.

A l’instar de Rei Kawakubo ou d’Yves Saint-Laurent, Yohji Yamamoto fait sans doute parti des couturiers ayant franchi la frontière entre mode et art. Il défini aussi une frontière entre l’art et la mode. Pour, lui l’artiste « can make people think, can make people change » (in “Designing men’s clothing is very difficult for me”, Victoria & Albert museum). Parle-t-il de lui? Considère-t-il son travail comme étant celui d’un artiste?

Le couturier (est-ce dû au fait qu’il a été longtemps été considéré comme un « simple » fournisseur) est très logiquement lié à des fonctionnements industriels et saisonniers.

L’artiste, lui, « fait écho à », « est impliqué », « absout », « transcende », « révèle« , il est écouté et via son œuvre déclenche des engagements sociaux, voire politiques…

D’où la seconde question soulevée par cette lecture. Le secteur de la mode n’ayant de cesse de se préoccuper d’art, depuis la création des costumes du Train Bleu (1924) pour les Ballets russes par Chanel en passant par Schiaparelli et ses amis surréalistes, Yves Saint-Laurent et ses robes Mondrian ou encore Louis Vuitton et Takashi Murakami (2009) cherche-t-il à infiltrer nos quotidiens au-delà du divertissement?

Design, texte et sens

Le graphiste va au-delà du design il est aussi médiateur du sens.

Mais cette écriture, que les imprimeurs, les calligraphes, les grapheurs et les graphistes connaissent en spécialistes des formes, est aussi une production de sens, un jeu subtil avec la référence, qui projette et tisse à partir du texte d’innombrables liens vers d’autres textes..

Comme pratique des formes de l’écriture, le graphisme entretient donc un rapport privilégié avec le texte, qui n’est jamais indépendant des déterminations matérielles (livre, écran, typographie, etc.) dans lesquelles il est systématiquement maintenu. 

— Ellen Lupton, « Disciplines of Design », in « Writing with Foucault », 1996

AU SUJET DE LA (RÉ)INTERPRÉTATION CRÉATIVE

UNE CITATION DE DANIÈLE ROBERT, TRADUCTRICE, AU SUJET DE SON MÉTIER. UNE HUMBLE RÉFLEXION QUE L’ON PEUT ADAPTER À TOUT ACTE QUI SE VEUT CRÉATIF.

« LA TRADUCTION EST TOUJOURS UN ART DE LA PERTE. MAIS IL FAUT SAVOIR ACCEPTER DE PERDRE QUELQUE CHOSE AU PROFIT D’UNE AUTRE CHOSE, QUI VA ÊTRE UN GAIN POUR LE TEXTE. POUR LE TEXTE D’ARRIVÉE, MAIS AUSSI POUR LE TEXTE DE DÉPART, PARCE QU’ON PEUT, PAR LA CRÉATIVITÉ QU’ON Y APPORTE, SOULEVER QUELQUE CHOSE QUI N’ÉTAIT PEUT-ÊTRE MÊME PAS APPARU À L’AUTEUR.
UMBERTO ECO A EU UNE TRÈS BELLE FORMULE, IL A DIT : « TRADUIRE, C’EST DIRE PRESQUE LA MÊME CHOSE ». C’EST DANS CE « PRESQUE » QUE SE SITUE LA CRÉATIVITÉ DU TRADUCTEUR. ON N’EST JAMAIS UN CLONE DE L’AUTEUR QUE L’ON TRADUIT – C’EST IMPOSSIBLE, ET CE NE SERAIT MÊME PAS SOUHAITABLE – ; ON APPORTE UN AUTRE OUVRAGE, UN AUTRE LIVRE, AVEC UN GRAND RESPECT POUR CE QUE LE LIVRE INITIAL EST, MAIS AUSSI POUR CE QUE SOI-MÊME ON APPORTE, AVEC SA PROPRE LANGUE, SA PROPRE CULTURE, SA SENSIBILITÉ, ET MÊME SES DÉFAUTS. »

EST-CE QUE CELA PEUT REMETTRE EN CAUSE LA NOTION DE PLAGIAT?

APPLE INC. CONSIDÉRÉE COMME UNE DES ENTREPRISES LES PLUS CRÉATIVES DE NOTRE ÉPOQUE À LONGTEMPS ACCUSÉ MICROSOFT DE PLAGIER SES INTERFACES.

EN 2004 POUR LA SORTIE DU NOUVEL OS, APPLE COMMUNIQUAIT AINSI (LE CAMPUS DE REDMOND EST LE SIÈGE DE MICROSOFT)

L’IPOD D’APPLE PRÉSENTÉ EN 2001 À DE SON CÔTÉ ÉTÉ COMPARÉ AU JUKEBOX 6000 DE LA SOCIÉTÉ ARCHOS, MAIS CE N’ÉTAIT PAS UN PLAGIAT, MAIS UNE RÉINTERPRÉTATION PLUS ADAPTÉE EN TEMES DE DESIGN, PRIX ET MARKETING DU CONCEPT RÉVOLUTIONNAIRE D’ARCHOS.

IL FAUT CONSIDÉRER TOUTE FORME DE CRÉATIVITÉ COMME FAISANT PARTI D’UN CONTINUUM ET NON D’UNE FORME D’ABIOGÉNÈSE INVENTIVE.

