Typographie de luxe

En 2000, Christian Schwartz et Dino Sanchez designers et fondateurs de la fonderie Orange Italic ont mis en évidence certains traits caractéristiques des marques sybaritiques, soucieuse de procurer un plaisir raffiné: soucis du détail, qualité, artisanat, aisance, volupté, etc. Dès lors ils ont appliqué ces principes afin de créer une famille de polices de caractères justement nommée Luxury Display.

Rien est à négliger lors de la vente d’un produit de luxe, du choix de la couleur de l’étiquette, à la couleur du fil, au papier de soie pour l’emballage, au choix de la typographie.


Les polices de caractères de la famille Luxury Display disponibles chez House Industries


Ci-dessus la fonte Giorgio commandée en 2007 par l’excellent T Magazine et dessinée par Christian Schwartz.

La Giorgio répond a des attentes précises alliant minimalisme excentrique, élégance inspirée du tailoring et un regard modernisé sur les années 30.

Pour en savoir plus sur cette fonte.

Expo Courrèges

Le temps étant magnifique et propice à une flânerie matinale, j’ai jugé bon de faire un long détour par le Parc André Citroën. L’occasion, bien entendu, de prendre quelques photos de l’exposition dédiée au travail transversal d’André Courrèges. J’y suis allé immédiatement après avoir vu l’affiche le jour précédent, privilégiant l’effet de surprise.
À mon arrivée, les « nouvelles » aires de jeu pour enfants, dont j’ignorais l’existence, m’ont cruellement rappelé que je n’avais pas mis les pieds dans ce parc depuis des années… Mais quelques pas plus loin, à la vue des véhicules créés par Coqueline Courrèges, je compris que ce que je prenais pour une aire de jeu était en fait les sculptures du créateur !

EDIT 2014: La société André Courrèges novatrice, bousculant les codes dans les années 60 est aujourd’hui « en phase avec son temps »…  J’ai été sommé via son cabinet d’avocat de supprimer les photos prises lors de cette exposition en « plein air »…

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Sculptures ludiques et colorées, André Courrèges cite le peintre néerlandais Piet Mondrian comme une de ses références.

Ci-dessous, « Composition with Red Yellow and Blue », Piet Mondrian, 1927

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Séminartiste puis ingénieur des Ponts et chaussées, avant d’apprendre la couture chez Balenciaga, Courrèges à créé dès le début des années 60 un style sportif et futuriste. Il a contribué à l’essor de la mini-jupe et par son élan à su bousculer des institutions comme Yves Saint-Laurent ou Chanel.
André Courrèges qui à bannit le mot « mode » de son vocabulaire se définit volontiers comme un artiste, passionné par l’architecture, qu’il définit ainsi :

« Il n’y a pas d’architecture contemporaine, s’il n’y a pas de trait d’union avec le monde cosmique, c’est-à-dire avec le monde de Dieu. »

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Dynamisme… Le papillon, 1992

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Rigueur mathématique…

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Cette sculpture très constructiviste, me fait penser à deux sinusoïdes s’entremêlant sans fin ou à un long ruban replié sur lui-même tel un anneau de Moebius. Rien d’étonnant, quand on sait que le couturier est un inconditionnel des sculpteurs du mouvement artistique radical et géométrique Abstraction-Création (parmi lesquels on trouve Naum Gabo, Antoine Pevsner ou Alexander Calder).

Ci-dessous, Calder, Double Gong, 1953

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Ci-dessous, collection Printemps-Été, Courrèges-Calstelbajac, 1994

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Cette abstraction, ce désir du non-figuratif, se manifestera pleinement dans sa couture aux lignes pures.

Ci-dessous, silhouette Courrèges de 1965, photographiée par Fouli Elia

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Modèle « Quatre Cornes », Balenciaga, 1967

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La « simplicité » des lignes de Balenciaga imprègneront le jeune Courrèges pendant les dix années qu’il passa chez le Maître.

