Le Marketing de la « Hype » et l’immersion culturelle

Ou comment une conversation avec une étudiante autour de Plur1bus et Marty Supreme (avec Timothée Chalamet), devient cours de marketing et fini en syllabus de cours.

Le Marketing de la « Hype » et l’immersion culturelle

Aujourd’hui, le marketing ne se contente plus de vendre un contenu ; il crée un écosystème qui projette l’univers des séries « ailleurs ».

L’objectif est de générer des souvenirs et de l’engagement hors de la salle de cinéma ou de la plateforme de streaming. Ce marketing est décrit comme chirurgical, innovant et osant sortir des cases tout en respectant des codes précis.

Module 1 : Le Marketing Transmédia et les « Easter Eggs »

Le marketing moderne utilise des points de contact réels.

• L’immersion par l’objet :

Apple utilise son écosystème pour publier de « vrais » livres issus de ses séries, comme le livre de Carol Sturka pour Plur1bus ou celui de Severance sur Apple Books.

• L’interaction directe :

L’utilisation de numéros de téléphone à la fin des teasers (ex: appeler le +1 (202) 808-3981 pour entendre un message de la série Plur1bus) crée une expérience interactive immédiate.

• Le « Hook » numérique :

Des plateformes comme Letterboxd sont utilisées pour envoyer des messages personnalisés aux utilisateurs lorsqu’ils enregistrent un film (ex: le film Bugonia), créant un sentiment d’exclusivité et de surprise.

Module 2 : La psychologie de la couleur (Marketing Chromatique)

Identité visuelle et reconnaissance immédiate

La couleur n’est pas qu’un choix esthétique, c’est une identité de marque instantanément reconnaissable.

• Le Jaune de Plur1bus : Une couleur saturée qui définit l’identité visuelle de la série.

• Le contraste Rose/Vert de Wicked : Un duo chromatique qui sature l’espace médiatique. (ce duo a donné lieu à des collaborations massives, des gobelets Stanley aux collections de mode, des céréales de maïs et autrescookies illustrant le « color marketing » à grande échelle).

• L’Orange de Marty Supreme : Un choix délibéré pour marquer les esprits avant même la sortie.

Module 3 : Le Studio comme « Marque label »

(L’effet A24, prononcez « Hey twenty-four »)

Emprise esthétique et merchandising lifestyle

Certains studios ne sont plus de simples producteurs, mais de véritables signatures esthétiques.

A24 et Neon : Ces studios créent une « emprise esthétique » et une attache réelle avec le public en gardant une indépendance et en construisant un héritage.

Le merchandising lifestyle : Des marques comme SCRT utilisent des références cinématographiques pour transformer le film en vêtement quotidien, créant un lien entre mode et cinéphilie (cf. merchandising pour Anora).

La signature Apple : Avec des séries comme Silo, Severance et Plur1bus, Apple crée une « signature » reconnaissable par la qualité de sa photographie et de ses scénarios, devenant un gage de qualité pour les abonnés.

Module 4 : Viralité et casting stratégique

Talents viraux et impact culturel

Le marketing s’appuie désormais sur la viralité intrinsèque des talents.

• Le spotting de talents : Identifier des actrices « virales » comme Odessa A’zion (Marty Supreme et I Love L.A) ou Rachel Sennott (réalisatrice et actrice d’I Love L.A) permet de capter des audiences déjà engagées sur les réseaux sociaux avant même la promotion officielle.

• L’impact culturel : À l’instar de The Matrix en 1999 qui a infusé le langage courant (cf: le terme « matrixé »), le marketing actuel cherche à créer un impact culturel durable qui dépasse le simple visionnage.

Ateliers pédagogiques : du cours à l’expérience

Pour conclure le cours théorique des ateliers seraient mis en place.

Atelier 1 : « Bureaucratie fictionnelle & soft hacking »

Créer de la fiction dans les zones les plus ennuyeuses du réel. Interdiction d’utiliser les réseaux sociaux classiques (Insta/TikTok). Les participants doivent utiliser les « infrastructures ordinaires » pour créer une hype autour d’un produit fictif (ou réel).

ex: Comment raconter une histoire uniquement via une petite annonce LeBonCoin ?

Objectif pédagogique : comprendre le design d’expérience et la porosité réel/virtuel.

Atelier 2: « The A24-ification of everything » (La D.A. totalitaire)

On prend un objet du quotidien totalement banal et sans intérêt et on doit lui appliquer le traitement « Hype/Luxe/Indie ». 

Rédiger le manifeste « cringe/snob » qui transforme cet objet banal en objet de culte.

Objectif pédagogique : Comprendre la puissance du branding visuel et comment une « signature » transforme la perception de la valeur.

Atelier 3: « Reverse Storytelling : L’archéologie du futur » 

Les participants doivent fabriquer 3 « artefacts » physiques ou numériques qui prouvent l’existence d’une série qui n’existe pas encore. On fabrique les « preuves » que l’histoire existe déjà. C’est un atelier de faussaires créatifs.

L’assemblage de ces 3 indices doit permettre de deviner le pitch de l’œuvre sans jamais l’avoir vue.

Objectif pédagogique : Travailler la narration fragmentée et l’engagement du spectateur-enquêteur. Comprendre que le marketing moderne est une narration en puzzle.

Conclusion pédagogique : Les « Anti-lois » du marketing

Pour réussir dans ce milieu, il est conseillé de s’inspirer des anti-lois du marketing du luxe : ne pas chercher à plaire à tout le monde, cultiver la rareté et l’étrangeté (ce que l’on appelait « être cringe » l’an passé) et parfois même accepter une certaine lenteur.

Le marketing de la hype aujourd’hui fonctionne comme un jeu de piste géant. Le film ou la série n’est pas la destination finale, mais l’indice principal d’une chasse au trésor qui se déroule sur nos téléphones, dans nos bibliothèques et même sur nos vêtements. Chaque « Easter egg » est une pièce de puzzle qui transforme le spectateur passif en un membre actif d’une communauté.