Hyperstyle : la curation identitaire remplace les sous-cultures

Du look-signe au look-montage

En face de moi, son look était composé d’une accumulation de signes : bottes de biker à plateforme, ceinture en damier noir et blanc empruntant au registre ska, tee-shirt moulant à rayures de prisonnier, pantalon cargo à chaînes, veste en jean noir coupée court — autant de signes empruntés aux sous-cultures punk, emo, hardcore, ska, goth.

À cet assemblage venaient se greffer quelques stickers Pokémon fluos glissés sous la coque d’un iPhone SE et, pour couronner le tout, un pendentif arborant une fleur de lys tête-bêche.

Ce qui me frappe, c’est « la logique d’assemblage » : autrefois, un tel télescopage aurait paru impensable, tant primait une logique d’appartenance structurée par des codes relativement stables. Chaque groupe imposait ses signes. Le vêtement valait alors comme indice de ralliement. Ce que l’on portait disait à quel monde l’on appartenait et, corrélativement, à quels autres mondes l’on n’appartenait pas.

Cette logique a largement cédé. Les codes ne valent plus comme signes d’adhésion exclusive à une tribu ; ils circulent, se détachent de leurs ancrages d’origine et deviennent remixables.

Curation Identaire: le collage comme cohérence

La cohérence d’une silhouette ne tient donc plus à sa fidélité stylistique, mais à une logique de collage et de curation identitaire. Chaque pièce semble extraite d’un registre distinct, parfois contradictoire, puis réassemblée dans une composition dont l’unité ne repose plus sur la pureté stylistique, mais sur la maîtrise du montage.
Ce qui était sacrilège pour ma génération devient aujourd’hui un principe de montage, et non plus un uniforme.

Hyperstyle: quand la surcharge devient esthétique

On pourrait parler ici d’hyperstyle, par analogie avec l’hyperpop dans le domaine musical, parce qu’une logique formelle commune semble à l’œuvre dans les deux cas.

De même que l’hyperpop mêle les genres, les manipule, les fait coexister « sans faire de vagues, mais en faisant des vannes », comme le formule Théa, figure de proue de l’hyperpop — et les pousse à saturation, certaines silhouettes actuelles font de même.
Il ne s’agit pas forcément d’une fusion harmonieuse, mais d’un collage assumé, où la surcharge elle-même devient principe esthétique.

La radicalité d’autrefois n’a pas entièrement disparu, mais elle change de logique. Elle ne s’énonce plus dans la fidélité orthodoxe à un code, mais dans l’intensification et le second degré. Le vêtement ne manifeste plus seulement une appartenance.

Avec l’hyperstyle, les sous-cultures subsistent sous une forme compressée, remixée, saturée.