ON A VU: FASHION BIG BANG

COMME DES GARÇONS, JEAN PAUL GAULTIER, BALENCIAGA PAR NICOLAS GHESQUIÈRE, THIERRY MUGLET, VERSACE PAR DONATELLA VERSACE, RAF SIMONS, HAUTE COUTURE 1997, JEREMY SCOTT, COMME DES GARÇONS (BODY MEETS DRESS)

Liberty enlightening fashion !

Bernhard Willhelm, Autumn-Winter 2010-2011

Si j’avais eu 17 ans en 1975, me serais-je baladé en perfecto clouté et crête punk au 430 King’s Road a Chelsea?

Cette statue de la liberté portant une baguette de pain en guise de flamme est signée Bernhard Willehlm… Liberté sur fond rouge, elle porte boubou bigarré, crête punk faite de baguettes, rouge à lèvres sombre et rimmel qui dégouline. Un symbole détourné et mis au goût du jour comme La Marseillaise reggae de Serge Gainsbourg le fût en son temps.

Il fut un temps où Jeremy Scott (autre designer iconoclaste) fréquentait assidument Karl Lagerfeld, maître de la maison Chanel. Le DIY et le Luxe, deux univers apparemment si éloignés peuvent se rencontrer. On peut se rememorer la rencontre au début des années 80, entre Jean-Michel Basquiat le graff’artiste de rue et Andy Warhol le peintre socialite pop.

La mode n’est pas que le glamour de Gucci, la faste de Chanel ou la folie créative de Dior. Le Luxe est audace, prise de risque et innovation, l’humour, la dérision, le choc des rencontres en sont donc des parties intrinsèque.

Contrairement aux idées reçues le Luxe est loin d’être passéiste et immobile, bien au contraire. Dynamiques, il n’est donc pas étonnant que les entreprises de ce secteur soient les premières à sortir de la crise économique.

« Enlightening » (éclairant en français) que l’on pourrait aussi rapprocher du terme enchanter (éblouir d’une lumière vive au point de provoquer une grande admiration) est ce vers quoi tend le Luxe, à la recherche d’un ré-enchantement(voir la dernière ligne de ce billet).

M. Bernard Arnault à intégré John Galliano, un punk, à la direction artistique de Dior, Vivienne Westwood, initiatrice du mouvement punk avec Macom Mc Laren fait aujourd’hui parti de l’establishment anglais. Quelle marque de Luxe va oser intégrer un esprit frondeur comme Bernard Willhelm (ou un Jean Paul Lespagnard…) à sa direction artistique?

— English text

If I had 17 years old in 1975, would I wandered in studded jacket and punk mohawk hairstyle in front of the 430 King’s Road in Chelsea?

The Liberty Enlightening the World wearing a french bread as a flame is created by Bernhard Willehlm… Liberty in red, wearing a colorful robe, a mohawk made of sticks, dark lipstick and a dripping mascara. A symbol hijacked and set up to date as Sex Pistols’ God save the queen was in its time.

There was a time when Jeremy Scott (another iconoclastic fashion designer) was a dear friend of Karl Lagerfeld. It would be interesting to see if the DIY world of the american designer and the luxury world of Chanel can meet and mix. Somewhere it reminds me the meeting in the early 80s, between Jean-Michel Basquiat, the graffiti artist and Andy Warhol, the socialite pop painter.

Fashion need all these talents, it is not only the glamour of Gucci, the luxury of Chanel or Dior’s creativeness. Humor and mockery is part of Luxury. Luxury is daring, risk, and innovation. Unlike popular belief Luxury is not stationary. Therefore it is not surprising to see companies like Hermès to be the first to emerge from the economic crisis.

John Galliano, punk, is since 1996 the artistic director of Dior. Vivienne Westwood, mother of punks, is from years now, part of the british establishment. The challenge: which Luxury brand will incorporate a mind like Bernard Willhelm in his artistic direction?

