La semaine dernière, une table ronde organisée par Polimoda ouvrait une réflexion sur l’avenir de la mode au croisement de la créativité, de la technologie et de l’éducation Sur le papier, rien qui paraisse radicalement neuf. Intelligence artificielle, hybridation des compétences, importance du récit de marque, nécessité de repenser la formation : le vocabulaire est désormais bien installé. Mais l’intérêt de cette rencontre n’était pas là. Il résidait dans la parole de professionnelles confrontées chaque jour à ces tensions.
En face de moi, son look était composé d’une accumulation de signes : bottes de biker à plateforme, ceinture en damier noir et blanc empruntant au registre ska, tee-shirt moulant à rayures de prisonnier, pantalon cargo à chaînes, veste en jean noir coupée court — autant de signes empruntés aux sous-cultures punk, emo, hardcore, ska, goth.
À cet assemblage venaient se greffer quelques stickers Pokémon fluos glissés sous la coque d’un iPhone SE et, pour couronner le tout, un pendentif arborant une fleur de lys tête-bêche.
Lorsque l’on parle, en ville, de designers « créatifs », on cite souvent Rick Owens — en se limitant, souvent, à la dimension spectaculaire et blah.
On évoque la nudité de ses modèles lors du show « Sphinx » de Fall/Winter 2015 menswear, où des mannequins hommes défilaient sexe à l’air, ou le défilé « Cyclops » de Summer/Spring 2016 où des mannequins étaient littéralement portés comme des sacs à dos (human backpacks) par d’autres — clin d’œil assumé à Leigh Bowery. Du mélange des genres, des défilés qui basculent dans la performance. On parle aussi de son corps sculpté et du couple-fusion, devenu iconique, qu’il forme avec Michèle Lamy.
En séjour dans le Sud de la France, j’ai choisi de faire halte à Hyères et de « monter » jusqu’à la Villa Noailles.
Mon intention première était simple : retrouver après tant d’années, l’atmosphère de la villa, telle que l’a pensée Robert Mallet-Stevens. Flâner dans les jardins, réhabiter les volumes des pièces, retrouver la gamme des couleurs, la lumière du sud qui découpe les angles et les maints détails, précieux, de la décoration .
Touché le fond de la piscine…
Mais sur le trajet, une surprise : au sein de la piscine, les panoplies des participants de la dernière session du Festival de Mode et de Photographie étaient exposées. C’était (presque) comme se retrouver au bon vieux temps quand les marques et autres sponsors n’avaient pas envahi le Festival.
Organisé de façon « pirate » par Émilie Hammen, la nouvelle directrice du musée, ce début de soirée s’est tenu au niveau des guichets (!), où quelques chaises avaient été ordonnées pour l’occasion.
On y célébrait la sortie de l’ouvrage dédié au journaliste Farid Chenoune : La Mode aux trousses. Chroniques de mode, Libération 1982-1995.
La rencontre était rythmée par des lectures de l’actrice Helena de Laurens, redonnant ainsi vie à la plume du chroniqueur.
« Stolen Face » , le film de Terence Fisher (1952) ne traite pas l’identité comme une intériorité, mais comme un contrat social. Le visage n’y est pas une simple surface : c’est un sésame. On se retrouve face à une histoire sur la fabrication de l’identité. En changeant le visage défiguré d’une ancienne criminelle, le chirurgien (Paul Henreid) obsédé et froid prétend reconstruire une femme — sosie d’un amour contrarié (interprété par Lizabeth Scott) — mais ce qu’il reconstruit surtout, c’est une position dans le monde : l’accès à une classe, à une crédibilité, à une lisibilité sociale.
Le film dit quelque chose de brutal : l’identité est d’abord un ensemble de codes qui permettent aux autres de classer — et donc de conditionner tout le reste. Être lisible socialement, c’est déjà être “accepté” par le système de lecture des autres.
Joelle Bondil est avant tout une artiste-scénographe dans un répertoire moderne ou contemporain. Mais elle réalise aussi des dessins à la main, souvent à partir de représentations graphiques traitées sous logiciel, en ce sens elle est aussi artiste plasticienne. Ces intéressants maillages qui rappellent l’étoffe sont à découvrir à la galerie Laurentin.