La fast-fashion, nouvelle scène de créativité ? – Partie 1: Zara et Szilveszter Makó

Zara, “Halloween” — série photographique de Szilveszter Makó, 2025.

Longtemps accusée de copier, la fast-fashion commence à inventer. À coups de campagnes audacieuses et de collaborations inattendues, elle s’arroge un territoire autrefois réservé aux maisons de luxe : celui de la création visuelle et du discours esthétique.

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Lewis Hamilton, Dior, Apple : les nouvelles constellations narratives du luxe

Entendu sur les ondes que Lewis Hamilton, septuple champion du monde de Formule 1, est crédité à la production de F1: The Movie.
Je me suis alors souvenu qu’il est ambassadeur pour Christian Dior — mieux encore, qu’il a imaginé une collection capsule.
Puis je me suis rappelé aussi qu’Apple, via son label Apple Originals, détient l’exclusivité de la diffusion du film en streaming.

Je me suis alors amusé à dessiner une cartographie instinctive que j’ai ensuite mis en images afin de visualiser ce petit écosystème de luxe où se côtoient, sport mécanique, cinéma, mode et technologie.

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MAGAZINES JUNE 2025

500, 750… le nombre de pages de certaines revues ce mois ci s’est envolé.
Une démesure, comme manifeste? Pour mieux résister à l’assaut du digital? Ou pour impressionner et séduire?

Vêtement et ascension sociale : une analyse critique

Le vêtement peut être un outil de conquête, de négociation et de rupture. À travers quelques exemples il révèle une véritable grammaire de résistance.

Le vêtement est un vecteur de subversion

J’ai découvert il y a quelques jours le concept de « mimétisme critique » de Homi K. Bhabha (The Location of Culture, 1994) où le vêtement, porté par des sujets colonisés, devient un lieu de résistance critique.

Le vêtement-signe représente la révolte consciente du colonisé contre le capital triomphant.

Le vêtement est un signe d’ascension sociale

Cette lecture m’a immédiatement évoqué les théories de Thorstein Veblen, où dans un phénomène d’imitation descendante, les classes inférieures cherchent, avec le vêtement, à reproduire les signes extérieurs de richesse pour accéder symboliquement à un rang supérieur (The Theory of the Leisure Class, 1899).

Le vêtement devient performatif et porteur de critique implicite

Manuel Charpy (in. Modes espaces critiques, 1980-2000, ed. De La Sorbonne)  illustre le concept de  mimétisme critique en prenant l’exemple du phénomène de la sape congolaise (société des ambianceurs et des personnes élégantes), qui   dans leur réappropriation surenchérie du vêtement colonial exposent les contradictions du pouvoir, en imitant, sans jamais totalement adhérer.
Il se crée un espace de tension et de résistance.

En prolongeant cette réflexion, je me suis interrogé sur la place du vêtement punk. Aux marges du mimétisme ? Ou dans un tout autre registre, plus frontal ?

Le vêtement est insurrectionnel

Le look punk ne relève pas d’un mimétisme critique, mais plutôt d’un sabotage esthétique.

Contrairement aux logiques décrites par Bhabha dans le mimétisme critique, le punk ne cherche ni à imiter les dominants, ni à s’infiltrer dans leurs codes vestimentaires pour les détourner.

Le punk s’approprie des éléments du vestiaire bourgeois ou militaire (vestes de costume, kilts, uniformes, blazers d’écolier anglais…) pour les profaner, les décontextualiser, les « re-signifier », voire les détruire.
Il ne copie pas le costume bourgeois pour le tordre, comme pourrait le faire un sapeur. Il rejette frontalement le bon goût, dérange les normes et le vestiaire légitime.

Le vêtement est un terrain d’insubordination active; qu’il brouille les classes sociales, conteste le pouvoir politique ou sabote le langage vestimentaire dominant, le vêtement n’est jamais neutre

Crédits photos : droits réservés aux aut.eurs.rices

Dégaine

A l’heure de la mode des pantalons XLarge, un clin d’œil sur la dégaine de Jean Ross.

Chanteuse de cabaret, actrice qui a défilé pour Jean Patou, journaliste puis critique de cinéma elle a inspiré Christopher Isherwood lorsqu’il a crée le personnage de Sally Bowles pour son roman Goodbye to Berlin, 1939 adapté plus tard dans la comédie musicale Cabaret. Sally Bowles ayant à son tour inspiré Truman Capote pour son personnage Holly Golightly dans Breakfast at Tiffany’s.

PAGE A PORTER, PRINTEMPS 2025

Petit parcours transversal à DSM Paris où texte et textile s’hybrident sur les portants pour notre bon plaisir.

Des vêtements à lire, à déchiffrer et à porter.
Sur les vêtements et les accessoires il n’y a pas de frontière entre les évocations allant de Jenny Holzer en passant par les codes du fanzine punk et le grunge design de David Carson voire aux concepts de Sol LeWitt

Chez Simone Rocha la typographie devient chair, l’organique s’invite dans l’écriture. Moschino sature le tissu de caractères, dans un chaos contrôlé, tandis que JW Anderson cite un manuel et le texte devient ornement (mais que…), comme chez Sol LeWitt. Graffitis et typos néons taggent des shorts pour sorties urbaines.

Le texte sur vêtement est une pratique ancienne, le tee-shirt à toujours été une page imprimée de slogans et de manifestes autant pour accompagner la contre-culture qu’une opération marketing.

Une expression de soi cultivée?

Ce qui captive ce ne sont pas tant les vêtements eux-mêmes que les signes qui les recouvrent.
Le texte déploie une narration. Il impose de la précision et verrouille le sens, quel qu’il soit, quel que soit sa mise en forme, quel que soit son support.

Le vêtement-écrit devient le signifiant du dépassement de la fonction utilitaire du vêtement vers la représentation d’une expression de soi, cultivée.

La tendance Booktok ou les salons de littéraires de Miu Miu semblent aller dans ce sens.

On porte un vêtement non plus pour se protéger, ni pour s’affirmer mais parce qu’il participe à la construction de notre écosystème personnel, il doit donc être chargé de signification.

FROUS FROUS ET FALBALAS, AVRIL 2025

Chopova Lowena, noir kei ninomiya, Vaquera, Junya Watanabe, Melitta Baumeister, Simone Rocha, Moschino

ON A VU: SNOOPY DOG

Il reste encore deux petits jours pour plonger dans l’univers de Peanuts qui fête cette année ses 75 ans.

Une exposition gratuite à l’Hôtel du Grand Veneur, dans le Marais, qui s’offre aux passionnés de mode comme à ceux que fascine l’univers graphique, psychologique de Peanuts.

A l’ouverture de l’exposition on découvre que certains choix vestimentaires sont loin d’être anodins.
Ainsi le sweatshirt Beethoven de Schroeder s’inscrirait dans une typologie de l’adolescent mélomane, isolé dans sa bulle musicale.
Le tee-shirt zigzag, ajouté après les premières apparitions de Charlie Brown reflète quant à lui ses oscillations émotionnelles, ses échecs répétés et son instabilité affective. Schulz manipule le signe sémiotique avec brio. Tout comme la robe à pois autre signe fort porté par les filles.

A lire

« Rayures : une histoire culturelle » de Michel Pastoureau, spécialiste de l’histoire des systèmes symboliques.

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