Le cours sur l’image que j’ai récemment clôturé a exploré la nature, les fonctions, les types et le statut des images. L’objectif principal était de développer une véritable littératie visuelle chez les étudiants. Il visait aussi à les encourager à adopter une attitude réflexive face au flux constant d’images qui nous assaillent quotidiennement.
Le cours s’est ensuite penché sur les aspects techniques, de la composition, du cadrage et autres choix esthétiques
Un deuxième temps crucial fut d’aborder la sémiologie et l’étude des signes. Cela a permis de décrypter les finalités et les méthodes employées. Ces méthodes sont utilisées dans la création de campagnes de communication et publicitaires efficaces. Il a été souligné l’interaction cruciale entre le marketing et la sémiologie pour une communication fluide et adaptée et révélé la puissance, parfois invisible, des images en tant qu’outil stratégique.
L’étude de cas de la Maison Saint-Laurent a permis d’illustrer l’application du concept d’image à une marque.
L’image de marque est soumise à de multiples tensions et se nourrit d’influences diverses : les collaborations avec des photographes, les diverses incarnations et les direct.rices.eurs artistiques.
Les échanges qui se créent entre ces différents acteurs, la collision de leurs univers respectifs et l’univers de la marque participent autant à l’évolution de celle-ci.
Afin de s’adapter aux contextes contemporains, la marque doit à la fois se transformer et impérativement respecter son histoire pour garder du sens.
D’autres domaines tels que la dimension historique et le sens de la représentation à travers les âges n’ont pas été abordés. Ainsi que l’image de soi et la subjectivité de l’image (hyperbolique, détournement et ré-appropriation, l’image impossible). Les liens entre l’image et l’art sont restés inexplorés. Ces sujets pouvant être l’objet d’un second volet de cours.
Le défi fut aussi de se concentrer sur les aspects fondamentaux de l’image, en « chargeant » l’étude de sens avant d’aborder les images automatiques (pas celle des surréalistes) générées par les algorithmes.
Extension du domaine
Cependant, le dernier cours consacré à une restitution de recherches a pris une tournure inattendue et tout fait voler en éclat.
En effet, les recherches des étudiant.e.s ont mis en évidence la présence massive d’images issues de l’intelligence artificielle générative (IAG) sur le web.
Les Pinterest, Google Images, Getty Images et consorts sont désormais saturées de ces « fausses images », tous sujets confondus.
Selon mes recherches, nous serions à quelques mois d’avoir un web où le nombre d’images artificielles sera majoritaire.
Conclusion
Cette constatation soulève des questions quant au défi intellectuel et pédagogique posé et aux nouvelles attitudes à adopter face à cette image redéfinie.
Il est impératif de prendre conscience de la nouvelle représentation du monde visuel où le réel et les algorithmes coexistent de plus en plus et de ses conséquences.


Dorothea Lange et Steve McCurry rayés de l’histoire de la photographie
Si l’IA était disponible en 1936 et 1984, ces photos de personnes non réelles générées en quelques secondes sans efforts auraient-elles atteint le statut de photo symbole?


