There is a riot going on at Lanvin

Je pensais récemment au concept de la beauté, à la définition d’un chef-d’œuvre et toutes ces choses. Posé à mes côtés un magazine de mode annonçait un « spécial beauté » avec une couverture des plus morbide… Qu’est ce qui fait que l’on trouve une robe, une paire de chaussures, un manteau ou tout autre vêtement beau ? Je ne parle pas du vêtement porté, mais de celui que l’on voit en vitrine, sur un portant, en photo dans une revue, un vêtement qui exhale la beauté par sa seule présence…
Ci-dessous nulle explication, juste une expérience, du vécu.

Ce jour-là au sortir d’un rendez-vous je m’engouffrais dans la boutique sise au 213, rue Saint honoré, pour flâner. Arrivé au premier étage du concept store parisien, je tombais en arrêt devant une robe que j’attribuais à quelque créateur japonnais. Gris anthracite, toute en bandelettes sculptant la silhouette, sa conception, sa modernité me confortait dans mon choix. Quelques pas et je vis une veste appartenant à la même collection, bandelettes enroulant le corps, pas de boutons, une ligne simple, un zip discret, à côté la jupe complète le tailleur, toute en rubans modelant la taille, les hanches et les cuisses, pas de détails inutiles, une construction complexe qui ne laisse voir que simplicité, élégance et suscite le désir : beau.

Automne-hiver 2009 (c) vogue.fr

Automne-Hiver 2009 (c) vogue.fr

Il y a quelques années, alors que j’achetais ma place dans un cinéma d’art et d’essais du quartier Beaubourg je me retrouvais nez à nez avec ce drôle de monsieur qu’est Alber Elbaz. Il venait juste de quitter la maison Saint Laurent où son passage n’avait apparemment pas fait l’unanimité (puisque remplacé par un designer radicalement différent en la personne de Tom Ford). Il semblait si fragile dans ce petit cinéma de quartier, me dis-je, des tonnes de talents et de sensibilité en sourdine, comme sous cloche, attendant le moment propice…

Je me décidais enfin à regarder l’étiquette : Lanvin bien sûr ! Quelques jours avant j’avais acheté le livre Lanvin de Dean L. Merceron.

Il y a maintenant chez Alber Elbaz de l’assurance, quelque chose de paisible, de la maîtrise. Avec le départ de M. Saint Laurent, Alber Elbaz serait ainsi le garant d’un prêt-à-porter de luxe sans spectacle inutile, sans heurts et sans concept touffu et confus, juste la recherche de la « beauté », ce que certains appellent le luxe à la française.

On dit souvent de Karl Lagerfeld qu’il est la réincarnation au masculin de Mademoiselle Chanel, même goût de l’exposition médiatique et des mondanités. On pourrait en dire de même pour Alber Elbaz et Jeanne Lanvin qui ont en commun le goût de la discrétion et du mystère, avec pour résultante, la même ignorance de la part du grand public, alors que le talent est identique.

On pourrait en rester là, mais la marque se projette et noue des partenariats fort intéressants qui l’éloignent par la même de tout risque de mémérisation, tentant lorsque l’on crée des nouveaux classiques dans l’ombre.

Tout d’abord un positionnement plus que réussi sur le marché des sneakers de luxe en proposant des chaussures « so dope »(1) dessinées par Lucas Ossendrijver, designer de l’Homme Lanvin ou encore lancement d’une ligne de jean (très attendue) en collaboration avec la marque suédoise « so hype » Acne: Lanvin (love) Acne. La dernière campagne de communication est, à mon sens, très bien aussi, abandonnant les symétries ou les déformations du corps des campagnes précédentes.

Sneakers « à tomber », (c) photo Mathieu Lebreton

sneakers, (c) photo Mathieu Lebreton

Lanvin (love) Acne, collection « jean » pour homme et femme

Lanvin (love) Acne, collection "jean" pour homme et femme

Printemps-été 2009, prêt-à-porte de luxe narcissique sur un canapé lacéré… Attention rien est acquis semble signifier la photo.

printemps-été 2009

Pour finir, deux visuels montrant que le travail de bandelettes chez Lanvin est depuis longtemps inscrit dans l’histoire de la maison.

