Semaine de la Mode | Tsolo Munkh

Chers lecteurs,

animal fragile et indomptable, telle semble être Tsolo Munkh, lauréate du Festival d’Hyères en 2010.

La collection de cette hiver tempête son désir de retrouver ses racines créatives. Tsolomandakh de son prénom complet, n’aime pas « faire du sexy pour faire du sexy » et nous livre des vêtements où le travail manuel est poussé encore une fois à son paroxysme.

En éruption perpétuelle, la créatrice originaire de Mongolie doit connaître un état proche de la transe chamanique lorsqu’elle confectionne ses vêtements. Certains ont des structures si complexes qu’elle doit elle-même en assurer le montage, ses assistantes ne pouvant pas encore entrer « dans son cerveau ».

Les cuirs sont minutieusement perforés de centaines de trous, les matières se mélangent, vont dessus-dessous, entrent par ici et ressortent par là en maintes circonvolutions neuronales. La surface et les volumes de ces pièces uniques évoquent des bois d’ébène sculptés ou des roches volcaniques encore en fusion.

Le manteau ci-dessous d’une beauté singulière évoque aussi les écorchés humains, un vêtement armure pour un corps plus que mis à nu… Proche du travail de Boris Bidjan Saberi, qu’elle apprécie, Tsolo Munkh à depuis toujours appréhendé le vêtement par sa fonction première, la protection.

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© image fr.dreamstime.com

Rien ne se perd, ci-dessous, une robe « trois trous » oversize dont la surface est réalisée à partir des rondelles de cuir récupérées des perforations réalisées sur d’autres modèles. Le résultat rappelle la structure de l’astrakan ou celle d’une cotte de mailles.

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Un travail obsessionnel, nécessitant pour le manteau ci-dessous, plusieurs dizaines d’heures à frotter sans cesse à s’en abimer les mains, les seize peaux de cuir et la laine de mouton nécessaires pour que les matières s’hybrident entre elles et forment la matière de ces vêtements sculptures.

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Collier fait de cuir et roches volcaniques

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Young Bloods | Rad Hourani, le visionnaire

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Né en Jordanie, Rad Hourani s’installe à Paris en 2005 et lance sa marque éponyme en 2007. Rad est le premier designer canadien à intégrer la grande famille de la Chambre Syndicale de la Haute Couture française.

S’illustrant comme le premier créateur unisexe à entrer dans le secteur de la Haute Couture, Hourani « défie » les codes prédominants dans l’univers de la mode.

Pionnier de l’unisexe, Rad Hourani affirme avec ferveur que la condition humaine peut se manifester librement, sans limitation ou d’injonctions.

Sa philosophie ayant pour but d’abolir les frontières, serait de créer un nouveau monde sans âge, sans sexe et ni appartenance religieuse.

«Je n’ai jamais commencé par dessiner des vêtements réels. Je commence par dessiner l’architecture des formes, des lignes et des motifs.» dit-il.

Le designer construit ses collections de la même manière que les architectures qu’il réalise.
Sa collection Fall 2013 en dit long sur ses capacités de construction. Son jeu de torsions réfléchies, de superpositions et son choix de matières apportent un intérêt visuel à chacun de ses défilés.

Rad pousse ainsi, à son paroxisme la recherche de proportions et de volumes.
Sous cette étude complexe de la transformation, il continue de surprendre, et semble ne pas vouloir s’arrêter en si bon chemin.

Photos © style.com

Young bloods | Yang Li, l’ennemi des diktats de la mode

Yang Li, Spring 2014, © style.com
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Né à Pékin, Yang Li a grandi à Perth (Australie) et étudié à Londres à la Central Saint Martins School. Passé dans le studio de Raf Simons (dont il admire le travail) et celui du britannique Gareth Pugh, Yang Li crée sa première collection en 2011.

Traduisant, à travers ses collections, la vision glaciale qu’il porte au monde qui l’entoure. Le designer insuffle de l’émotion et un semblant de vulnérabilité à travers ses créations. Yang Li serait semble t-il, un designer incompris.

Encore en phase d’élaborations, de recherches sur les proportions (la maxi-silhouette) et volumes, Yang Li est un créateur qui ne demande qu’à mûrir afin d’approfondir son esthétisme ainsi que son univers créatif.

Ce que nous pouvons retenir de la collection: le travail de proportions, l’absence d’ourlet, la transformation de la veste en cuir.

Sa mode aux antipodes des codes préétablis par la société, nous pousse à croire en ce visionnaire, semblable aux débuts de Yoji Yamamoto.

Yang Li à choisi de défiler à Paris.

Alice Knackfuss autumn-winter 2013-2014

‘Syncopia’, the title of the video as well as from a.KNACKFUSS latest fall – winter 2013 collection, is a compound word of ‘syncopation’, which means a disturbance or interruption of the regular flow of rhythm, and ‘Utopia’, a community or society possessing perfect qualities.

