A PHOTO I TOOK OF DITA VON TEESE, DURING JEAN-PAUL GAULTIER AUTUMN-WINTER 2010 COLLECTION.
UTOPIE ÉMERGEANT DE L’OMBRE DESSINANT UN SQUELETTE MANIÉRÉ, BONDAGE ET BAROQUE
Hirsute ou entretenu, long ou court, le poil est dans tous ses états chez l’homme depuis quelques saisons. Galerie de poilus saisie dans les backstages et les alentours des défilés de Jean-Paul Gaultier Homme, Walter van Beirendonck, Louis Vuitton et Juun J.

Backstage chez Jean-Paul Gaultier
L’autre soir en rentrant au Baron…
Ylva Falk est danseuse de hip-hop et de voguing (voir aussi ici), elle est également chorégraphe, elle a notamment travaillé sur le dernier défilé de Quentin Véron. Habillée ce soir-là par Jean-Paul Gaultier des pieds à la tête elle était l’image du nouveau parfum maison: Gaultier Madame.
Elle porte un mini-perfecto fluide, strassé et clouté (très glam-punk). Son visage, au maquillage coloré, orné d’un grand sourire vous captive et puis… il y a cette houppe, cette coiffure, que dis-je cette coiffure? Cette excroissance capillaire qui rendrait jaloux le plus célèbre des petits reporters belge!
Ylva vous conseille d’associer votre vernis à ongles à … vos sourcils.
Dans ce décor fait de miroirs et de graffitis rose bonbon, elle n’était pas sans me rappeler quelques couvertures d’I-D magazine des années 90, voir une toute récente avec Agyness Deyn.
I-D, avril 1984
I-D, mai 2009
L’ex-Palais des Arts de l’Avenir du Prolétariat s’est mué cette fois-ci en salle des sports, ring de boxe inside…
Cette salle, dédiée entre autres, aux différents shows de la maison se doit d’être à géométrie variable, s’adaptant aussi bien à la Couture qu’au prêt-à-porter féminin ou masculin.
On a beau connaître Jean-Paul Gaultier et sa débordante créativité on est néanmoins surpris lorsque l’on pénètre dans la salle, on attend le défilé avec impatience…

Les mannequins-boxeurs, équipés par Everlast (la mythique marque centenaire boostée par Jack Dempsey au début du siècle dernier), arborent un maquillage… ecchymose. Les jeunes hommes sont abîmés (par la vie ?) mais marchent le torse bombé, ils restent fiers et n’en sont finalement que plus séduisants.
Les panoplies proposées sont un mix complètement libre et un peu fou, signifiant par la même que l’homme peut tout oser en matière vestimentaire aujourd’hui ?
Ci-dessous, chemise et cravate cohabitent avec un hood en lamé argent et une jupe portée sur un caleçon fluide.

Au menu les basiques bien sûr, du jean et des vestes en cuir (pièce indispensable de tout vestiaire masculin). Des pantalons de survêtement s’apparentant à des leggings/caleçons en maille très fine, des hoods à toutes les sauces (il y en avait un peu partout pendant la semaine de la mode), de très beaux gilets en grosse maille, ainsi qu’un splendide manteau (voir plus bas) . Des costumes allant du smoking (porté avec des caleçons longs), au costume croisé en passant par le costume trois pièces(!) porté, lui, avec des bottines de boxe.
Comme souvent chez Gaultier il faut prendre le temps d’observer chaque panoplie afin de s’approprier un élément de celle-ci.

Veste de smoking portée sur un ensemble jogging de luxe en maille légère semi-transparente et des souliers vernis…

Remarquez le détail des boutonnages, de ce manteau couleur chocolat, que l’on dirait gaufrés (photo) ainsi que la doublure qui semble réserver des surprises.
En fin de compte pas de révolution, le cross-over des styles et des genres chez Gaultier tourne toujours à plein régime.
on retrouve quelques mannequins toujours contusionnés et…

… the mighty et adorable Tanel !


