Le défilé de mode comme refuge

Le défilé de mode, une manifestation de résilience et d’identité

L’un des récits marquants de la conférence «Threads of Displacement: Cambodian and Syrian Refugee Textiles» à l’American University of Paris à été celui du projet «Love Coats», présenté par la designer et artiste Helen Storey.

Réalisé au sein du camp de réfugiés de Zaatari en Jordanie, ce projet a abouti à un événement particulièrement symbolique : un défilé de mode conçu et porté par de jeunes filles syriennes.

Helen Storey, American University of Paris, 4 juin 2025

À première vue, organiser un tel événement dans un contexte où les besoins vitaux — nourriture, abri, sécurité — semblent prédominer pourrait paraître incongru, voire superflu. Pourtant, cette initiative révèle plusieurs dimensions essentielles et profondes du vécu des réfugiés, du rapport avec le monde extérieur et du vêtement comme médiateur.

L’expression de la joie face au trauma

Helen Storey souligne que la joie peut émerger précisément dans des lieux traumatiques, car elle représente leur absolu opposé.

Le défilé ne relevait donc pas de la frivolité, mais d’un besoin vital d’exprimer la joie et l’espoir malgré l’extrême précarité.

Réappropriation de l’identité et de la dignité

Pour ces jeunes Syriennes, créer et porter leurs propres créations constituait une manière puissante de réaffirmer leur identité. Dans un contexte culturel où le vêtement est étroitement lié à la dignité, à la foi, mais aussi à la place de la femme, ce défilé devenait l’occasion d’affirmer leur individualité et de définir qui elles souhaitaient être, au-delà des contraintes immédiates du camp.

Vivre au-delà de la survie matérielle

Bien que les aspects matériels soient évidemment cruciaux, ce défilé rappelle l’importance de la survie culturelle et spirituelle.

À travers cette initiative, ces jeunes filles ne faisaient pas que subsister : elles affirmaient leur existence et leur humanité, revendiquant ainsi une vie riche de sens, même dans des circonstances difficiles.

Un acte d’autonomisation

Ce défilé représentait également un moment d’émancipation et d’affirmation personnelle. Helen Storey évoque le courage et la confiance qui émanaient de ces jeunes participantes lorsqu’elles «se tenaient debout et brillaient», se présentant non comme de simples réfugiées, mais comme des individus à part entière, forts et fiers de leur identité.

Un lien avec le monde extérieur et un axe de résistance

La volonté de porter des vêtements à la mode ou même de rechercher une forme de glamour, symbolisée parfois par des accessoires contrefaits mais chargés symboliquement (comme des sacs à main de marques), exprime un désir de connexion au-delà des frontières du camp. Cela rappelle les sapeurs congolais, qui utilisent la mode comme une forme de résistance culturelle face à l’héritage colonial. Ainsi, le vêtement devient un véritable outil de résistance, de dignité et d’affirmation identitaire.

Sapeur dans un camp de réfugiés

En définitive, ce défilé de mode, loin d’être un acte de déconnexion avec la réalité du camp, souligne au contraire la profonde résilience humaine et la nécessité de préserver sa dignité, sa culture, et sa joie, même au cœur de la précarité extrême.

Cela nous rappelle que la « crise des réfugiés » est fondamentalement une crise d’humanité : ces individus ne cherchent pas seulement à survivre, mais aussi à vivre pleinement leur identité et leur appartenance au monde.

Pour compléter votre lecture, suivez ce lien (par ici)