Mode, futur et formation

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Conférence du 10 Mars 2015 à L’ENSAD organisée par GEMODE (Groupe d’étude sur la Mode/CeaQ-Sorbonne)
Intervenante : Annick Jehanne – Consultante et fondatrice de HUBMODE

Quelques points à retenir de cette rencontre qui s’interroge sur la place que prennent les nouvelles technologies, la géopolitique et l’éducation dans la filière mode et luxe.

« INNOVATE OR DIE », LES GRANDES TENDANCES

Le développement du textile, les accessoires connectés 

Le textile connecté va apporter de nombreuses évolutions

Ringly : la bague connectée (GPS)
Cute Circuit, Francesca Rosella, directrice artistique et le PDG Ryan Genz sont dans le textile connecté depuis 2004

L’impression 3D

– Il y a un gros potentiel de développement notamment pour l’accessoire et la joaillerie
– En la matière, la référence est la créatrice néerlandaise Iris Van Herpen et sa mode en 3D

Territoires à explorer : « label conscience », mode équitable et durable (éthique, transparence, durabilité, authenticité et cohérence)

– Un « grand terrain de jeu « inexploité, alors qu’il y a beaucoup de sujets possibles autour de l’idée « comment peut-on changer le monde? »
– L’industrie de la mode n’est éthiquement pas « correcte » (textile chimique, teintures polluantes, etc…)
– Des nouveaux business models sont à inventer, incluant une part de « générosité », Il y a de nouvelles questions à se poser : « Qu’est-ce que je fais pour les autres? », « Quel est l’impact social de mes actions? »

Quelques rares MOOC existent pour se former à ces sujets

Big Data

Comment traite-on les informations (massives) sur ses clients et comment les utilise-t-on…

Interactive Fashion

La mode est maintenant instantanée. Il faut être prêt à réagir rapidement avec tout ce qui se passe, avoir l’esprit agile afin d’être hyper-réactif et malin.
Cependant il faut aussi prendre le temps de réfléchir, se replonger dans ses sources pour ne pas se laisser envahir.
Exemple de marque interactive : Le Slip français

Networking

Développement du networking, building partnerships, …
Co-branding, co-design, co-funding et cross boundaries (décloisonnement des expertises)

Fashion education

Constat :
– Les formations sont très chères
– Les formations sont très spécialisées
– Il y a en France un sérieux manque de formations, alors qu’il faudrait s’adapter tout le temps!
– Qui forme sur l’impression 3D (notamment pour les bijoux) et le vêtement connecté?
– Qui forme sur la Data?
– Quelles formations sur le Social Business? (en dehors de quelques MOOC)
– Quid de l’approche internationale? (chacun des élèves d’Annick Jehanne, issus de différentes cultures, doivent réaliser un exposé sur la façon dont on se marie dans leur pays)

Annick Jehanne donne l’exemple de la société Le Fab Shop qui fait de l’impression 3D en Bretagne. La société était désireuse d’ouvrir des points de vente mais n’à pas trouvé les personnes adéquates, car non formées pour présenter ces technologies. Annick Jehanne à réfléchit et créé avec eux une formation en 3 mois.

Initiatives intéressantes: incubateurs spécialisés dans la mode et divers

Manufacture New-York
Strawberry Earth Academy (Hollande), est une académie internationale rassemblant des professionnels expérimentés de la mode et du design. Les leaders des deux industries travailleront avec des instituts de recherche pour créer des innovations responsables qui pourront être fabriquées largement.
La Paillasse: Centre d’expérimentation à Paris, laboratoire communautaire pour les biotechnologies citoyennes
Le Tricodeur : quand le numérique et la maille se rencontrent
Atelier 42: l’école d’ingénieurs créée par Xavier Niel (PDG de Free)

Evénements

A Nantes, à l’initiative de Stéréolux, il y aura des workshop sur la mode en juin (à suivre)

Discussions

Il y a de plus en plus d’initiatives en région (Angers, Cholet, Lyon, etc…). L’idée étant de décloisonner et de faire se rencontrer les gens et les experts… Il faut mixer les courants, hybrider les disciplines (design/médiéval/mode/géopolitique…), favoriser la mise en réseau et l’utilisation de celui-ci

Résumé par Cécile Chevalier pour Le Modalogue

Coperni Femme, Fall Winter 2016

A presentation during Fashion Week at Musée des Arts Décoratif, Paris

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Below Sébastien Meyer and Lolita Jacobs (muse, friend and model)