La troisième journée des défilés homme pour l’automne-hiver 2010-2011 s’achève, passionnante, de la découverte du créateur coréen Juun J. au show toujours festif de Jean-Paul Gaultier, de magique défilé Kenzo, au noir de Kris Van Assche. Résumé en images des minutes d’avant les défilés du premier jour: Issey Miyake, Juun J., Gaspard Yurkievich et le combat de boxe organisé par Jean-Paul Gaultier.
A bientôt pour des photos, des interviews et d’autres mini-vidéos de cette fashion week.
Rencontre avec Jean-Paul Gaultier au sein de l’ex-Palais des Arts de l’Avenir du Prolétariat. C’est dans ce bâtiment à vocation sociale du début du XXe siècle que sont installés depuis 2004 son studio, l’atelier, les bureaux, le service de presse et où défilent ses créations.
Un lieu unique, rassemblant toutes les activités de sa maison comme dans le film Falbalas de Jacques Decker, son film culte.
Un lieu unique situé en plein cœur du quartier de la confection.
Un lieu unique et décalé, comme pour faire un pied de nez aux Maisons sises avenue Montaigne.
De grands éclats de rire résonnent au sein du palais, Jean-Paul Gaultier est ainsi quand il connaît ses interlocuteurs. Il donne beaucoup. Par contre l’homme qui s’approche de notre petit groupe est timide, il est redevenu enfant. Il doit apprendre à nous connaître, nous les blogeurs et réciproquement. Mais on le sent curieux et généreux.
La rencontre prend un ton informel, il nous présente les lieux, les installations-morphing de Jurgen Bey qui lui avaient inspirés la sublime collection Couture AW 2003.
Cette installation confère à l’endroit « quelque chose de magique, un endroit à la Cocteau » dit-il, et il ajoute « … il faut se méfier des apparences, les choses peuvent avoir un autre degré de lecture ». Une partie de l’univers de Jean-Paul Gaultier est résumé dans ces deux phrases.
Ci-dessous les installations-morphing de Jurgen Bey

On a envie de le tutoyer, de l’appeller Jean-Paul, de lui dire « reste avec nous ! » Il est un des rares créateurs sachant installer cette proximité. Un don qui lui vient sans aucun doute de son parcours atypique dans ce milieu, lui qui s’est hissé du prêt-à-porter de rue à la Haute-Couture (l’inverse des maisons de couture actuelles en somme).
Ses collaborateurs nous parlent alors de sa fidélité, mais on s’en doutait, envers ceux qui travaillent avec lui de la petite main anonyme là-haut dans l’atelier à Jean-Baptiste Mondino qui préside à la destinée du parfum Classique depuis 17 ans.
Classique, le parfum, avec sa boîte conserve et son buste habillé d’une jarretière fait parti de ces produits qui ont marqué l’imaginaire collectif (au même titre que la marinière, le jean couture, le bustier a sein coniques de Madonna, etc.). Ré-interpréter Classique pour en faire Classique X n’a donc pas été une chose facile. Il a fallu pour cela, tout le talent de Jacques Cavallier. Repartir de la fleur d’oranger du parfum d’origine et la ré-interpréter dans ce qu’elle a de plus virginal. S’affranchir, sans rupture, du caractère extraverti et de l’opulence du jus des années 90. Faire naître dans la nouvelle fragrance éclat et volupté, un mélange des genres à la limite de l’androgynie (mêlant en sus de la fleur d’oranger, bergamote, mandarine et une cologne masculine).

Michelle Buswell, égérie de Classique X

On nous promène ensuite parmi certains modèles exposés de la Couture (thème cinéma) et du Prêt-à-porter (Collection X). X est fidèle à la précédente collection dont le thème était la calligraphie. Les collections s’enchaînent avec une vraie filiation, créant une histoire auquel on s’attache au fil des ans. La lettre X se décline de multiples façons (dans les coupes, les détails, les formes et les matières) jusqu’au thème du bordel (featuring les bijoux érotiques-chic de Betony Vernon). L’ensemble est assez monochrome et très graphique.

La silhouette fascinante d’un imperméable made in Jean-Paul Gaultier Couture.

Très suggestive… mariée Couture



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Rencontre réalisée grace à l’initiative de Balistik’art
Suite à l’article puis à une interview(1) avec Florent Perrichon (PDG de Cerruti), c’est avec un intérêt tout particulier que j’ai répondu à l’invitation pour assister au défilé de la collection Homme pour le printemps-été 2010 afin de voir comment la direction artistique de Jean-Paul Knott allait mettre en forme les propos de son dirigeant.
Pour ce qui est de l’homme Cerruti et si l’on s’en réfère aux personnalités présentes, ils seraient à chercher auprès de Charles Berling, PPDA ou François-Xavier Demaison. Bien que la tendance soit à l’androgyne adolescent, il y a la possibilité d’apporter plus de personnalité, en accord avec l’état d’esprit de la maison.
Certaines marques comme Jean-Paul Gaultier en ont même fait leur marque de fabrique. Est-ce un désir de ne pas se positionner « trop tôt » sur un créneau trop élitiste et ainsi, laisser un « champ des possibles » élargi ?


