La diffusion publique des intelligences artificielles génératives (IAG) à redéfinit nos pratiques créatives.
Ces outils, qui manipulent des volumes gigantesques de données et se présentent comme accessibles à tous, interrogent non seulement les processus de création, mais aussi notre propre autonomie artistique.
Outre une réflexion technologique, ces transformations touchent aux fondements mêmes de la créativité humaine et à son interaction avec l’imaginaire.
En 1977 dans son essai « Sur la photographie », Susan Sontag notait que chaque innovation technique tend à libérer le médium dominant de ses contraintes historiques. Ainsi, la photographie a permis à la peinture de s’émanciper de la représentation mimétique pour s’aventurer vers l’abstraction.
Il est légitime de se demander si les IAG libèrent à leur tour nos capacités créatives et quelles sont les conséquences de cette évolution sur notre autonomie et notre capacité à imaginer.
Création et imagination
Pour comprendre les implications des IAG, il est essentiel de distinguer création et imagination.
L’imagination est une faculté cognitive profondément humaine, capable de concevoir des représentations abstraites, immatérielles ou fictives, tout en intégrant une part de subjectivité et de projection dans l’avenir. Elle n’est pas forcément créative.
En revanche, la création consiste en un acte productif, visant à donner forme à des idées ou objets nouveaux, avec le désir de divergence, de vouloir briser les associations pré-existantes dans nos esprits et de s’éloigner des concepts communs pour plus de profondeur.
C’est aussi un processus itératif car l’on doit, à chaque fois que l’on souhaite explorer quelque chose de plus « créatif » stopper ses associations pour explorer une association de plus en plus nouvelle.
Les IAG sont des outils créatifs, car ils produisent des contenus originaux en recomposant des éléments préexistants et par exemple les fonctions variations ou remix de Midjourney sont une forme d’itération.
Pornographie visuelle, entre excitation et paralysie
Si les IAG démocratisent la production artistique en rendant instantanément accessible la création de variations infinies, cette simplicité risque de transformer radicalement la dynamique créative. La possibilité de générer rapidement un contenu encourage une forme de satisfaction immédiate, freinant l’exploration approfondie et favorisant une créativité que l’on pourrait qualifier de « passive ».
Lorsqu’il devient si « facile » de produire des œuvres numériques, pourquoi forcer ?
L’utilisateur n’est plus un créateur dans le sens traditionnel, mais un « regardeur-répondeur » aux propositions de l’assistant artificiel.
Ce phénomène soulève une question cruciale : cet « overflow » de contenu produit par les IAG enrichit-il véritablement la créativité humaine, ou nous enferme-t-il dans un leurre où l’abondance d’images sature notre sensibilité et diminue notre autonomie créative ?
Évoquant alors une forme de « pornographisation visuelle », où le l’excès d’images peut anesthésier la créativité et l’imagination.
Les Creative Adversarial Networks (CAN)
sont des modèles d’intelligence artificielle créés par l’équipe d’Ahmed Elgammal de l’université Rutgers aux États-Unis, qui rivalisent entre eux pour générer du contenu original, cherchant à dépasser l’imitation et à briser les associations habituelles.
Vers une autonomie créative renouvelée : de créateurs à curateurs ingénieux
L’émergence des IAG redéfinit notre rôle dans le processus créatif et libère une nouvelle « aptitude » que l’on pourrait qualifier d’ingéniosité performative, consistant à concevoir des instructions et des formules, afin de guider et d’affiner le travail généré par la machine de manière efficace…
Spectateur et médiateur, nous devenons à travers ces outils les curateurs et directeurs artistiques de notre création, explorant leurs limites et leur potentiel.
Ce rôle de médiation crée un nouveau défi et impose de choisir soigneusement nos interactions avec ces machines pour que la spécificité et la créativité de l’esprit humain reste active et nous permette de conserver une autonomie réelle mais aussi d’éviter une standardisation des représentations.

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