La mode sous l’Occupation : pénurie, coquetterie et enjeu politique

À la lecture de La mode sous l’Occupation, Dominique Veillon, HISTORIENNE montre combien le vêtement permet de lire une époque. La pénurie oblige une grande partie de la population française à inventer des stratégies pour continuer à se vêtir, tandis que la haute couture devient un enjeu économique et politique que l’Allemagne tente de contrôler.

La mode sous l’Occupation raconte à la fois les pénuries du quotidien et la puissance économique de la couture parisienne. Chapeaux extravagants, fibres artificielles, bicyclette et jupe-culotte témoignent des adaptations imposées par la guerre, tandis que Lucien Lelong négocie avec les autorités allemandes pour maintenir à Paris une industrie que Berlin souhaite contrôler.

Mode sous l’Occupation : s’habiller dans la pénurie

Le livre raconte d’abord ce que signifie, pour une grande partie de la population française, la difficulté de s’habiller.

Il faut récupérer, adapter, remplacer. À mesure que les stocks diminuent et que les matières premières sont limitées, l’industrie textile se tourne alors vers les fibres artificielles comme la rayonne ou la fibranne.

Mais Dominique Veillon montre également que le vêtement ne répond pas uniquement à un besoin pratique. La coquetterie n’abolit évidemment ni la pénurie, ni la violence de l’Occupation. Elle peut cependant devenir une manière de préserver une part de soi et de maintenir une apparence de normalité ou de dignité.

Le chapeau, dernier territoire de fantaisie

AUX ALENTOURS de 1941, le chapeau prend une place particulière.

Alors que tissus, cuir et matières premières deviennent difficiles à obtenir, il reste l’un des accessoires permettant encore une certaine liberté. Les modistes utilisent tout ce qu’elles peuvent trouver : rubans, voilettes, , paille, fruits artificiels, oiseaux EMPAILLÉS, papier JOURNAL…

Les créations peuvent devenir SI extravagantes au point de provoquer parfois l’amusement dans le métro.

Madame Agnès, Caroline Reboux ou Suzy figurent parmi les grandes modistes de cette période. Le chapeau devient presque une compensation à la grisaille et à la pauvreté des vêtements disponibles.

Quand la bicyclette transforme la silhouette

Les contraintes modifient également la façon de se déplacer et, par conséquent, de s’habiller.

Avec la pénurie d’essence et les difficultés de transport, la bicyclette prend une place nouvelle dans les déplacements quotidiens ET Les vêtements doivent suivre.

AINSI La jupe-culotte, jusque-là associée au sport, se banalise. Les sacs se portent davantage en bandoulière, les vêtements deviennent plus faciles à remonter POUR enfourcher.

Parisienne-bicyclette-jupe-culotte-Occupation-journée de l'élégance-1942

Jacques-Henri Lartigue observe ainsi ces cyclistes parisiennes avec un mélange d’amusement et de fascination : « Les femmes qui passent silencieusement sur des vélos avec leur chapeau fleuri ont l’air de partir au Carnaval. »

La pénurie produit presque malgré elle, de nouvelles silhouettes ET modifie même certaines conventions : la robe courte habillée, cachée sous un imperméable pendant le trajet à bicyclette, peut désormais devenir acceptable pour sortir le soir.

La haute couture devient un enjeu de pouvoir

Le livre prend une autre dimension lorsqu’il quitte progressivement le quotidien pour montrer le poids économique et politique de la couture.

La haute couture parisienne n’est pas seulement une affaire de robes luxueuses. Elle fait travailler une multitude d’ateliers, d’artisan·es et de fournisseur·ses et constitue DEPUIS TOUJOURS un secteur essentiel au prestige international de la France.

MAIS L’Allemagne envisage de transférer une partie de cette puissance vers Berlin ou Vienne. AINSI SE POSERA LA QUESTION STRATÉGIQUE: qui contrôlera CETTE industrie?

