Semaine de la mode | Devastée

Devastée, fondée en 2004 par Ophélie Klère et François Alary, est issue d’un projet artistique. Ses créateurs, qui dans leur début abordaient le vêtement comme une oeuvre (réalisé en pièce unique), font parti de ces designers qui oscillent entre art et mode.

Aujourd’hui, c’est volontairement « exilés » en province que travaille le duo. Comme l’explique Francois Alary, c’est une fois « lavé » de toutes influences que l’on peut se retrouver. Une démarche créative différente, un travail d’introspection en total harmonie avec la marque. Un univers contrasté, second degré, à la fois funéraire et ludique, où le vêtement, noir et blanc, binaire, est traité en ombre et clarté.

Cette saison, la mise en scène donnait le ton. Une sorte de cimetière futuriste, monochrome, occupait le centre d’une vaste pièce.

Des silhouettes aux allures de jeunes filles, semblaient traverser le tableau « Pier and ocean » de Mondrian (ici). Portant jupes culottes, cols ronds, coupes 60’s « innocentes » couvertes de motifs revisitant les codes gothiques. Motifs amenés de manière ludique, détournés, qui portés en all-over ou accumulés, deviennent une unité, jouant avec l’oeil à la manière de l’Op Art.

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Ci dessous Pier and Ocean, 1915 – Piet Mondrian

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Des créateurs qui se concentrent sur leur univers, créant une forte identité graphique et visuelle. Ils n’oublient pas que la mode est aussi un moyen de communication et d’expression. Ils n’hésitent donc pas à faire passer des messages, on retiendra le « je ne décroche pas ».devastee-6

 

Young Bloods | Simone Rocha, l’étrangeté londonienne

Photos © style.com

Fille du créateur John Rocha, diplômée du National College of Art and Design de Dublin ainsi que de la Central St Martins School, à seulement 27 ans, la créatrice irlandaise Simone Rocha exalte le monde de la mode.

Après avoir expérimenté la féminité lors de la Fashion Week, fall 2013, Simone Rocha semble faire preuve de maturité.
Il semblerait que cette saison (spring 14) soit la fin d’une innocence; la créatrice explore ainsi l’autorité sexuelle -entre voyeurisme et pudeur- à travers une collection poétique.

Ce que nous pouvons retenir de la collection: les découpes coquines, l’utilisation du polychlorure de vinyle, son approche poétique et avant-gardiste du vestiaire féminin.

« J’aime expérimenter, mais en privilégiant toujours la féminité. Car les femmes veulent avant tout porter de beaux vêtements. » dit-elle.
Son sens de la coupe, son innovation de construction ainsi que sa recherche de modernité font d’elle l’une des créatrices les plus prometteuse de Londres.

Semaine de la Mode | Tsolo Munkh

Chers lecteurs,

animal fragile et indomptable, telle semble être Tsolo Munkh, lauréate du Festival d’Hyères en 2010.

La collection de cette hiver tempête son désir de retrouver ses racines créatives. Tsolomandakh de son prénom complet, n’aime pas « faire du sexy pour faire du sexy » et nous livre des vêtements où le travail manuel est poussé encore une fois à son paroxysme.

En éruption perpétuelle, la créatrice originaire de Mongolie doit connaître un état proche de la transe chamanique lorsqu’elle confectionne ses vêtements. Certains ont des structures si complexes qu’elle doit elle-même en assurer le montage, ses assistantes ne pouvant pas encore entrer « dans son cerveau ».

Les cuirs sont minutieusement perforés de centaines de trous, les matières se mélangent, vont dessus-dessous, entrent par ici et ressortent par là en maintes circonvolutions neuronales. La surface et les volumes de ces pièces uniques évoquent des bois d’ébène sculptés ou des roches volcaniques encore en fusion.

Le manteau ci-dessous d’une beauté singulière évoque aussi les écorchés humains, un vêtement armure pour un corps plus que mis à nu… Proche du travail de Boris Bidjan Saberi, qu’elle apprécie, Tsolo Munkh à depuis toujours appréhendé le vêtement par sa fonction première, la protection.

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© image fr.dreamstime.com

Rien ne se perd, ci-dessous, une robe « trois trous » oversize dont la surface est réalisée à partir des rondelles de cuir récupérées des perforations réalisées sur d’autres modèles. Le résultat rappelle la structure de l’astrakan ou celle d’une cotte de mailles.

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Un travail obsessionnel, nécessitant pour le manteau ci-dessous, plusieurs dizaines d’heures à frotter sans cesse à s’en abimer les mains, les seize peaux de cuir et la laine de mouton nécessaires pour que les matières s’hybrident entre elles et forment la matière de ces vêtements sculptures.

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Collier fait de cuir et roches volcaniques

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Young Bloods | Rad Hourani, le visionnaire

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Né en Jordanie, Rad Hourani s’installe à Paris en 2005 et lance sa marque éponyme en 2007. Rad est le premier designer canadien à intégrer la grande famille de la Chambre Syndicale de la Haute Couture française.