Suite de l’exposition

Poussin oreilles noires, 1990 (600 kg)

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Au premier plan, la souris rose, 1992 (1200 kg)

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L’insolent, 1990 (260 kg)

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Avis tout à fait personnel, cette dernière sculpture peut nous rappeler certaines réalisations du mouvement artistique Memphis ou encore l’architecture Art-Déco de Miami.
Ci-dessous, Peter Shire, fauteuil Bel Air (1982) – Memphis

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Ci-dessous, Ettore Sottsass, 5 totems – Memphis

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Ci-dessous, architecture Art-Déco à Miami

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Ci-dessous, les images du défilé-événement sur le thème « Tradition et Modernité », qui s’est déroulé à Kyoto au début des années quatre-vingt dix. 1000 invités triés sur le volet pour assister à un défilé défiant les règles du vêtement et projetant celui-ci vers la sculpture, cybernétique et cosmique…
(source l’Officiel, photos Hideo Fugii).

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J’avoue ne pas avoir été très sensible à cette exposition, autant je serais ravi de voir plus souvent la silhouette inimitable de Courrèges dans la rue autant ces sculptures m’ont laissées indifférents. Heureusement je m’étais réservé le meilleur pour la fin, les voitures de Coqueline. J’avais eu l’occasion de les voir dans différents ouvrages et il me tardait de voir en vrai ces véhicules d’un monde où l’écologie serait au centre de nos préoccupations.

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Exposition André Courrèges
Parc André Citroën – Paris
du 23 mai 2008 au 8 juin 2008

Grand Theft Attitude

Grand Theft Auto IV, produit culturel le plus vendu au monde(1), est dans les bacs. L’univers de la mode va-t-il s’approprier cette déferlante et créer ainsi une nouvelle transversalité, initiée il y a peu par la présence de Karl (jamais en retard d’une tendance celui-là) au sein de… Grand Theft Auto IV.

De même que les trash-girls, plus ou moins talentueuses, ont fini par être récupérées dans les pages de magazines de mode et les défilés, Paris Hilton, Britney Spears (dans le dernier VeryElle) ou Amy Winehouse (nouvelle muse de Karl Lagerfeld), verra-t-on, la saison prochaine sur les podiums, une nouvelle dégaine inspirée gangster ?


Ils ne se quittent plus !

Les mannequins hommes auront-ils la mine patibulaire ? Les filles auront-elles le look de professionnelles ? À l’instar de Steven Meisel surfant sur les réhab de l’hiver dernier, les prochaines séries photos seront-elles inspirés des attitudes violentes et sexuellement explicites de GTA IV ?

Et pour finir Karl in person !

Dans quelle mesure Karl Lagerfeld, sera-t-il inspiré par son expérience video-ludique ?

GTA IV c’est par ici

(1) C’est eux qui le disent

Yohji arrive bientôt

La vidéo est de plus en plus utilisée pour présenter les nouvelles collections, après Yves Saint Laurent pour l’Automne-Hiver 2008, voici Yohji Yamamoto, que je viens de découvrir, pour sa nouvelle ligne Coming soon, réalisant ainsi, un beau crossover mode-danse-vidéo.

Présenté par deux danseurs, cette ligne casual sera disponible en juillet dans des boutiques sélectionnées; déjà  styliste pour sa marque éponyme, puis d’Y-3, d’Y’S, travaillant en collaboration avec Mandarina Duck et s’occupant d’une collection de bijoux édité en collaboration avec Mikimoto, le créateur japonais est donc infatiguable !

D’après Keizo Tamoto (président de Yohji Yamamoto), cette ligne, abordable, s’adresse à « ceux qui veulent passer du streetwear à une tenue plus élégante ». Mais aussi à ceux qui « veulent s’habiller sans se soucier du nom du créateur », en effet son nom est absent des vêtements, seul un point noir subsiste (qui sera évidemment immédiatement identifié par les fashionistas…)

logo de Coming Soon

Coming Soon est fabriqué et distribué par Sinv, déjà  partenaire de See by Chloé, Moschino Jeans et Valentino Red. C’est aussi une façon pour le créateur de se frotter au marché des gros volumes(1) en s’écartant de l’expérimental, tout en conservant (on le souhaite) une bonne dose de créativité.