Lucien Lelong : maintenir la couture à Paris

Au centre de cetTE QUESTION se trouve Lucien Lelong, président de la Chambre syndicale de la couture parisienne.

Dominique Veillon raconte comment il négocie avec les autorités allemandes afin de démontrer qu’une industrie aussi complexe ne peut pas simplement être transférée. La couture parisienne repose sur tout un réseau d’ateliers, de savoir-faire, de petites entreprises spécialisées et de main-d’œuvre qualifiée.

Lelong se rend à Berlin pour défendre cette position et obtient finalement le maintien de l’activité à Paris ainsi que la restitution des archives de la Chambre syndicale.

IL DEVRA négocier USANT DE MAINTS STRATAGÈMES, AVEC l’Occupant AFIN DE NE PAS TROP SE COMPROMETTRE et DEVRA participer au fonctionnement économique imposé par celui-ci.

les objets produits pendant cette période témoignent de cette capacité d’adaptation : AVEC HUMOUR, en 1941, sa maison DE COUTURE propose un sac en bois pour répondre à la pénurie de cuir !

Mondanités, accommodements et collaboration

À mesure que l’étude avance, ELLE fait également apparaître le monde plus ambigu des soirées parisiennes et des relations entretenues avec les autorités allemandes.

réception à l’ambassade allemande, Hôtel Beauharnais, 1942
mondanité collaborationniste, réception à l’ambassade allemande, Hôtel Beauharnais, 1942
La comédienne Edwige Feuillère (!!), lors d’une réception à l’ambassade d’Allemagne, en 1941. Photo Bridgeman Images

L’AUTRICE cite des personnalités comme Arletty, Suzy Solidor, Sacha Guitry ou Edwige Feuillère (!). Mais il faut se garder de placer sous une même étiquette des situations qui peuvent relever de la mondanité, de l’accommodement, de relations personnelles ou d’une collaboration beaucoup plus directe.

Gabrielle Chanel occupe peu de place dans cette histoire de la couture pendant l’Occupation pour une raison simple : AYANT fermé sa maison de couture en 1939. Ses activités et relations durant la guerre appartiennent donc en partie à une autre histoire que celle de l’industrie étudiée par Veillon.

Journal « Les Nouveaux Temps » du 11 février 1941
Journal « Les Nouveaux Temps » du 11 février 1941

Dominique Veillon est beaucoup plus explicite à propos de certaines MAISON. Elle décrit Jacques Fath comme très pro-allemand et souligne des relations encore plus étroites entre les autorités allemandes, Maggy Rouff et Marcel Rochas. Rochas aurait même envisagé d’ouvrir une maison à Berlin (!)

Ces situations rappellent que le maintien de l’activité de couture pendant l’Occupation ne peut pas être lu uniquement comme une histoire de résistance économique. Entre nécessité de travailler, opportunisme, accommodement et collaboration, les positions sont très différentes.

Une histoire qui dépasse largement le vêtement

C’est finalement ce que je retiens le plus de cette lecture.

La mode sous l’Occupation commence par raconter comment faire durer une paire de chaussures, inventer un chapeau avec presque rien ou adapter une jupe à la bicyclette.

Mais, progressivement, le vêtement devient autre chose.

Il révèle les pénuries, les transformations des modes de vie, les hiérarchies sociales, les stratégies économiques et les compromis imposés ou acceptés par l’Occupation.

La mode apparaît alors moins comme un sujet périphérique de l’histoire que comme l’un des endroits où celle-ci devient immédiatement visible.

Ce RÉSUMÉ EST issue de l’édition originale publiée chez Payot en 1990. Une édition révisée et enrichie, fondée sur de nouvelles archives et des recherches historiques plus récentes, a été publiée en 2014.

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MODE PRATIQUES, La mode en temps de pénurie (1944-1951)

Le défilé de mode comme refuge

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