MEAN GIRLS

« Once upon a time there was a wicked witch and her name was:
Lilith, Eve, Hagar, Jezebel, Delilah, Pandora, Jahi, Tamar
and there was a wicked witch and she was also called goddess and her name was:
Kali, Fatima, Artemis, Hera, Isis, Mary, Ishtar
and there was a wicked witch and she was also called queen and her name was:
Bathsheba, Vashti, Cleopatra, Helen, Salome, Elizabeth, Clytemnestra, Medea
and there was a wicked witch and she was also called witch and her name was:
Joan, Circe, Morgan le Fay, Tiamat, Maria Leonza, Medusa
and they had this in common: that they were feared, hated, desired, and worshiped.”
― Andrea Dworkin, Woman Hating

FALLEN HEROES

Owen Gaster, John Galliano, Antonio Berardi, Alexander McQueen, Hussein Chalayan, héros de mes années estudiantines dans le magazine mythique Jardin des Modes (hiver 1996-1997), lui aussi disparu dans le vaste océan de la mode.

RÉFÉRENCES EXIGÉES ET MISE À JOUR SYSTÈME

Référence détournée:
« La Joconde », Léonard de Vinci, entre 1503-1519 vue par Marcel Duchamp, « L.H.O.O.Q. », 1919

Pour la majorité de la génération Z, Balenciaga est une marque de sneakers… ils n’ont que faire de monsieur Saint Laurent ou qu’avant Squid Games il y a eu Le prisonnier.

Je me souviens de cette phrase promulguée par mon professeur d’histoire du costume: « une marque ne doit pas vieillir avec sa clientèle ».

Je viens de voir la dernière adaptation de la saga Dune, le roman de Franck Herbert réalisée par Denis Villeneuve.
Projet fou.
Deux heures trente cinq plus tard, le réalisateur canadien à confirmé son talent. Il avait déjà imaginé en 2017 une suite à l’intouchable Blade Runner de Ridley Scott, autre pari quasi-réussi et toujours accompagné par l’attrayante musique d’Hans Zimmer.

J’en parle avec monsieur Crocodile, de la génération Z, pour qui, ce film à « …une esthétique agréable », loin du remous émotionnel qu’il provoque en moi. Pourquoi?
Parce que:

« je n’ai pas toutes tes références, la réalisation plus ou moins réussie de David Lynch, l’échec de Jodorowsky, les séries maladroites, etc.. Je ne savais même pas avant de le voir, que c’était une somme de romans de science-fiction publiées il y a près de cinquante ans. » – M. Crocodile, 20 ans

Je saisi tout à coup que cette liberté de point de vue, dénuée de références, permet une forme d’appréciation tout autant légitime que la mienne (voire plus?).
Il faudrait se libérer; parfois; de ses carcans culturels, « ne pas savoir » et ainsi pouvoir opérer une rupture qui ferait surgir de nouveaux points de fuite et étendrait les champs de l’imagination, de celle qui, comme l’affirmait Albert Einstein contrairement à la logique, vous emmènera de partout.

C’est alors que se réalise une mise en abîme avec ma situation d’étudiant en mode. Vieillir avec sa clientèle c’est comme vieillir avec ses idées, ses convictions et ses acquis.

Qu’importent les références (pourvu qu’on ait l’ivresse?)
Dès lors qu’importe que la marque Balenciaga soit reconnue pour ses Triple S. Cristobal Balenciaga, le maître de tous les couturiers ne disparait pour autant. La preuve est que cinquante ans plus tard (aussi) nous avons eu droit au retour de la Haute Couture maison… A ce petit jeu entre les amateurs et les béotiens c’est sans aucun doute celui qui est le moins « sûr » de lui qui se sentira contaminé par l’autre.

Que les marques de luxe flirtent avec l’univers du dessin animé ou les enseignes de supermarché et génèrent des produits plus ou moins singuliers n’est ce pas aussi une façon de sortir de sa zone de confort et « de ne pas vieillir »?

Que penser de tout çà?
Faudrait-il alors changer d’approche et ne pas chercher à analyser ou à décomposer chacun de ces « systèmes » (supermarché, jeux vidéos, cinéma, comics, mode, design…) afin de comprendre la finalité résultante?

Faudrait-il au contraire, sortir des chapelles et avoir une approche systémique, privilégiant alors une vision holistique et laisser s’opérer le grand mix and match des systèmes et en observer le résultat?
Cette approche globale où tous les systèmes interagissent on ne sait pas trop pourquoi parfois (quid de cette collaboration entre une marque de mode et un fabricant d’électro-ménager?) ne serait-elle pas aussi propice en cas de dysfonctionnement d’une des parties, d’entraîner l’ensemble du « grand » système dans sa chute?

La mode est à la croisée de ces deux voies, l’une menant vers une forme de synthèse, où l’on oublierait ses références, on en ferait fi (?) où on libérerait sa pensée des dogmes, des histoires et romprait avec les radicalismes. L’autre privilégiant une forme de nucléarisation, catégorisant chaque activité avec une tache définie, périodique et devant interagir logiquement.

L’enjeu: fuir l’inertie.
Ce jeter à corps perdu dans l’une ou l’autre des voies ne conduirait, sans doute, à plus ou moins long terme qu’à une impasse. Pour vivre son époque, il faudrait être un funambule, en recherche permanente de l’équilibre à qui s’impose le mouvement: fuir l’inertie.

RÔLE DU DESIGNER

Le savoir-faire du designer s’exprime dans le changement du quotidien »
– Philippe Starck, entendu à la radio

« il me semble que le rôle du créateur, quel que soit son domaine d’intervention, est de marquer des limites à l’accélération des choses et des processus de consommation de notre société… »
– Etttore Sottsass, de retour d’Inde dans les années 60