Nous l’avons vu dans les billets précédents les marques de luxe sont enclins autant à monter en gamme qu’à s’adresser à une clientèle plus jeune et moins fortunée.


Videocaps du film

Le site de Coming Soon


(1) 170 pièces pour hommes et 200 pour femme, accessoires non compris !

John Currin vs Lucas Cranach : la battle

Il y a quelques artistes que j’affectionne particulièrement en peinture. Picasso, Mark Rothko, Cranach et plus récemment John Currin.

C’est dans le métro ce matin, en lisant un papier sur l’expo Moi,Véronique Branquinho TOuTe NUe(1)(2) que cela à fait tilt dans ma tête.

Vous voyez le tableau derrière la créatrice belge ? À la première seconde où je l’ai vu j’ai cru que c’était un Currin alors que c’est un Cranach en fait non j’ai cru que c’était un Cranach alors que c’est un Currin… subitement l’illumination ! Ces deux peintres dont j’apprécie énormément l’œuvre ont des points communs…

On retrouve dans les toiles présentées ci-dessous, le même maniérisme dans les poses, les doigts, les corps légèrement déformés, le fond uni sombre, etc. Le style de Currin est parfois qualifié d’American grotesque.

Je vous laisse apprécier les quatre œuvres ci-dessous.


Lucas Cranach, Lucretia


Lucas Cranach, Venus


John Currin


John Currin, Honneymoon nude, 1998

(1) TOuT NUe, pour TOT NU signifiant until now(2) concernant l’expo, vous pouvez lire un résumé chez Géraldine

 

« Here are the young men » | Transversalité musicale

Hedi Slimane est cruellement absent de la scène mode mais pas de la sphère créative, pour preuve son e-portfolio.

Des photos en noir et blanc où l’on reconnaît le chanteur des Babyshambles, les 5 garçons dans le vent du groupe The Horrors, Madame Cobain ou encore Amy Winehouse et les Daft Punk.

Un ensemble de photos non triées(?), mais parfaitement sous control, des images autour du thème fétiche du créateur : la musique punk-rock, ses fans et les backstages. On pense évidemment à Anton Corbjin, photographe de la scène punk des années 75 ainsi que de nombreux autres artistes de la musique ou du cinéma (David Bowie, Depeche Mode(1), etc.).

Plane également l’esprit de Larry Clark et bien sûr de Gus Van Sant, autrs artistes étudians les comportements des adolescents.

Ces jeunes hommes anonymes tantôt en tee-shirt, tantôt boutonnés jusqu’au col ont largement inspiré Hedi Slimane depuis près de dix ans et ont collaboré à la création d’une nouvelle silhouette masculine, faisant de la maison Dior que cela plaise ou non, une référence en matière de mode masculine, bel hommage.

La mode est toujours présente donc, car comme le dit Hedi Slimane : « une idée peut être approchée à travers plusieurs médiums« , la définition même de la transversalité.

Le détail qui tue, le badge PIL !

Miss Courtney Love Cobain

Pour compléter ce billet :
A consulter d’urgence :
– son e-portfolio

A lire :
– les publications d’Hedi Slimane sur Amazon

A voir :
– les films de Larry Clark (Kids ; Ken Park ; Wassup Rockers ; Destricted
– les films de Gus Van Sant (Drugstore Cowboy ; Paranoid Park ; Elephant ; My own private Idaho)
– l’exposition réunissant une série de documents vidéos, photos et sonores autour du festival musical de Bénicassim 2007.
Hedi Slimane///Perfect Stranger,
Galerie Almine Rech – 19, rue de Saintonge – 75003 Paris (du 28 novembre au 05 janvier 2008)

(1) Le saviez-vous ? Depeche Mode, le groupe, doit son nom au défunt magazine de mode du même nom…
(*)Et pour ceux et celles qui sont intéressés, le titre du billet provient de ce titre du groupe Joy Division.