 

Bernhard Willhelm et la transversalité

Bernhard Willhelm, créateur d’origine allemande, diplômé de l’Académie Royale d’Anvers en 1998, a été successivement l’assistant de Walter Van Beirendonck, Alexander McQueen, Vivienne Westwood et Dirk Bikkembergs.

Son style, énergique, rempli d’humour, mêle parodie, recherches sur les volumes et imprimés très graphiques. Il fait référence aussi bien au costume folklorique de sa campagne bavaroise, qu’au boubou africain ou à la tenue de Superman…

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Ci-dessus Été 2006 ©vogue.com

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Ci-dessus Automne-hiver 2008

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Ci-dessus Printemps-Été 2007

Dès 1999, il crée sa propre marque et connaît un sacré succès lors du défilé de sa première collection femmes à Paris, Suzy Menkes lui adressant personnellement une lettre de félicitations !

De 2002 à 2004 il a été directeur artistique de la maison italienne Capucci, dont il lance le prêt-à-porter. En 2003, il fait défiler sa collection homme et plus récemment à créé une ligne de chaussures.

C’est cette personnalité à part, cet esprit « arty-intello », sans cesse en mouvement créatif, qui a déterminé le choix de l’artiste-chanteuse Björk. Le créateur s’est donc mué en artiste, en sculpteur plus précisement, le temps de la réalisation de la pochette du prochain album de la diva islandaise. On y retrouve les codes du style Willhelm, couleurs, volumes exagérés et humour. En marge du système dans lequel ils évoluent, ces deux créateurs semblent faits pour s’entendre et Björk, dont les précédentes collaborations l’ont emmené à cotoyer d’autres stylistes atypiques comme Jeremy Scott ou Alexandre et Matthieu est coutumière du fait.

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Ci-dessus, pochette de Volta, le prochain album de Björk. Sculpture par Bernhard Willhelm, photo de l’incontournable Nick Knight

Björk, la mode et le graphisme

Il est intéressant de constater l’évolution des relations entre la chanteuse Björk et les deux domaines que sont la mode et le graphisme.
En effet, Björk était il y a quelques années, peut-être un peu moins aujourd’hui, une muse et surtout une ambassadrice de la jeune création de mode. Souvenons-nous de ces moments forts: la montée des marches, puis la Palme en mai 2000 à Cannes en robe d’Alexandre et Mathieu ou la robe Ange créée par Jeremy Scott (mise sur la tournée Homogenic en 2001); sans oublier les As Four, Bernard Wilhelm etc. Comme Madonna lors de la précédente décennie, faire porter une de ses créations par Björk est gage de succès, la meilleure façon de débuter sa carrière…

Qu’en est-il aujourd’hui ?
Pour Medulla son dernier album, Björk à fait appel au M/M Paris duo de graphistes français, de renommé internationale et dont le champ d’activité s’étend du graphisme à l’art contemporain. Les M/M Paris ont collaborés avec Inez van Lamsweerde et Vinoodh Matadin pour la vidéo de Hidden Place et ont conçu la typo et le graphisme que l’on trouve sur l’album et utilisée pour le collier que porte la chanteuse en couverture. Les M/M Paris ont imprimés de manière forte leur style à travers ces deux réalisations pour Björk.
Il ne fait pas de doute que bien que confidentiel, la visibilité apporté par Björk sur le travail de ces deux graphistes en a été plus évidente.
Björk muse et ambassadrice se fait visionnaire identifiant parfaitement l’évolution et crée un lien entre ces deux mondes que sont graphisme et mode.


Björk en Jeremy Scott, sur la tournée Homogenic en 1998


Mai 2000, Bjork en Alexandre et Matthieu avec Lars Von Trier pour la Palme d’or.


Graphisme pour la pochette du EP « Hidden Place »

 


Björk « en » MM/Paris pour la couverture de l’album Medulla.

Voir égalemment le billet que j’avais déjà  consacré aux MM/Paris