Charli XCX et Venise, ou l’art pourrait-il sauver le monde ?

Pavillons nationaux et parcours artistique à la Biennale de Venise 2026

Entre le fatalisme de Charli XCX dans « SS26 » et l’expérience des pavillons nationaux à la Biennale Arte 2026 de Venise, l’art apparaît comme un espace fragile de curiosité, de diplomatie et de rencontre.

J’ai écouté « SS26 », la nouvelle chanson de Charli XCX. Elle y adopte un ton très fataliste, décrivant un monde qui défile droit vers l’enfer, sans que la musique, la mode ou l‘ART puissent encore le sauver.

Alfredo Jaar, The End of the World, 2023–2024, à la 61e Biennale d’art de Venise 2026, dans l’Arsenale.

Il y a deux semaines, dans les ruelles de la Sérénissime, nous étions plusieurs, venu·es d’horizons différents (russes, néerlandais, américains, français) à tourner dans les mêmes passages, à nous tromper de pont, à revenir sur nos pas, traquant sur Google Maps une adresse improbable.

Ce jour-là, pour nous, l’urgence était de trouver le pavillon du Zimbabwe.

Alors que la Biennale Arte 2026 de Venise est traversée par des polémiques politiques, des crispations diplomatiques, la disparition de Koyo Kouoh, sa curatrice et la démission de son jury international, nous, visiteurs du soir, par-delà les tensions entre nos États, avions mis en commun notre sens de l’orientation pour trouver une porte d’entrée.

Lorsque nous l’avons finalement trouvé, bien caché, le pavillon était fermé. Fin de journée. Nous nous sommes donné rendez-vous pour le lendemain.

Voir la ville envahie par autant de propositions artistiques venues d’horizons différents (de la République de Sierra Leone au pavillon autrichien, du Cameroun à la Chine, jusqu’aux grands pavillons historiques des Giardini) comble évidemment tout amateur d’art.

De palais en palais, on est frappé par l’inégalité manifeste des moyens. Mais la représentation nationale ne se joue pas uniquement dans le budget. Elle se joue aussi dans la manière d’installer une présence.

L’art devient alors diplomatique. Chaque pays vient dire : « Voici ce que nous choisissons de montrer » : images, matières, corps, installations, récits.

Alors, même si la Biennale n’échappe pas au monde et en absorbe toutes les contradictions, le marathon des visites nous apprend à entrer dans un pavillon sans attendre d’y retrouver nos propres codes. Il exacerbe la curiosité et affine notre tolérance.

La Biennale d’art contemporain de venise, dans son principe même, contient une promesse depuis plus d’un siècle : elle nous oblige à chercher des portes.

Après tout cela, contrairement à charli xcx, j’ai à chaque fois le même sentiment : que oui, peut-être, l’art pourrait sauver le monde.

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