Transversalité musicale et nocturne…

Jean-Paul Gaultier vient de finir les costumes de Blonde Ambition tour, il s’associe alors avec Jean Baptiste Mondino, se met en scène et met la mode en scène à travers un clip, puis un disque baptisé Aow ou dou zat.

Toute la mode d’alors et l’univers foutraque de Jean Paul Gaultier résumé dans cette vidéo de 4 minutes.

Quelques années plus tard en 1993, Jean-Paul Gaultier partira à Londres enregistrer avec Antoine de Caunes l’émission culte Eurotrash, confirmant son rôle de locomotive de la scène créative parisienne et internationale.

Rares sont les créateurs apte à dérider la mode, à faire « bouger les lignes ». Rares à la sortir de son carcan parfois trop « business » et trop frileux. Rares sont ceux qui ont la possibilité d’investir le domaine créatif à des fins plus iconoclastes que mercantiles.

Heeer… I think i should… heerr… Bring so-some technic ideas… Heerr…

Mode interactive

Durant la Fashion Week 2007 new-yorkaise, la ligne de lingerie Intimates nous a permis d’entrer dans l’intimité de son mannequin vedette et créatrice Elle Mac Pherson.

Une vitrine installée en plein Manhattan, dévoilait au passage des passants (ou selon leur attitude face à la vitrine) la sculpturale anatomie de la belle australienne…

My tailor is rich (-media), la mobilité et la Mode 2.0

« Nous ne pouvons plus construire nos plans de communication sans prendre en considération la mobilité des individus. »
(Nathalie Lemonnier, Directrice International CRM, Internet et Media, Christian Dior Parfums).

Les contenus rich-media que certaines marques de mode commencent à intégrer dans leur stratégie de communication.
Si vous êtes comme moi addict de la marque à la Pomme, vous n’êtes pas sans savoir que l’iPhone, arrive bientôt dans notre beau pays. Si vous êtes de plus fashion-addicted, alors vous devez lire l’interview très intéressante publiée dans le Journal du Net et dont je met quelques extraits à la fin de ce billet.

On y apprend qu’une des plus grandes marques de luxe du monde, Christian Dior, va adapter spécialement pour le mobile d’Apple son site de vente du parfum Midnight Poison et afin d’en faire un véritable évènement ; ce lancement aura lieu le 29 novembre, jour de sortie du bijou technologique de la marque californienne.

Midnight Poison, flacon unique

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iPhone, le mobile nouvelle génération au design unique

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Avec son iPod, Apple avait déjà  provoqué des réactions auprès des acteurs de la mode, Goyard, Louis Vuitton, Dior ou Prada, pour ne citer que celles-ci avaient confectionné des étuis exclusifs pour le célèbre baladeur.

Étui iPod 5G, par Christian Dior, voir sur eLuxury

Étui iPod, par Louis Vuitton

Malette pour 40 iPod, par Fendi (pour Karl Lagerfeld)

Cette fois-ci Dior, va plus loin que le simple étui et se penche sur le contenu et la technique, sur le « sens » que pourrait distiller ce produit ; une échelle de considération plus élevée démontrant l’importance accordé à cet iPhone, et son possible impact sur nos comportements futurs.

Le virage 2.0 des marques de mode dont je parlais dans le billet précedent est plus que jamais d’actualité, provoqué par les nouveaux modes de vie des consommateurs et mis en place par des responsables communication audacieux.

iPod, iPhone, ordinateur portable, clefs USB Swarovski/Philips de la gamme Active Crystals, associés aux robes infroissables d’Issey Miyake et à la ligne de maquillage Prada (qui à d’ailleurs « griffé » un téléphone mobile), soit une courte liste d’accessoires mode et techno pour une mobilité d’aujourd’hui…


L’interview de Nathalie Lemonnier (extraits)

En quoi consiste le dispositif mis en place pour le lancement de Midnight Poison sur iPhone ? Quels en sont les grands objectifs?