It’s about that point when fantasy and visions of the future become entangled with nostalgia, the need for sophistication in a classic sense, as a kind of reminder that time does not forget true style.

Vidéo by Laetitia Bica

Installation | Ecole de la Chambre Syndicale de la Couture parisienne

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Ci-dessus: Helena Denize –

Le jeudi 20 juin, c’est au cœur d’un immeuble à l’architecture du siècle dernier que les étudiants de la Chambre Syndicale de la Haute Couture parisienne présentaient leur collection autour d’un cocktail.

Nous entrons dans le hall, le plafond habillé par un nuage de crayons de couleurs, les modèles des étudiants exposés sur les stockmans, le lien à la créativité est alors évident, le ton est tout de suite donné.

Bien que le niveau général des étudiants soit très élevé, certains m’ont davantage intéressé.

Xavier Da Luz

23 ans, étudiant en 4e année, propose un travail tout en contradiction, en opposant les matières, les volumes, les coupes féminines aux coupes masculines.

Il met en scène des textiles innovants (il crée lui-même ses textiles) et nous parle de tissu à thermorégulation. Ses inspirations? Ces grands manteaux tibétains qui couvrent entièrement le corps et dans lesquels on a envie de s’installer pour s’y blottir. Il compose également sa collection de pièces près du corps. Pièces d’inspirations architecturales, qu’il crée en assemblant cuir et fourrure à la manière de Paco Rabanne et sa mythique robe en plaques d’aluminium.

Morgan Dannet

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23 ans, m’a également beaucoup plu. Il réalise une collection en lien avec l’architecture, un travail complexe d’assemblages et de découpes de différents cuirs. Les textiles proposés rappellent le travail des architectes constructivistes. Ses silhouettes à l’allure géométrique et un brin futuriste, suggèrent un paysage urbain. On pourra alors définir de « très graphique » le style du jeune designer.

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Helena Denize

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Helena Denize s’accapare tout ce qui est proche de la nature, sauvage et native american (allez voir son Pinterest pour mieux appréhender son univers). Elle utilise essentiellement la peau qu’elle marie avec des stripes tricolores formant des V ou des chevrons de couleur flashy apportant ainsi la touche de modernité nécessaire à sa silhouette. À retenir également son travail sur les proportions et le confort, des manches trop longues sur robes courtes, un manteau à très large col, jupes à pans asymétriques, le tout conférant un style très dynamique et chic.

 

myHyères Festival 2013 | first impressions

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Rain rain rain…

Vingt huit ans, un bel âge, voilà presqu’une génération que le Festival International de la Mode et de la Photographie d’Hyères présente les jeunes créateurs les plus pointus. Depuis sa création, sont passés par la ville d’Hyères Viktor & Rolf, Felipe Oliveiro Baptista (président du jury cette année), Léa Peckre, Anthony Vacarello, Maxime SImoens, Gaspard Yurkievich, Cunnington & Sanderson ou Sandra Backlund. Tous créateurs établis ou, on le souhaite, en passe de le devenir.

En cette fin de mois d’avril, la météo, c’est un peu au petit bonheur la chance, de gros nuages venus de toutes part se sont amoncelés au dessus de la Villa Noailles. Sous la pluie, le festival n’est pas tout à fait pareil. On ne se presse plus sur la pelouse à siroter des cocktails de jus de fruits, on ne déambule pas sur les terrases ou le long de l’allée… Les échanges n’en resteront cependant pas moins intenses.

Depuis treize ans sous la direction de Michel Mallard, le Festival décerne également ses prix à la jeune création photographique. Camille Vivier ou Sølve Sundsbø en sont parmi les dignes représentants.

Deux compétitions qui font de la France un pays où la créativité, ne serait-ce que pour la partie « mode » du Festival, trouve un réel champ d’expression, contrairement à certaines idées reçues.

Ce fut une surprise de taille d’apprendre, via un tweet de Diane Pernet, que Michel Mallard n’était plus le Directeur Artistique du Festival de Photographie. À ma connaissance et après investigation, nulle communication n’avait été faite à ce sujet, seules les parties concernées étaient au courant.

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Michel Mallard, grandement apprécié par la profession, si l’on se réfère aux nombreux messages de soutien qu’il a reçu, à donc été remercié par la présidence (Didier Grumbach) et la direction du Festival (Jean-Pierre Blanc).

Ce choix de changement de direction artistique a sans doute été motivé par un changement stratégique de la part de la Villa. J’ai évoqué, entre autres, la possible « nuisance », par sa présence aux mêmes dates, du Vogue Festival de Londres mais cette hypothèse fut écartée lors de mes échanges téléphoniques.