Brimborion (1923), Jeanne Lanvin lacère et réactualise les manches d’un kimono

brimborion (1923), Jeanne Lanvin lacère et réactualise les manches d'un kimono

Brimborion (que l’on pourrait traduire par robe de « peu de rien ») revue pour l’automne-hiver 2005, sensualité a fleur de peau par Alber Elbaz

automne-hiver 2005

Actuellement chez Lanvin tout est Beau.

Et si vous avez manqué les photos du Préfall 2009, çà continue ici

(1) Kanye West, ici

 

INSTANTS PRÉCIEUX, SALON DES BELLES MONTRES 2008

DÉCOUVERTE CE WEEK-END,  GRACE À MON AMI JEAN-YVES MARIEZ (DESIGNER POUR LA MAISON VIANNEY HALTER), DU SALON DES BELLES MONTRES. CI-DESSOUS QUELQUES PHOTOS DE RENCONTRES EXCEPTIONNELLES DANS CE FABULEUX MONDE DU LUXE QU’EST LA HAUTE-HORLOGERIE.

RÉTRO-FUTURISTE: MODÈLE ANTIQUA À CALENDRIER PERPÉTUEL, DITE AUSSI « MONTRE DU CAPITAINE NEMO »

Lire la suite « INSTANTS PRÉCIEUX, SALON DES BELLES MONTRES 2008 »

Luxe et luxure (licence de luxe)

 

Les jeunes gens des toiles de Terry Rodgers mis en scène de façon quasi-photo (et porno)graphique appartiennent à n’en pas douter à l’upper class, ils sont beaux, jeunes, multi-ethniques, riches et surtout blasés, des personnages de cire dont le regard ne se croise jamais…

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Screening room, 2006

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Artificial boundaries

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Love big

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Resting on her laurels, 2006

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This is our youth

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Terry Rodgers leaving his studio

Outre le style figuratif du peintre arrêtons-nous sur le côté fashion decadent de ces parties fines. Elles se déroulent dans des intérieurs feutrés, oscillants entre un style « à la palais de Venise » et une Nouvelle-Angleterre en plein relâchement.

A n’en pas douter ces « happy fews » ne laissent choir que des vêtements et des parures de créateurs.

Au petit matin on trouverait éparpillés deci delà, des déshabillés La Perla, des culottes Agent Provocateur, des petites choses Prada, des colliers d’Erickson Beamon, des caleçons Emporio Armani, des bijoux Heart de Swarovski ou Chanel, des chemises Dolce, des trucs en plumes, des tulles fins et précieux, des soieries, etc… Le tout porté par des jeunes gens alanguis tout droit sortis d’une pub Calvin Klein.

Tout çà est gentiment porno et surtout très chic.

Un tohu-bohu sexuel et sensuel qui rappelle la dernière campagne Pirates et Season of the witch d’Agent Provocateur, à la différence près que la luxure pour la maison créée par Joe Corre est festive et parodique, il y a là une dimension théâtrale.


Pirates


« Season of the witch » ou l’excentricité britannique au service de l’orgie.

Dans la campagne de communication de la marque du fils de Vivienne Westwood, ci-dessus, on entendrait presque les rires, les cris et les hourras, nous sommes au spectacle.

Dans la peinture de l’américain Terry Rodgers, on entendrait presque les râles et les soupirs, le bruissement des perles et des étoffes, on ressent l’atmosphère torride, la moiteur des corps, on respire le parfum de la luxure, il fait chaud on y est.

Sur le thème de la luxure et du luxe je vous invite à visiter le très beau site de Coco de Mer, autre enseigne britannique néo-baroque de lingerie érotique de luxe.

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Couture du temps jadis

Un supplément au Vogue de février 1949, où l’illustrateur Éric croque les trente créateurs qui font la Couture parisienne.

Je vous parle d’un temps où l’on vous donnait du Monsieur et du Madame à tour de bras, un temps où la mode au cinéma c’était Falbalas (1944) ou, quelques années plus tard, Le Couturier de ces dames (1956). Deux ans après la bombe New-Look de Christian Dior on imagine aisément l’effervescence qui doit régner dans le monde de la Couture lors de la parution de ce petit album.