Il s’agit de l’adaptation du mini-site Midnight-poison.com au format de l’iPhone. Sans adaptation, ce site n’aurait pas été visible dans de bonnes conditions depuis l’iPhone étant donné que ce dernier ne reconnaît pas la technologie Flash. L’action est destinée à la France à l’occasion du lancement de l’iPhone le 29 novembre. Il s’agit d’offrir aux possesseurs de l’iPhone, dès son lancement en France, l’accès à un site rich media. Dior exprime par cette opération sa position de marque innovante, toujours prête à suivre l’évolution des technologies pour s’exprimer dans des conditions qualitatives et aller à la rencontre des « early-adopters ».

(…)

De manière générale, quelle est la place des médias digitaux dans la stratégie de communication de Dior Parfums?

Le comportement des prospects et des clients évolue, nous devons aller à leur rencontre sur les médias qu’ils privilégient. Nous ne pouvons plus construire nos plans de communication sans prendre en considération la mobilité des individus. Nous souhaitons les accompagner.
(…)

Cette place est-elle différente dans les différentes régions du monde? Dans quelle mesure et pourquoi?

En effet, les médias digitaux ne sont pas au même niveau de maturité sur tous les marchés. Nous adaptons nos communications au niveau de pénétration de l’Internet, du haut débit, de la téléphonie mobile. Ainsi les Japonais ou les Coréens sont actuellement des utilisateurs très matures du téléphone mobile et de l’Internet, par conséquent nous développons des contenus plus riches pour ces marchés. De même la France bénéficiant d’un fort taux de pénétration de l’Internet haut débit, nous pouvons nous permettre de développer des actions et des contenus de site en rich media sans craindre la frustration des internautes sous équipés comme dans certains autres pays.
(…)

Depuis quand Dior Parfums a-t-il intégré les fonctions CRM, Internet et Media?

Depuis quelques années déjà , avec bien sûr une accélération plus forte ces dernières années en adéquation avec l’évolution des comportements et des attentes.

L’intégralité de l’interview ici

Lucy Orta et les tribus urbaines

 

1998, vêtement refuge pour 4. Le matin la tente se dézippe libérant ainsi 4 tenues « urbaines », munies de multiples poches. Le soir les 4 personnes se retrouvent au point de rendez-vous et reforment la tente à partir de leur tenue.

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J’ai déjà  parlé très brièvement de la styliste (artiste ?) Lucy Orta il y a quelques temps; tout comme Rei Kawakubo ou Hussein Chalayan cités dans l’article ci-dessous, Lucy Orta interroge le vêtement, étudie son interaction avec l’environnement urbain dans lequel la plupart d’entre nous évoluent. Green attitude avant l’heure, ses réalisations sont éthiquement correctes, souvent dignes d’un film d’anticipation, ses « vêtements-refuges »(1) n’en sont pas moins dénouées d’une certaine poésie.

Nul doute comme le souligne plus bas Paul Virilio, que les interactions entres les tribus urbaines et la mode, donc le vêtement et ces accessoires vont aller croissant, même en présence d’espaces virtuels comme MySpace/Facebook/Second Life… Ayant été récemment parrain d’une étudiante(2) exposant une thèse sur le sujet et suite à un échange avec le directeur de thèse, il m’est apparu assez clairement que certains bureaux de style devraient investir plus profondément dans ces recherches et ces artistes afin de mieux projeter nos comportements et définir ainsi les tendances, plutôt que de tenter de suivre difficilement le mouvement.
Ces stylistes/artistes apporteront à leur manière, des réponses aux interrogations techniques, morphologiques, sociales et d’identité liée au vêtement.

« Il faut avoir une esthétique et un statement. L’un ne fonctionne pas sans l’autre. » (Lucy Orta)

Le temps« post-it », le temps qui clignote, a fait de nous des mutants. Prisonniers des angoisses que les nouveaux activistes de l’art libèrent à travers leur travail. Parmi eux, Lucy Orta, 37 ans, née à Birmingham (Grande-Bretagne) et vivant à Paris. Nul ne s’étonnera que Paul Virilio, qu’elle a rencontré dans les années 90, lui ait rendu hommage:« Lucy dénonce, par ses vêtements collectifs, le retour des hommes à la meute. Au moment où l’on nous dit que les hommes sont libres, qu’ils sont émancipés, hyper-autonomes, elle dit au contraire qu’il y a une menace et que les hommes se rapprochent de nouveau. On peut appeler cela des gangs, des nouvelles tribus, des commandos » expliquait-il dans Lucy Orta Refuge Wear (éditions Jean-Michel Place, 1996).

