Modoscopie | Olivier Échaudemaison : luxe, mode et beauté

Note d’archive — Cet entretien a été publié le 6 mars 2013. Olivier Échaudemaison est mort le 12 août 2026, à l’âge de 84 ans. Au moment de cette rencontre, il était directeur artistique du maquillage de Guerlain. Le texte a été relu et légèrement contextualisé en août 2026, sans modifier le sens des propos recueillis.

Olivier Échaudemaison lors de la Modoscopie publiée en mars 2013.

Des années du Swinging London à Guerlain, Olivier Échaudemaison a traversé plusieurs époques de la mode et de la beauté. En 2013, il me racontait sa conception du luxe, ses souvenirs de Diana Vreeland et surtout son refus de la nostalgie.

Formé à la coiffure auprès d’Alexandre de Paris, Olivier Échaudemaison travaille ensuite à Londres, en pleine époque du Swinging London, et participe à de nombreuses séances de mode avant de se tourner progressivement vers le maquillage.

En 2013, il est directeur artistique du maquillage de Guerlain. Enthousiaste, énergique, curieux, un être hyperactif et curieux, au phrasé virevoltant, une personnalité très attachante, qui sait faire partager ses passions.

En compagnie d’Hélène Leblanc, qui partage avec moi le privilège de passer une heure avec lui, nous abordons à bâtons rompus quelques-uns des sujets qui nous tiennent à cœur.

« Le luxe, un plaisir pour soi »

Olivier Échaudemaison nous raconte l’histoire d’un vieux pull en cachemire, d’une « vilaine couleur », qu’il portait sous son uniforme pendant son service militaire. Personne ne le voyait, mais ce pull lui «remontait le moral».

Une anecdote qui devient pour lui une véritable définition du luxe.

Le luxe doit être subtil, presque simple d’apparence : « le luxe est un raffinement invisible ». Le silence et l’espace, devenus difficiles d’accès, sont eux aussi un luxe. Le luxe se rapproche alors presque de l’abstraction.

Ce qui, lui réponds-je, « nécessite une certaine culture, qu’il faut faire découvrir pour voir par-delà les paillettes ».

Le luxe en Asie, vu depuis 2013

Une partie de notre conversation porte sur l’évolution du luxe en Asie.

Au fil de ses voyages, Olivier Échaudemaison observe alors que l’attrait pour les grandes marques s’y exprime encore souvent par des signes très visibles : logo, reconnaissance immédiate, puissance internationale des maisons.

Mais il pense déjà percevoir une évolution. Une nouvelle génération de consommateur·ices chercherait davantage à exprimer sa propre culture et sa singularité. Il cite notamment l’importance accordée aux soins de la peau par rapport au parfum et anticipe la nécessité, pour les marques occidentales, de s’adapter à des attentes moins uniformes.

Relue aujourd’hui, cette réflexion vaut aussi comme photographie d’un marché du luxe tel qu’il était perçu en 2013.

Diana Vreeland et les grandes rédactrices de mode

Passant d’un sujet à l’autre, nous traversons les continents et le temps.

Olivier Échaudemaison devient particulièrement captivant lorsqu’il évoque l’époque des « grandes rédactrices de mode ». Il raconte avoir connu Diana Vreeland au début de sa carrière, à l’époque de Harper’s Bazaar.

Il décrit un temps où les rédactrices ne se contentaient pas de sélectionner des vêtements : elles « donnaient un style » aux histoires de mode, jusque dans les moindres détails.

Diana Vreeland choisissait des mannequins dont elle percevait la singularité et en faisait des stars (Jean Shrimpton, Twiggy, Marisa Berenson pour n’en citer que quelques unes) et construisait autour d’elles un univers, notamment par le choix des photographes (Bernstern, Avedon…) selon leur style (rock, bourgeois, british). Le magazine devenait une mise en scène complète plutôt qu’une simple succession de vêtements.

Échaudemaison évoque également certaines clientes très fortunées qui pouvaient changer de tenue plusieurs fois au cours d’une journée : robe de déjeuner, tailleur d’après-midi, robe de cocktail, robe du soir. Certaines achetaient jusqu’à plusieurs dizaines de modèles de haute couture par saison.

Le prêt-à-porter était déjà en plein développement, mais la haute couture conservait encore une place sociale et symbolique considérable. Les maisons s’appellent alors Jacques Heim, Maggy Rouff, Guy Laroche et bien d’autres.

À cette culture du temps long, Olivier Échaudemaison oppose déjà, en 2013, l’accélération de nos rythmes de vie.

Hier encore il avait du temps à consacrer à une seule personne, aujourd’hui notre rythme de vie ne le permet plus mais il aime pourtant continuer, deux ou trois fois par an, à maquiller « madame tout le monde » au sein d’un grand magasin : retrouver le contact direct, consacrer du temps à un visage plutôt qu’à une image abstraite de la beauté.

Never look back!

Avec son équipe chez Guerlain, Olivier Échaudemaison réinterprète constamment les courants et les adapte à son époque, quitte à « faire des erreurs ».

Nulle nostalgie dans ses propos. La mémoire de la mode ne l’empêche jamais de regarder vers l’avant.

Relu aujourd’hui, ce « Never look back » résume peut-être le mieux sa manière de traverser la mode : connaître ce qui précède, mais conserver la curiosité comme méthode.


A lire
« Les couleurs de ma vie », suivi d’un abécédaire de la beauté, Olivier Échaudemaison, éditions Cherche Midi
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La Modoscopie précédente était consacrée à Maria Luisa

 

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