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Collision de particules élémentaires

La mode n’a eu de cesse ces dernières années de créer des collaborations auxquelles on ne croit plus depuis belle lurette. Lanvin, Comme des Garçons ou Viktor & Rolf ne sont au final descendus dans la rue que l’espace de quelques heures…

Plutôt que de promouvoir une réelle mixité (mélange), ces collaborations bâties sur l’autel du marketing n’en sont que plus segmentantes. Elles ne mettent guère en avant quelque élan créatif que ce soit mais accentuent l’écart qui existe entre les créateurs de mode et les marques populaires, signifiant l’inaccessibilité des premières.  L’effet désiré s’en trouve inversé et l’on jette en pâture des ersatz de vêtements de luxe que le peuple s’empressera de s’arracher au sein du magasin devenu arène avant d’aller les revendre en ligne.

Pour demeurer sur le plan créatif c’est à une réelle collision des idées, des rencontres, des genres dont nous avons besoin. La mode à besoin d’une forme de perversité créative. Une collision venant de toutes parts, transversale et prenant tous les formes, assumant comme le souligne Marc Jacobs, ses volte-face, versatile. Transversale et versatile: TransVersatile comme le nom de ce blog. Collision génératrice de nouveautés et de partages en parfait accord avec notre époque qui via la révolution de la Culture Numérique à la possibilité de redécouvrir le sens du terme « collaboratif », voire  l’attitude épistémique ancrée en chacun de nous et qui se manifeste par le désir de mettre en commun nos connaissances.

Au regard d’une certaine actualité, c’est un évitement que nous avons. Fuite en avant, attitude de repli sur soi. A voir le style, les attitudes et le nom de certaines nouvelles marques de mode, il fleure un parfum de néo-réactionnisme dans les lookbooks. L’antithèse de la curiosité créatrice.

Le CERN (Organisation européenne pour la recherche nucléaire, ex-Conseil européen pour la recherche nucléaire) est un laboratoire où se trouve depuis 2008 le LHC (Large Hadron Collider Grand Collisionneur de Hadrons), le plus puissant accélérateur de particules du monde. Au sein du centre de recherche existent des activités n’ayant pas uniquement un lien direct avec l’action des neutrinos, des antiprotons ou la matière noire… Pour preuve Sir Tim Berners-Lee y à inventé le World Wide Web au début des années 90.

« Particle physics and the arts are inextricably linked: both are ways to explore our existence – what it is to be human and our place in the universe. The two fields are natural creative partners for innovation, research and development in the 21st century. »

Depuis 2011, photographes, chorégraphes, musiciens, designers, &c sont sollicités, invités à visiter le Centre de recherche, voire à collaborer et y résider pendant 3 mois. Avec les scientifiques en place, les artistes prennent le temps de découvrir le monde de la physique des particules et échangent des idées qui vont nourrir leur travail. Le photographe Wolfgang Tillmans, la compositrice Cheryl Frances-Hoad ou la designer Iris Van Herpen sont parmi les artistes qui ont résidé.

Iris Van Herpen, Spring 2015, 3D printing and particle physics…

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Le programme initié par Ariane Koek et baptisé Arts@CERN manifeste que des domaines en apparence fort éloignés peuvent en se « collisionnant » comme les atomes au sein du LHC, générer des particules créatives insoupçonnées, que la peur est l’ennemie de l’innovation.

L’artiste ne doit pas craindre de provoquer et de se projeter dans des lieux inconnus pour faire bouger nos consciences.

Making of The Look

Un rapide décryptage du process mis en place et des coulisses menant du mannequin au consommateur ou dit autrement la création d’un « look » qui séduira les masses.

Des extraits tirés de l’enquête menée par la sociologue américaine Ashley Mears et reportés dans son livre « Pricing Beauty, the making of a fashion model » . Egalement, le livre remet en cause la notion de beauté comme un acquis et se penche sur la manière dont les considérations ethniques et de genre sont traitées dans la profession et vers quelles inégalités elles débouchent parfois.

The first step to understanding this world involves a little reverse magic to bring invisible actors into light. While models reap plenty of attention as pop culture icons, no model gets far without the campaigning efforts of a booker and a few key clients. Networks of agents, scouts, assistants, editors, stylises, photographers, and designers constitute a production world chat links models to fashion consumers.