CET ARTICLE PEUT FAIRE SUITE À CELUI-CI

 

PIERRE BERGÉ, LA MODE, LA PRESSE…

QUAND PIERRE BERGÉ EN VEUT À LA PRESSE…

« TOUT CE QU’ON MONTRE DOIT ÊTRE VENDU, TOUT CE QU’ON VEND DOIT ÊTRE PORTABLE (…). UN CRÉATEUR, ÇA N’EST PAS FAIT POUR ALLER S’INSPIRER DES ARMOIRES DE SA GRAND-MÈRE (…).
LA MODE A DE BEAUX JOURS DEVANT ELLE, À CONDITION DE NE PAS S’ENFERMER DANS L’ESTHÉTIQUE, DE RESPECTER CEUX ET CELLES QUI LA PORTENT (…).
IL FAUT METTRE LA CRÉATION AU SERVICE DU PRODUIT ET NE PAS L’ÉCRASER: VOILÀ LE SUJET (…).
IL Y A TROP DE BLUFFEURS DANS LA MODE, EN PARTICULIER CEUX QUI SONT ENCOURAGÉS PAR LA PRESSE »

HISTOIRE D’UN COSTUME DADA

EN JUIN 1921 TRISTAN TZARA MEMBRE DU MOUVEMENT DADA, PRÉSENTE AU THÉÂTRE DES CHAMPS-ÉLYSÉES (GALERIE MONTAIGNE) UNE PIÈCE PARODIQUE DU THÉÂTRE CLASSIQUE FRANÇAIS: « LE CŒUR À GAZ » OU DIXIT SON CRÉATEUR « LA PLUS GRANDE ESCROQUERIE DU SIÈCLE ». LA PIÈCE MAINTIENT PENDANT TOUTE LA REPRÉSENTATION L’ILLUSION DE L’IMPROVISATION BIEN QU’IL Y AIT UN TEXTE.

Lire la suite « HISTOIRE D’UN COSTUME DADA »

Making of The Look

Un rapide décryptage du process mis en place et des coulisses menant du mannequin au consommateur ou dit autrement la création d’un « look » qui séduira les masses.

Des extraits tirés de l’enquête menée par la sociologue américaine Ashley Mears et reportés dans son livre « Pricing Beauty, the making of a fashion model » . Egalement, le livre remet en cause la notion de beauté comme un acquis et se penche sur la manière dont les considérations ethniques et de genre sont traitées dans la profession et vers quelles inégalités elles débouchent parfois.

The first step to understanding this world involves a little reverse magic to bring invisible actors into light. While models reap plenty of attention as pop culture icons, no model gets far without the campaigning efforts of a booker and a few key clients. Networks of agents, scouts, assistants, editors, stylises, photographers, and designers constitute a production world chat links models to fashion consumers.

Scouts and agents « discover » raw bodily capital and then filter it to clients —photographers, designers, art and casting directors, stylists, and catalog houses. These clients « rent » models for short periods of time, maybe a few hours, days, or weeks, during which time they deploy this capital to appear in media outlets such as catalogs, showrooms, advertisements, magazines, catwalks, showrooms, and  » look books, » which are booklets that feature a designer’s new clothing collection.

In these media outlets, models’ images serve to entice store buyers and, ultimately, to seduce fashion shoppers, the final consumers of the look, into making a purchase, as shown below.

production-the-look

Taken together, these producers constitute a world of backstage production, or an « art world, » as sociologist Howard Becker calls it (1982).
In an art world, the talent is one piece of the art-making process, but talent should not be privileged as the gravitational center. Creative goods such as 1nusic, art, or books do not mysteriously emerge from individual acts of artistic genius. They materialize from institutions, organizations, industrial field structures, and the everyday routines of people at work. A work of art is as much the product of a whole series of intermediaries and their shared norms, roles, meanings, and routines as it is the creation of an individual artist. In other words, mundane processes of production are important in shaping culture.

An art world approach belies common sense; we’re used to thinking that the best people rise to the top of any market, as popular media accounts unanimously celebrate. It is tempting to think that models are lucky winners in some « genetic lottery, » as though their bodies were superior gifts of nature chat automatically receive social recognition, and, indeed, some evolutionary psychologists echo this view.

Such explanations of the deservingly triumphant cannot account for the physical outliers —people such as Kate Moss, who at 5’6, » is short by model standards, or Sophie Dahl, who reached fashion fame at a size 10, rather heavy compared to her catwalk counterparts. Nor does talent account for the hundreds of thousands of similarly built genetic lotto winners who will never receive social recognition— people such as Liz and Sasha and the thirty-eight other models I interviewed for this book. Their stories make sense only in the context of a whole web of producers, the relationships they form, and the conventions they share.

Thinking about looks as part of a world of production rather than as an individual quality called beauty allows us to see how aesthetic judgments materialize from a collaborative process.

The look is the result of people doing things together.

Pricing Beauty, the making of a fashion model, by Ashley Mears, 2011, University of California Press

Esthétisation du monde

« Tous les produits, jusqu’aux emballages, doivent maintenant être chargés d’une force de séduction, avoir du style, un look, une esthétique. Un nouveau « capitalisme artiste » l’a remporté, aucun corps de métier ne fonctionne plus sans designer, sans styliste, sans coloriste. Le consommateur, lui, bien plus qu’un fanatique des marques, devient un « Homo Æsteticus », un individu qui crée sa propre allure, son cadre de vie, qui « remixe », qui « matche », invente sa personnalité… »

(Gilles Lipovetsky)