Les algorithmes ont fait remonter dans mes flux cinématographiques trois films dont le sujet principal n’est pas la mode, mais où elle est omniprésente.
Trois films qui disent chacun quelque chose de différent de la mode au cinéma où le vêtement peut documenter une époque, fabriquer un personnage ou révéler tout un système social.
Premier jour, « Les Poneyttes », plongée pop: le vêtement-document

réalisé par Joël Le Moigné, et sorti en 1968, Il s’agit d’une plongée très « pop » dans l’univers médiatique et musical de l’époque. Le scénario raconte l’ascension puis la chute (tragique) de Max Torp, jeune patron qui contrôle simultanément un magazine pour la jeunesse, un club, une agence de tournées et une radio pirate.
La distribution est constellée de stars de l’époque, dont Corinne Cléry, Sylvie Vartan et Johnny Hallyday en kimono (!).
Mais ce que j’ai retenu, c’est une mention au générique : « Costumes par Paco Rabanne ».
Toute la panoplie de l’époque du créateur s’y déploie : bien entendu les robes métalliques, mais aussi leurs déclinaisons dans d’autres matières, dans toutes les longueurs et toutes les couleurs. S’y ajoutent également quelques autres tenues en cuir et des robes imprimées (dont la provenance resterait à vérifier tout de même) .
Restait la question des vêtements masculins. une recherche approfondie mène à Mayfair, boutique parisienne créée par charles glenn, le couturier des stars (bardot…) ce lieu fut particulièrement important dans l’émergence de la « nouvelle mode » masculine des années 1960.
Une mode qui regardait énormément vers la culture anglaise : Carnaby Street, King’s Road, les Mods, les Beatles, les Stones…
Mayfair est alors suffisamment identifiable pour que Nino Ferrer chante en 1966 : « S’habiller chez Mayfair ou bien chez Renoma ».










Deuxième jour, « Aller jamais retour », manifeste camp : le vêtement-personnage

Puis l’algorithme m’a suggéré « Aller jamais retour », « Portrait d’une buveuse » (titre original), d’Ulrike Ottinger, 1979.
« L’ivresse ne saurait être l’apanage des hommes. »
car le comportement public des femmes est scruté de plus près que celui des hommes, Défiler dans les rues en état d’ébriété devient un plaisir tapageur.
Ulrike Ottinger, reine de l’underground féministe, y crée un personnage de femme extravagante qui a décidé de faire la tournée des bars de Berlin poursuivie par trois sociologues lesbiennes critiquant son comportement amoral.
Fascinante, Tabea Blumenschein incarne cette « buveuse » et également costumière du film, réalise les tenues qui m’intéressent ici.








Chaque scène devient prétexte à un costume. Il ne s’agit absolument pas de rechercher le réalisme, mais de faire de chaque apparition une déclaration de plaisir narcissique loin de tout male gaze. Cela commence dès la scène d’ouverture avec les volumes exagérés d’un manteau rouge écarlate et son tailleur et les poses volontairement théâtrales.
Chaque lieu traversé — rues de Berlin, comptoirs de bars avec Nina Hagen, modestes chambres d’hôtel, boîte de nuit quasi déserte, couloir de métro…— devient le décor d’une mise en scène très graphique qui met en lumière l’excès parfaitement assumé des tenues.
La photographie installe une esthétique de l’artifice où se mêlent humour, absurde et une certaine jubilation du mauvais goût, jusqu’à transformer celui-ci en sophistication, complètement « camp ».
Troisième jour, « Rosebush Pruning », luxe et folie: le vêtement-symptôme
Au troisième jour, l’algorithme m’a proposé un film tout juste sorti : Rosebush Pruning (2026), de Karim Aïnouz, sur un scénario d’Efthimis Filippou, qui a notamment coécrit avec Yorgos Lanthimos les délicieuses comédies noires Canine et Kinds of Kindness.
Il s’agit de l’histoire assez corrosive et dérangeante, à l’esthétique extrêmement léchée, d’une famille américaine ultra-riche, dysfonctionnelle et totalement déconnectée de la réalité, qui s’est isolée sur la côte catalane.








Ici, les vêtements de luxe sont au cœur de l’intrigue. La costumière Bina Daigeler ne se contente pas d’habiller des riches. Les vêtements servent à exposer leurs obsessions, leurs rivalités et leur rapport maladif au statut social. Le contraste avec le personnage interprété par Pamela Anderson est d’autant plus frappant : sa garde-robe, plus simple et plus relâchée, semble l’avoir en partie affranchie de cette compétition vestimentaire.
Obsédés par leur image et leurs egos respectifs, les membres de cette horrible petite meute vont sombrer dans une hystérie dévastatrice où inceste, mensonge, fétichisme, DENTIFRICE (!), meurtre, revenants, chantage et… Bottega Veneta, Chanel ET Versace cohabitent pour le pire.
Trois films qui ne parlent pas vraiment de mode
mais Dans Les Poneyttes, le vêtement-document capture un moment de bascule des années 1960 : nouvelles matières, nouvelles silhouettes et nouvelle masculinité.
Dans Aller jamais retour, le vêtement-personnage ne documente plus l’époque : il fabrique un personnage et une attitude.
Et Dans Rosebush Pruning, le vêtement-symptôme où Les marques servent moins à désigner ce que les personnages possèdent qu’à montrer ce qu’ils sont devenus.
La mode n’était le sujet d’aucun de ces trois films. Elle était pourtant partout.
« Personne n’est assez fort pour être plus fort que la mode » , gabrielle chanel