Scouts and agents « discover » raw bodily capital and then filter it to clients —photographers, designers, art and casting directors, stylists, and catalog houses. These clients « rent » models for short periods of time, maybe a few hours, days, or weeks, during which time they deploy this capital to appear in media outlets such as catalogs, showrooms, advertisements, magazines, catwalks, showrooms, and  » look books, » which are booklets that feature a designer’s new clothing collection.

In these media outlets, models’ images serve to entice store buyers and, ultimately, to seduce fashion shoppers, the final consumers of the look, into making a purchase, as shown below.

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Taken together, these producers constitute a world of backstage production, or an « art world, » as sociologist Howard Becker calls it (1982).
In an art world, the talent is one piece of the art-making process, but talent should not be privileged as the gravitational center. Creative goods such as 1nusic, art, or books do not mysteriously emerge from individual acts of artistic genius. They materialize from institutions, organizations, industrial field structures, and the everyday routines of people at work. A work of art is as much the product of a whole series of intermediaries and their shared norms, roles, meanings, and routines as it is the creation of an individual artist. In other words, mundane processes of production are important in shaping culture.

An art world approach belies common sense; we’re used to thinking that the best people rise to the top of any market, as popular media accounts unanimously celebrate. It is tempting to think that models are lucky winners in some « genetic lottery, » as though their bodies were superior gifts of nature chat automatically receive social recognition, and, indeed, some evolutionary psychologists echo this view.

Such explanations of the deservingly triumphant cannot account for the physical outliers —people such as Kate Moss, who at 5’6, » is short by model standards, or Sophie Dahl, who reached fashion fame at a size 10, rather heavy compared to her catwalk counterparts. Nor does talent account for the hundreds of thousands of similarly built genetic lotto winners who will never receive social recognition— people such as Liz and Sasha and the thirty-eight other models I interviewed for this book. Their stories make sense only in the context of a whole web of producers, the relationships they form, and the conventions they share.

Thinking about looks as part of a world of production rather than as an individual quality called beauty allows us to see how aesthetic judgments materialize from a collaborative process.

The look is the result of people doing things together.

Pricing Beauty, the making of a fashion model, by Ashley Mears, 2011, University of California Press

Madeleine Vionnet, Isadora Duncan et féminisme

ISADORA DUNCAN ET SA DANSE LIBRE À PROVOQUÉ MAINTS SCANDALES ET INFLUENCÉ NOMBRE DE COUTURIERS AU DÉBUT DU XXE SIÈCLE.

LES RÉFÉRENCES HELLENIQUES PRÔNÉS PAR LA DANSEUSE AMÉRICAINE SE RETROUVENT DANS LES DRAPÉS DE LA COUTURIÈRE FRANÇAISE MADELEINE VIONNET QUI PAR SON TRAVAIL DE LA COUPE EN BIAIS À SU PARMI LES PREMIÈRES, METTRE EN VALEUR LE CORPS FÉMININ.

TOUTES DEUX SERONT DES PROGRESSISTES DE LEUR TEMPS, L’UNE REVENDIQUANT LE DROIT D’USER DE SON CORPS LIBREMENT (ÊTRE FÉMINISTE ALORS COMMENÇAIT PAR LÀ), L’AUTRE EN METTANT EN PLACE DES INNOVATIONS SOCIALES AU SEIN DE SON ATELIER (CRÉATION DE CRÈCHES ET MISE EN PLACE DE SERVICE DE SOINS MÉDICAUX…).

ON PEUT ÉGALEMENT CITER  PAUL POIRET QUI À FAIT « TOMBER » LE CORSET.

POUR CÉLÉBRER LES 100 ANS DE LA MAISON MADELEINE VIONNET, UN CLIP À LA CHORÉGRAPHIE INSPIRÉE PAR LA FÉMINISTE AMÉRICAINE FUT RÉALISÉ.

EN 1968, VANESSA REDGRAVE REMPORTA LE PRIX D’INTERPRÉTATION FÉMININE DU FESTIVAL DE CANNES EN INTERPRÉTANT LE RÔLE D’ISADORA DUNCAN DANS « ISADORA » (THE LOVES OF ISADORA)

Die Antwoord, ou l’occasion de parler de la trans-culture

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Génération Trans-X

Plus tout à fait underground, pas encore mainstream, révélé au public en 2010, Die Antwoord est à l’image de notre société: TRANS-culturel.

