ON A VU ÇÀ: FUTURISSIMO A TOULON

Hyères en Provence accueille la Design Parade 2021 jusqu’à la fin du mois d’octobre. Depuis quinze ans, au sein de la Villa Noailles, ce festival qui cette année précède le Festival International de mode et de photographie est un moment de rencontres et de découvertes autour de l’architecture d’intérieur.

Stimuler la culture et le patrimoine toulonnais

Dans le cadre de cette manifestation, à quelques encablures, Toulon, la ville qui héberge le célèbre port militaire réserve l’Hôtel des Arts au Centre Pompidou, commissionné depuis cinq ans pour organiser des expositions dont les éléments sont issus de sa collection.

La Design Parade Toulon est cette année, consacrée à la vision utopiste du design italien de 1930 à l’aube du XXIe siècle. Cette exposition est l’occasion de parcourir à travers le mobilier, les arts de la table, l’architecture post moderne, les luminaires ou l’édition (…) une histoire du design italien.

Du mouvement rationaliste des années vingt aux prémices de Memphis des années quatre-vingt, il s’agit de (re)croiser et d’appréhender l’impact dans notre quotidien des grands noms de ces courants, de Gio Ponti à Gaetano Pesce, Joe Colombo à Ettore Sotsass…

THIS IS LIFE…

They love to be together … and they hate to be alone …
They hate to be together … and they love to be alone …

Artist Anh Duong and actor David Harbour in Teviotdale house (built in 1773) in upstate Livingstone, N.Y. Still image by Tina Barney for Thom Browne « back to his basic clothing collection » for AW 2021.

MARIÉS À LA VIE À LA MORT

On pourrait débattre de longues heures sur l’art de la réinterprétaion, l’opportunisme parfois provocateur de Demna Gvasilia.
On préfère retenir certaines de ses explorations qu’il dissémine tantôt au sein des boutiques, lors des défilés ou sur les réseaux sociaux, affirmant par là même son talent individuel autant que son allégeance à la maison Balenciaga.

Serions-nous face au créateur de mode qui capture et interroge le mieux notre époque?

Robe de mariée, Cristobal Balenciaga, 1967

Demna Gvasilia fragmente et dilate son champ de création via sa marque VETEMENTS, déclinée en VETEMENTS UNCENSORED ou encore VTMNTS, par la création de produits dont une jeunesse est parfois prête à tout pour se les procurer comme la Triple »S ».

Warholien il pousse le bouchon en créant des boucles d’oreilles capsules de bouteille ou en reproduisant le sac Ikea. Flirte avec le groupe très controversé Ramstein et pousse au sublime via la direction artistique de Balenciaga dont le dernier show Couture (ci-dessous) reprend les codes de la maison et réalise un bel écho aux créations du maître.

Robe de mariée, Demna Gvasilia pour Balenciaga Haute Couture, 2021

LE STATUT DE LA MODE

Que l’on situe les prémices de ce que l’on appelle la mode au XIVe siècle au sein de l’aristocratie, à la cour de Louis XIV ou encore à la création de la haute-couture au XIXe siècle par Charles-Frederick Worth, cette activité, bien que s’imposant quotidiennement à des degrés divers, à tout un chacun, est, et à souvent été considérée comme secondaire voire « futile ».

Serge Diaghilev fréquentait assidûment Gabrielle Chanel et Misia Sert qui le lui rendait si bien, amies, conseillères et mécènes.
« Pour lui, Chanel représentait la mode et l’industrie – eaux peu profondes, traitresses, qui ne l’intéressaient guère – alors que dans la hiérarchie des valeurs de Misia, l’art passait en premier et la mode n’était qu’un amusant divertissement. Chanel trouvait indigne le pardessus élimé de Diaghilev ; Misia le jugeait attendrissant et n’en aimait que d’avantage celui qui le portait. »

La lecture de « Misia, la vie de Misia Sert » par Arthur Gold et Robert Fizdale (Folio) de cette pensée du maitre incontesté de la scène artistique parisienne du début du XXe siècle. Créateur, entre autre, des Ballets russes et organisateur des scandaleux Sacre du Printemps (1913) et Parade (1917) m’interroge sur le fait que rares sont les créateurs de mode, même parmi les plus fameux dont le statut atteint au sein du grand public, celui, plus considéré, d’artiste.

A l’instar de Rei Kawakubo ou d’Yves Saint-Laurent, Yohji Yamamoto fait sans doute parti des couturiers ayant franchi la frontière entre mode et art. Il défini aussi une frontière entre l’art et la mode. Pour, lui l’artiste « can make people think, can make people change » (in “Designing men’s clothing is very difficult for me”, Victoria & Albert museum). Parle-t-il de lui? Considère-t-il son travail comme étant celui d’un artiste?

Le couturier (est-ce dû au fait qu’il a été longtemps été considéré comme un « simple » fournisseur) est très logiquement lié à des fonctionnements industriels et saisonniers.

L’artiste, lui, « fait écho à », « est impliqué », « absout », « transcende », « révèle« , il est écouté et via son œuvre déclenche des engagements sociaux, voire politiques…

D’où la seconde question soulevée par cette lecture. Le secteur de la mode n’ayant de cesse de se préoccuper d’art, depuis la création des costumes du Train Bleu (1924) pour les Ballets russes par Chanel en passant par Schiaparelli et ses amis surréalistes, Yves Saint-Laurent et ses robes Mondrian ou encore Louis Vuitton et Takashi Murakami (2009) cherche-t-il à infiltrer nos quotidiens au-delà du divertissement?

Design, texte et sens

Le graphiste va au-delà du design il est aussi médiateur du sens.

Mais cette écriture, que les imprimeurs, les calligraphes, les grapheurs et les graphistes connaissent en spécialistes des formes, est aussi une production de sens, un jeu subtil avec la référence, qui projette et tisse à partir du texte d’innombrables liens vers d’autres textes..

Comme pratique des formes de l’écriture, le graphisme entretient donc un rapport privilégié avec le texte, qui n’est jamais indépendant des déterminations matérielles (livre, écran, typographie, etc.) dans lesquelles il est systématiquement maintenu. 

— Ellen Lupton, « Disciplines of Design », in « Writing with Foucault », 1996