La nomination à la direction artistique de Raphaëlle Stopin (ex-assistante de Michel Mallard), la quasi non-communication de la Villa Noailles, le tweet de Diane Pernet (qui a précédemment cessé sa collaboration avec le Festival), mais aussi la lettre de Michel Mallard adressée à M. Didier Grumbach (Le Monde edition électronique du 30/04) dénonçant la manière dont il a été écarté de la direction du Festival laissent planer tout de même un certain malaise, que l’édition 2014 se chargera de dissiper.

D’après la direction « Cela met tout simplement fin à une collaboration professionnelle comme il y en a dans tous les secteurs » (sic)

« There’s too much business now and not enough fantasy » (Suzy Menkes)

Autre point culminant de cette édition 2013 du Festival fut la rencontre The Formers, permettant aux anciens lauréats de rencontrer des industriels ou de potentiel investisseurs. Léa Peckre était ravie de sa rencontre avec M. Ralph Toledano me confiait-elle, c’était la première fois qu’elle rencontrait un PDG.

Ces rencontres font suite au passionnant débat qui avait pris place l’an dernier intitulé « Financement des jeunes marques » où il était pointé cette dangereuse dichotomie existant entre un créatif enfermé dans sa tour d’ivoire et un business man hermétique aux velléités créatives…

L’intervention lors du dîner réservé aux professionnels de M. Ralph Toledano allait aussi dans ce sens. Accompagner, aider au financement des jeunes créateurs est un objectif prioritaire, créer le binôme gagnant afin de rééquilibrer « business » et « fantasy ». Que le Festival soit de plus en plus porteur de ce discours tout en gardant son essence est un beau programme pour les années à venir.

Et la création dans tout çà?

L’essence du Festival est la créativité, Charles Fréger photographe établi, mais dont je ne connaissais pas le travail fut une découverte passionnante. Avec Felipe Oliveira Baptista et Lacoste, Charles Fréger pose la question des rapports que nous entretenons avec le vêtement. Comment nous le regardons, le sentons. Quel rapport établissons-nous avec lui? En quoi est-il un signe d’appartenance à un groupe (processus d’identification)?

Sur certaines prises de vues, les marques sont très présentes (cf. ci-dessous). Le rapport d’échelle entre le crocodile et le logo des autres marques est inversement proportionnel, « dépassée » par le logo des autres marques, Lacoste n’est donc pas dans une communication marketing.

À travers cette série, le photographe nous fait découvrir la chemise Lacoste hors de son contexte habituel à la fois dans des pratiques plus urbaines mais aussi purement formelles.

Charles Fréger explique qu’il a dû pour cette commande aller au plus profond de la réalisation du vêtement, en comprendre sa coupe, le choix des matières, etc., bref le vêtement au-delà de ses fonctions primitives.

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Photo by Charles Fréger

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Photo by Charles Fréger

Philippe Debusschère a l’âge du Festival, 28 ans. Il se officie avec son studio, entre les différents media que sont le print, le web, la musique, la vidéo et l’exposition. Il insiste sur le fait que toutes ces réalisations même si elles « partent de lui » sont avant tout un travail d’équipe.

Pour cette génération, il y a une porosité entre ces média. Lorsque je lui parle du terme « layers » (couches) qu’il emploie en introduction de son livre « I know simply that the sky will last longer than I » et lui fait part de sa similitude avec le terme utilisé dans le logiciel Adobe Photoshop, il me confie que le logiciel est pour lui un medium à part entière, CQFD.

Il faut aussi voir à travers l’utilisation de ce terme la possibilité de lecture multiple (par couches) d’une œuvre, savoir « prendre plus de temps » pour regarder et observer.

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Il replace aussi chaque media dans la réalité de son rapport au temps. Avec internet « on a pas le temps » dit-il, l’information se doit donc d’être rapide, on ne peut, par exemple, que difficilement demander à Instagram d’apporter plus de sens que ce que l’application permet de donner. Cela n’est en quelque sorte pas interdit ou impossible, mais n’est pas la préoccupation de la majorité des utilisateurs.

People i love (and meet during the Festival)

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Kamilya arborant un tee-shirt engagé (Ai Wei Wei)

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Jean Paul Lespagnard arborant fièrement son nouveau tatouage

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Le même avec la talentueuse Nelly Hoffman (qui faisant parti des 50 créateurs de mode pré-sélectionnés)

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Lucas Sponchiado et Léa Peckre

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Miss Marion

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Mon coup de cœur du Festival: Victoria et Tomas de victoria/tomas

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Mes coups de cœur du Festival photo Anna Orlowska (en haut) et Eva Stenram

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Tiia Siren et Steven Tai

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La piscine de notre résidence dont nous n’avons, hélas, pas pu profiter…

TO WATCH: LOKO YU

MULTIPLE SHADE OF BLACK AND 3D SURFACE EMBELLISHMENT, A FUTURISTIC ART COLLECTION INFLUENCED BY NANAS OF NIKI DE SAINT PHALLE BY LONDON COLLEGE OF FASHION STUDENT LOKO YU.