on a pu voir quelques accessoires et des mailles d’été…
Quant au style en lui-même, j’ai aimé la douceur générale qui se dégage de la collection, les tonalités craie, gris très clair, olive et paille. J’ai beaucoup aimé certains trenchs, les tee-shirts, les manches roulées, le blousant des chemises dans le dos, tout ce qui participe à la recherche d’une certaine fluidité.
Les différentes propositions de vestes et paletots aux manches trois-quarts son moyennement convaincants. Après avoir tant lu sur l’apport de Nino Ceruti et Giorgio Armani sur le vestiaire masculin, je m’attendais à des propositions de pièces à manches plus fortes, une nouvelle proposition de la décontraction et de la sensualité masculine, un « rebirth of cool » en quelque sorte. Les pantalons « fitted », raccourcis et à petit revers donnent une silhouette « sharp » et dynamique, et je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Thom Browne. en les voyant. Quant au bermuda, ces derniers mois il est devenu « citadin » et « sophistiqué » et se marie très bien avec des vestes, j’aurais aimé voir une proposition de ce nouveau costume par Cerruti.

Le blanc sous toutes ces nuances, que l’on a beaucoup vu à Milan est une des couleurs vedettes de la saison. J’aime beaucoup les chaussures façon « Clarks ».



Il faut abandonner les rigidités des saison passées, ci-dessus un tee-shirt blousant dont on trousse les manches et un trench fluide aux manches roulées
Dans l’ensemble j’ai aimé ce défilé, il était plus accessible et moins « luxe » que je ne le pensais. Mais le talentueux Jean-Paul Knott a-t-il atteint-il l’objectif ? Et si non, quid de son avenir chez Cerruti ?
Un défilé Couture de la maison Jean-Paul Gaultier c’est un peu comme lire le livre de son auteur fétiche. Le style est connu, on le retrouve toujours avec le même plaisir, on sait que l’histoire sera belle et originale, qu’elle s’inscrira dans une continuité narrative (des robes-cages de la collection précédente aux robes-dentelles de cette saison la filiation est aisée n’est-ce pas ?). La provocation des débuts se fait aujourd’hui plus subtile, plus élégante. Chez Jean-Paul Gaultier les vêtements se refusent à la gratuité, ils ont une véritable raison d’être.
L’éblouissant dernier défilé Couture ne déroge pas à la règle, certaines tenues tissent clairement des liens vers d’autres domaines créatifs. Nous proposant un métissage des genres allant de la calligraphie, au graphisme et même à la haute-horlogerie, un mix créatif propre à la maison Jean-Paul Gaultier; petite revue de détails en image.
Couture : printemps-été 2009, robe évasée, avec dentelle blanche dessinant des rosaces et autres motifs floraux.

travail manuel minitueux : les papiers découpés de Yulia Brodskaya

couture printemps-été 2009 : calligraphie enchevêtrée tournant dans le dos, sur les côtés et en bas de cette longue robe.

calligraphie ou l’art de l’écriture : frontispice de « Spieghel der schrijfkonste » imprimé en 1605

couture : printemps-été 2009, robe éventail nouée à la taille. Dentelles, plis et imprimé se mêlent, créant des entrelacs et des volutes très graphiques proche du guillochage.

graphisme : très fines lignes entrelacées dites guilloches. L’exemple ci-dessus est un fond que j’ai réalisé, à la fois décoratif et intégrant des fonctions de sécurité pour un document fiduciaire.

haute horlogerie : guillochage sur le cadran d’une montre Kari Voutilainen (photo Equation du temps)

haute horlogerie : guillochages sur les pièces de mouvement d’une montre Vacheron Constantin

C’est dans la Haute Horlogerie que le guillochage fût d’abord utilisé. Ornemental à ses débuts, il est devenu gage du savoir-faire d’un artisan, la garantie du positionnement haut de gamme d’une marque. La plupart des montres de luxe, arborent des guilloches aujourd’hui.
Des guilloches d’un centième de millimètre faites par les mains d’une cinquantaine d’artisans à travers le monde pour la Haute Horlogerie, aux guilloches d’un dixième de point faites par le graphiste pour des documents Hautement Sécurisés (passeport, chèque de banque …), à la finesse du travail réalisé par la vingtaine d’ateliers de Haute Couture, des domaines où le savoir-faire se destine à des produits hautement qualitatifs.
Saison après saison Jean-Paul Gaultier crée des liens transversaux originaux entre diverses disciplines, y ajoutant son humour, sa nostalgie et son audace témoignant ainsi d’un bouillonement créatif sans égal.
La mode est le miroir idéal de nos comportements de ce côté-ci de la planète et bien entendu, en cette période frileuse à plus d’un titre, ce désir de retour à la mère-nature est fort présent dans les campagnes de communication de certaines marques cette saison.
Mettons de côté la go green attitude qui n’est pas une tendance mais un passage obligé à moyen-court terme pour l’industrie, de côté également certains créateurs comme Stella Mc Cartney, Kenzo où la nature fait partie de l’ADN de la marque.
Point de robe de bure, ni de sandales en corde, point de tendance Amish chez les autres créateurs, ici le retour à la nature est ostentatoire. Broderies, boutons dorés, col en fourrure, nœuds, franges sont nécessaires pour un séjour dans la grande maison familiale ou pour se retrouver entre amis dans la campagne, un nomadisme chic entre folk luxueux et un classicisme théâtral.
Un retour à la simplicité mais avec tout nos atours, délicieux paradoxe, parfaitement assumé.