2001, Cologne, « Nexus intervention »

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Utopie réaliste

Lucy Orta parle de ses objets comme d’éléments « pertubateurs ». Elle se voit en « utopiste réaliste « . Ses scaphandres urbains font aujourd’hui référence, tant dans l’art que dans la mode, où elle a fait ses débuts comme styliste à la Woolmark avant de créer ses premiers « vêtements refuges », inspirés par des recherches textiles sur les fibres expérimentales. «Les vrais pionniers sont les créateurs qui partent d’une réflexion sur la société.» Et de citer Rei Kawakubo (Comme des Garçons), Hussein Chalayan, Martin Margiela, et même Helmut Lang.

Elle a participé à dix expositions collectives ou en solo en 2003. Une soixantaine de personnes travaillent dans son sillage, véritable factory chargée de créer ses armures siamoises éthiquement engagées, ses accessoires d’anticipation, à l’image de ce Refuge Wear Mobile Survival Sac avec réserve d’eau incorporée (1996) ou encore cette Nexus Architecture, vêtement-intervention porté par 110 élèves de Cholet. La roue tourne, les œuvres naissent et se re-posent, d’un centre de détention à Rennes à la Foire d’art contemporain de Miami, d’un marché parisien – dont elle recycle les surplus pour en faire des conserves « conceptualo-comestibles. (All In One Basket, 1997) au London Fashion College où elle enseigne.

2005, Lucy Orta dans son atelier

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Objets urgents non identifés

Lucy Orta voyage, intervient, suffragette de l’art dont elle remodèle les lieux à son image, de son studio parisien à la Laiterie Moderne, un site industriel en bord de Seine, réhabilité en atelier géant, où elle travaille en collaboration avec son mari, l’artiste Jorge Orta. «Il faut avoir une esthétique et un statement. L’un ne fonctionne pas sans l’autre», assure celle qui vient de mettre en place un «post-diplôme», sur le thème Man & Humanity à la Design Academy d’Eindhoven (Pays-Bas). « Créer un dialogue, ouvrir tout le monde», dit-elle. Ambulances, camions militaires, brancards, architectures corporelles, systèmes d’aide immédiate «pour situations urgentes» : dans son regard, l’utilitaire flirte avec l’hygiénisme d’un nouveau meilleur des mondes, au bord de la catastrophe planétaire et de la science-fiction. Chacun, en regardant ces Ouni (objets urgents non identifiés), se sent tour à tour témoin passif, coupable de non-assistance à personne en danger et victime du drame écologique qu’il a créé.

Cet automne, deux livres couronnent son œuvre, dix après ses premiers « vêtements refuges» : Body Architecture (éditions Verlag Silke Schreiber), et surtout l’impressionnante monographie Lucy Orta(3) éditée en Angleterre, un refuge-book où il fait bon prendre abri.

Alice Hermann

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Un travail qui rappelle la collaboration entre Vexed Generation et Puma (2005), créant, je cite: « le parfait vêtement pour le stealth urban rider ».

2005, Puma x Vexed

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A voir:

Le Studio Orta
et
Un peu de lecture…

(1) Refuge-wear
(2) Les tribus urbaines et la mode : « La culture gothique et son influence dans la mode » : démontrer comment les sphères underground continuent a être un point de référence pour la renouvellement et l’inspiration stylistique, par Maria Eguiguren. John Galliano, Giles Deacon, Jean-Paul Gaultier ou encore Olivier Theyskens étaient cités dans cette étude.
(3) Lucy Orta, Contemporary Artists Series/Editions Phaidon. Entretiens avec Paul Virilio, Nicolas Bourriaud, Roberto Pinto 160 pages/150 illustrations/24 £