Cantonné dans la nomenclature musicale au rap-rave un genre que l’on pourrait rapprocher du psyché rock des années 60, le style Die Antwoord embrasse cependant plus large.
“I represent South African culture. In this place you get a lot of different things: Blacks, Whites, Coloured, English, Afrikaans, Xhosa, Zulu, watookal. I’m like all these different things, all these different people, fucked into one person.”
Tirée de Whatever man, cette phrase chantée par Ninja le leader du groupe sud-africain est en quelque sorte une forme de synthèse d’une youth culture des “années 10” qui baigne dans une forme de chaos culturel.

Trans et Transe

Tout semble se télescoper sur scène, ce n’est pas que du rap, de la techno, du hip-hop. En fermant les yeux, emportés par la TRANSe on perçoit des accents rock voire pop (comme le défend Ninja dans Interview magazine), bref TRANS-musical.

TRANSgressifs à force de vidéos agressives honorées des milliers de fois sur Youtube. Réveillant nos instincts primaires, nos peurs enfouies, nos désirs inavoués, malaise et jouissance… suscitant (of course) et dès leurs débuts la curiosité d’un David Lynch.

X, Y et Z toutes les générations communient dans la fosse où se mixent des jeunes lolcore tendance bonkers et des gothiques oldschool à la coupe de Billy Idol (ex-leader de Generation X). TRANSgenerationnel, des mix inimaginables pour les générations précédentes où des donzelles afropunks moulées dans des combinaisons en cuir et masque de catcheuse à oreilles de Minnie Mouse croisent des jeunes hommes extatiques en salopette XXL fluo bariolées d’idéogrammes japonais. Des quadras en Louboutin font la queue à la buvette avec des individus en pyjama en pilou imprimé zèbre… C’est une joyeuse anarchie qui prend place.

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On y voit Leon Botha qui nous interroge sur un hypothétique TRANShumanisme qui lui aurait peut-être allongé son espérance de vie. Casper le gentil fantôme à des érections cyclopéennes. Les fébriles graffitis, habillage scénique, évoquant des dessins d’enfants autant que l’art brut, entre Keith Haring et SAMO© s’opposent à la typo large et stable utilisée par le groupe. Hyperconnection et tribalisme, à l’image des hippies californiens des années 60, adeptes du LSD et de la vie au grand air et futurs créateurs de la micro-informatique. Sur scène c’est un show TRANSmédia, c’est un grand mash-up,

Là où au mitan des années 70 les punks optaient pour une radicalité excluant les autres influences afin de contrer le Système (sauf certains groupes comme The Clash, The Slits…), Die Antwoord s’engage dans une attitude tout aussi dénonciatrice mais ouverte. N’hésitant pas sur Ugly Boy, morceau samplé et repris à l’obscur Aphex Twin à inviter des personnalités ayant conservé un brin de souffre auprès du grand public (Marilyn Manson, Cara Delevigne et Dita Von Teese).

Le modèle des communautés, le grand élan hippie des années 60 désireux de proposer des alternatives sociales à connu un formidable changement avec l’avènement d’internet et l’essor de la culture numérique à l’aube des années 90. Les communautés sont alors devenues virtuelles, les interactions au sein de celles-ci et entre celles-ci se sont enrichies et complexifiées, créant des TRANSversalités insoupçonnées que l’on retrouve dans ces rassemblements.

Dès lors, plus aucun courant culturel n’est aujourd’hui exclusif à un seul groupe, une seule communauté et inversement. L’apparence extérieure ne suffit plus à nous définir.

Le microcosme du monde des tatoués ou le street-art attirent foule aux billetteries des musées, tout comme les impressionnistes et Salvador Dali.

Nos goûts traversent les genres, ils sont TRANSgenre. On hésite plus à affirmer des amours culturelles variées, une versatilité assumée, témoignant ainsi d’une sorte d’ubiquité culturelle. Nos goûts ne sont plus unilinéaires, mais ils se propagent comme le réseau, ils sont multipolaires.

Que cette multiplicité culturelle quasi schizophrénique nous vienne d’un pays situé au bout du continent le plus oublié de la planète en termes culturel, politique ou économique et qui 24 ans après la fin de l’apartheid influence une partie de la jeunesse occidentale ne doit pas nous laisser indifférent.