S’illustrant comme le premier créateur unisexe à entrer dans le secteur de la Haute Couture, Hourani « défie » les codes prédominants dans l’univers de la mode.

Pionnier de l’unisexe, Rad Hourani affirme avec ferveur que la condition humaine peut se manifester librement, sans limitation ou d’injonctions.

Sa philosophie ayant pour but d’abolir les frontières, serait de créer un nouveau monde sans âge, sans sexe et ni appartenance religieuse.

«Je n’ai jamais commencé par dessiner des vêtements réels. Je commence par dessiner l’architecture des formes, des lignes et des motifs.» dit-il.

Le designer construit ses collections de la même manière que les architectures qu’il réalise.
Sa collection Fall 2013 en dit long sur ses capacités de construction. Son jeu de torsions réfléchies, de superpositions et son choix de matières apportent un intérêt visuel à chacun de ses défilés.

Rad pousse ainsi, à son paroxisme la recherche de proportions et de volumes.
Sous cette étude complexe de la transformation, il continue de surprendre, et semble ne pas vouloir s’arrêter en si bon chemin.

Photos © style.com

Young bloods | Yang Li, l’ennemi des diktats de la mode

Yang Li, Spring 2014, © style.com
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Né à Pékin, Yang Li a grandi à Perth (Australie) et étudié à Londres à la Central Saint Martins School. Passé dans le studio de Raf Simons (dont il admire le travail) et celui du britannique Gareth Pugh, Yang Li crée sa première collection en 2011.

Traduisant, à travers ses collections, la vision glaciale qu’il porte au monde qui l’entoure. Le designer insuffle de l’émotion et un semblant de vulnérabilité à travers ses créations. Yang Li serait semble t-il, un designer incompris.

Encore en phase d’élaborations, de recherches sur les proportions (la maxi-silhouette) et volumes, Yang Li est un créateur qui ne demande qu’à mûrir afin d’approfondir son esthétisme ainsi que son univers créatif.

Ce que nous pouvons retenir de la collection: le travail de proportions, l’absence d’ourlet, la transformation de la veste en cuir.

Sa mode aux antipodes des codes préétablis par la société, nous pousse à croire en ce visionnaire, semblable aux débuts de Yoji Yamamoto.

Yang Li à choisi de défiler à Paris.

Alice Knackfuss autumn-winter 2013-2014

‘Syncopia’, the title of the video as well as from a.KNACKFUSS latest fall – winter 2013 collection, is a compound word of ‘syncopation’, which means a disturbance or interruption of the regular flow of rhythm, and ‘Utopia’, a community or society possessing perfect qualities.

It’s about that point when fantasy and visions of the future become entangled with nostalgia, the need for sophistication in a classic sense, as a kind of reminder that time does not forget true style.

Vidéo by Laetitia Bica

Installation | Ecole de la Chambre Syndicale de la Couture parisienne

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Ci-dessus: Helena Denize –

Le jeudi 20 juin, c’est au cœur d’un immeuble à l’architecture du siècle dernier que les étudiants de la Chambre Syndicale de la Haute Couture parisienne présentaient leur collection autour d’un cocktail.

Nous entrons dans le hall, le plafond habillé par un nuage de crayons de couleurs, les modèles des étudiants exposés sur les stockmans, le lien à la créativité est alors évident, le ton est tout de suite donné.

Bien que le niveau général des étudiants soit très élevé, certains m’ont davantage intéressé.

Xavier Da Luz

23 ans, étudiant en 4e année, propose un travail tout en contradiction, en opposant les matières, les volumes, les coupes féminines aux coupes masculines.

Il met en scène des textiles innovants (il crée lui-même ses textiles) et nous parle de tissu à thermorégulation. Ses inspirations? Ces grands manteaux tibétains qui couvrent entièrement le corps et dans lesquels on a envie de s’installer pour s’y blottir. Il compose également sa collection de pièces près du corps. Pièces d’inspirations architecturales, qu’il crée en assemblant cuir et fourrure à la manière de Paco Rabanne et sa mythique robe en plaques d’aluminium.

Morgan Dannet

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23 ans, m’a également beaucoup plu. Il réalise une collection en lien avec l’architecture, un travail complexe d’assemblages et de découpes de différents cuirs. Les textiles proposés rappellent le travail des architectes constructivistes. Ses silhouettes à l’allure géométrique et un brin futuriste, suggèrent un paysage urbain. On pourra alors définir de « très graphique » le style du jeune designer.

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Helena Denize

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Helena Denize s’accapare tout ce qui est proche de la nature, sauvage et native american (allez voir son Pinterest pour mieux appréhender son univers). Elle utilise essentiellement la peau qu’elle marie avec des stripes tricolores formant des V ou des chevrons de couleur flashy apportant ainsi la touche de modernité nécessaire à sa silhouette. À retenir également son travail sur les proportions et le confort, des manches trop longues sur robes courtes, un manteau à très large col, jupes à pans asymétriques, le tout conférant un style très dynamique et chic.