danse chamanique entre amis, ce week-end, à la campagne.
(Gucci AW2008-2009, par Inez van Lamsweerde and Vinoodh Matadin).

The good ol’ days (vous noterez les arrière-plan peu engageants) : les couleurs, les imprimés
et les accessoires claquent pour signifier la chaleur du temps retrouvé. La famille se regroupe
autour de trois générations, parmi les poules, les labradors et les chevaux…
Dès lors, l’ensemble de nos instincts se réveillent, l’envie de grimper aux arbres, de s’allonger à même la terre mouillée. Tout comme nous l’ont signifié récemment les campagnes d’Aigle et de Wrangler nous ne sommes, après tout, que des animaux.

pour la réintroduction de l’homme dans la nature, Aigle.


we are animals, Wrangler (Mise-à-jour: campagne primée par le Grand Prix Presse à Cannes le 24 juin 2009)
Dans la vision de notre rapport à la nature ci-dessus, le vêtement est peu ou pas mis en valeur ce qui prime c’est la sensation, le vécu, de l’anti-glamour pur et dur, aux antipodes des campagnes Gucci ou Dolce & Gabbana. Autant j’apprécie la campagne print de Wrangler, autant la vidéo qui réinterprète assez « justement », me semble-t-il, l’activité nocturne de nos amis à quatre pattes peut laisser songeur, oscillant entre l’inquiétant et le morbide (voir ci-dessous).
À l’opposé, les séries photos présentes dans le dernier Numéro, présentent la sublime Stéphanie Seymour en femme-louve ultra-sexy, shootée par Greg Kadel.

Stéphanie Seymour, chimère en veste sans manches en mouton retourné (Dolce & Gabbana), bijoux d’ongles-griffes de chez Bijules NYC et une voilette surmontée de précieuses plumes par Noel Stewart.
La femme primitive
veste en renard de la maison Louis Vuitton et collier d’ossement d’Erik Haley, pour une Lucy des temps modernes.
La femme élémentaire
ou encore la femme-zèbre chez notre Jean-Paul Gaultier national
voire même en pintade de luxe chez Ralph Lauren…
On le voit le désir de simplicité par un retour à la nature, est interprété de diverses façons. Tantôt radicale anti-glamour et anti-consumériste, au point de dérouter ; tantôt festive (arrogante ?).
En ces temps incertains, dans nos sociétés qui se complexifient, où l’envie d’appuyer sur pause se fait sentir, le vêtement doit-il se parer de tous les atours ou au contraire créer des silhouettes basiques et sobres ?
En privilégiant la voix et le piano, PJ Harvey à créé l’an dernier avec White Chalk, un album dépouillé de tout superflu, rèche même, d’une émouvante sensibilité et d’une haute exigence. Pour autant qui à envie de ressembler à miss Polly Jean Harvey sur la pochette de son cédé ?
Peut-on imaginer, comme la chanteuse l’a fait avec sa musique, un retour à certains fondamentaux dans la mode ? Non pas un retour du courant minimaliste des années quatre-vingt d’Ann Demeulmeester ou d’Helmut Lang, mais un courant ou un créateur qui arriverait a synthétiser les paradoxes de notre époque.
Comme en musique électronique, une tendance low-fi va-t-elle apparaître dans la mode ? Une tendance qui créerait des vêtements d’aujourd’hui et de demain avec des tissus et des accessoires de récupération, par exemple.
De l’omnipotent LVMH à la discrète maison Hermès, du vintage chic de Didier Ludot aux modèles contemporains de netaporter.com, la mode est comme notre époque, multipolaire, fragmentée, hystérique, en plein mash-up. Redéfinir simplement certaines directions et certaines prises de position aiderait sans doute à y voir plus clair.
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Pour compléter ce billet, je vous conseille de lire :
Le catalogue du salon Maison et Objets consacré à la Simplicité dans le design.
De la simplicité par John Maeda, THE book d’un grand monsieur du design transversal où l’on apprend à aller à l’essentiel, à ne pas mésestimer les émotions et où il énonce ses dix lois de la simplicité.
Mise-à-jour du 24.11 : Le sujet est développé par Audrey aka Mekameta ici