On l’a longtemps résumé à ses excès, Pourtant, Jeremy Scott a peut-être anticipé une question devenue centrale dans la mode contemporaine : comment transformer l’apparence en instrument critique ?
Avec le recul, c’est toujours facile à dire. Mais Jeremy Scott avait peut-être tout compris et on l’a un peu vite oublié.
Bien avant Demna Gvasalia, Jeremy Scott explorait déjà ces rencontres du troisième type où se croisaient Marcel Duchamp, Elsa Schiaparelli et Andy Warhol.
L’objet banal, la publicité, le logo, le mauvais goût, l’humour : il prenait tout cela très au sérieux, justement parce que la mode préfère souvent ne pas y toucher.
Jeremy Scott avant Demna…
et Avant les réseaux sociaux, il avait déjà mis un sacré désordre. À chaque défilé, il récoltait des volées de bois vert. On l’a affublé de l’étiquette “toujours trop” : trop pop, trop vulgaire, trop littéral, trop américain. En 2001, l’iconoclaste styliste finit par s’exiler à Los Angeles.
Karl Lagerfeld, jamais en reste d’une déclaration polémique, aurait pourtant dit qu’il était le seul capable de lui succéder après sa mort.
Hypermoderne avant l’heure, il a été de toutes les collaborations extrêmes. de McDonald’s a Longchamp, de Nicki Minaj a Adidas (mon royaume pour une paire de sneakers ailées) avant de devenir directeur artistique de Moschino, de 2013 à 2023.

ceci n’est pas un gag
Jeremy Scott m’est revenu en mémoire ce week-end, pendant la conférence de ValÉrie Steele au Festival de l’Histoire de l’Art, consacrée aux liens entre mode et psychanalyse. Elle y évoquait notamment la robe « chocolate bar » imaginée pour Moschino : à première vue, une blague pop, typique de son goût pour le détournement.
Mais valérie Steele en proposait une lecture beaucoup moins légère. Cette robe transforme littéralement le corps féminin en objet consommable, en corps “bon à manger”. Derrière l’humour, elle faisait apparaître quelque chose de plus trouble, cette vieille mécanique qui consiste à faire du corps des femmes une marchandise désirable.






C’est peut-être là que Jeremy Scott a été sous-estimé. On a souvent vu chez lui que du kitsch et du mauvais goût. La robe chocolat n’est pas seulement drôle, warholienne, son outrance dénonce et gêne.
Et c’est précisément ce que la mode contemporaine trop prudente oublie et que jeremy scott exprimait.


Une réponse à “Au début il y avait Jeremy Scott”
[…] Scott (pour Moschino) comme un exemple particulièrement parlant de la manière dont ces théories se manifestent sur le […]