En voyant ces deux photos issues du dernier show artisanal de Maison Martin Margiela, à la sortie du défilé de Louis Vuitton j’ai été frappé par la propension à littéralement fixer l’époque, bien qu’aux antipodes l’un de l’autre, de deux designers de ces maisons.

John Galliano et Pharrell Williams, héros d’hier et d’aujourd’hui, deux directeurs artistiques montrant deux approches distinctes mais qui reflètent avec acuité autant l’un que l’autre l’air du temps.
John Galliano, pour Maison Martin Margiela
il est un des stylistes les plus talentueux de notre époque, faiseur de silhouettes fantastiques il adopte une approche réflexive et souvent cryptique de la mode.
Aujourd’hui il est comme un boxeur fatigué, tapi dans uncoin du ring de la mode d’où il se ressource discrètement depuis plusieurs saisons, au sein de la maison Margiela.
Son travail à l’esthétique intense, a atteint un nouvel acmé cette saison, s’inscrivant dans notre époque de remise en question des normes.
Inspiré des formes issues du XIXe siècle mais dont la réalisation est innovante et audacieuse, flirtant entre intimité et exposition, futurisme des tenues et passéisme des bas fonds, fluidité et structure, discrétion et spectacle, les silhouettes dystopiques sont des symboles des extrêmes auxquels nous sommes exposés.
Le show a ému jusqu’aux larmes la communauté d’amateurs, de celle qui apprécie la mode en tant que forme d’expression artistique et de commentaire social, avec la sensation d’une forme de délivrance, de retour à la Couture, chargée d’audace, de tension, de drame et de folie, telles que l’on avait pas vu depuis… le défilé « homeless » chez Dior (2000)

Pharrell Williams pour Louis Vuitton homme
À l’autre bout du spectre, décrié par les amateurs, tout comme son prédécesseur, dû au fait, qu’il ne soit pas un « vrai » styliste, Pharrell Williams opère au sein du géant du luxe LVMH.
Il met à profit son flair indéniable pour anticiper les tendances. En s’appuyant sur sa vaste expérience dans les domaines de la musique, de la mode et de la culture populaire, ses créations aux finitions extravagantes ne manquent pas d’être un instantané (instagramable) flagrant de l’air du temps.
Dans son travail, l’expression individuelle prime et le porté décontracté suggère une approche plus accessible du luxe, la marque devient un terrain de jeu pour de nouvelles expressions et significations.
Les silhouettes de Pharell Williams symbolisent les zones confuses qui se sont tissées ces dernières années entre le luxe et le quotidien.
Il privilégie une approche orientée vers la création de produits iconiques. Chaque élément utilisant les principes du graphic design, la typographie et les couleurs vives captant l’attention pour créer un impact visuel fort. Tout est pensé pour sa valeur esthétique autant que pour son potentiel commercial une fois que celui-ci sera décliné.

Manifestation de l’ère postmoderne (hypermoderne) dans la mode
Maison Martin Margiela crée pour ceux.celles qui voient la mode comme une forme d’art expérimental, qui apprécient les pièces défiant les normes et provoquent la réflexion.
Les mega show de la marque Louis Vuitton voués à une clientèle show business, visent une clientèle jeune, baignée dans toute l’énergie de la pop culture, qui apprécie à la fois les marques de luxe et l’expression de soi à travers des vêtements ostentatoires.