Chaque créateur est à son bureau, en train d’y dessiner des silhouettes, en train de réaliser un moulage sur un mannequin miniature, ou tout simplement en train de poser pour Éric. À voir la mine de Madame Nina Ricci, on se dit qu’elle ne devait pas être très commode…

Monsieur Christian Dior semble regarder derrière lui ses années de disette, Monsieur Barbas, qui est le beau-frère de Jean Patou est un homme d’affaire et sa pose volontaire, les deux poings sur le bureau, en dit long sur ses ambitions, quant à Madame Schiaparelli elle est tout en assurance, chic et dédain.

On y retrouve bien évidement les monstres déjà  sacrés(1) que sont Christian Dior, Jean Patou ou Pierre Balmain, mais surtout beaucoup de noms oubliés ou moins connus et sans lesquels Paris ne serait pas Paris

Parmi ces noms citons :

  • la maison Mad Carpentier, fondée par deux anciennes employées de Madeleine Vionnet et qui en perpétuera le style jusqu’à  la fermeture en 1957;
  • Jeanne Lafaurie où André Courrèges fit quelques croquis en 1947;
  • Maggy Rouff, une très grande maison(2) de couture qui à œuvré de 1929 à 1979;
  • les modistes Madame Claude Saint-Cyr, Lucienne Rabaté qui forma Gabrielle Chanel ou le talentueux Monsieur Albouy;
  • Edward « Captain » Molyneux, anglais qui a fait ses classes chez Lucile Duff-Grodon(3), est célèbre pour avoir habillé le tout Hollywood de l’époque.
  • Marcelle Chaumont sans qui les drapés de Madeleine Vionnet ne seraient pas ce qu’ils sont…
  • Jean Dessès, etc.

Il y a vingt-cinq planches, soit autant de noms a découvrir ou à re-découvrir, l’occasion je vous assure, de se faire un intéressant petit cours sur l’histoire de la mode. N’hésitez pas à googler à fond les noms de ces créateurs, tout comme moi vous apprendrez bien des choses !

(1) On peut noter au passage la non-présence de Mademoiselle Chanel, qui en 1949 est toujours souillée par son trouble comportement pendant la guerre et qui ne ré-ouvrira sa maison qu’en 1954.
(2) Une recherche sur internet fait apparaître énormement d’ouvrages, photos et articles en vente sur eBay et ailleurs.
(3) J’ai revu Titanic, de James Cameron cet été et j’y ai découvert parmi les personnages, cette célèbre couturière au destin très chanceux

 

Typographie de luxe

En 2000, Christian Schwartz et Dino Sanchez designers et fondateurs de la fonderie Orange Italic ont mis en évidence certains traits caractéristiques des marques sybaritiques, soucieuse de procurer un plaisir raffiné: soucis du détail, qualité, artisanat, aisance, volupté, etc. Dès lors ils ont appliqué ces principes afin de créer une famille de polices de caractères justement nommée Luxury Display.

Rien est à négliger lors de la vente d’un produit de luxe, du choix de la couleur de l’étiquette, à la couleur du fil, au papier de soie pour l’emballage, au choix de la typographie.


Les polices de caractères de la famille Luxury Display disponibles chez House Industries


Ci-dessus la fonte Giorgio commandée en 2007 par l’excellent T Magazine et dessinée par Christian Schwartz.

La Giorgio répond a des attentes précises alliant minimalisme excentrique, élégance inspirée du tailoring et un regard modernisé sur les années 30.

Pour en savoir plus sur cette fonte.

Une certaine idée du luxe…

Ci-dessous cinq planches de Sempé qui illustrent ce qu’est le luxe, loin de la version souvent galvaudée que l’on voit deçi-delà.






A méditer…

Images issues du livre de Sempé, Rien n’est simple.

Precious little diamonds

Lundi dernier dans un hôtel particulier du XVIe arrondissement parisien, premier jour des défilés Couture, avait lieu la présentation de la nouvelle collection de joaillerie réalisée par Camille Micelli (1) et Pharell Williams(2) et baptisée Blason. J’étais convié ainsi que Géraldine et Garance à assister à l’évenement.

L’invitation semble l’indiquer, par son carton noir épais, le blason or siglé LV appliqué en gauffrage et le texte en typographie anglaise imprimé en dorure à chaud, ce sera classique et chic.
N’ayant pas la permission d’utiliser mon cher Canon, je me contenterai de photos prises avec mon iPhone, d’où une qualité de photo moyenne, mais l’ambiance y est et c’est le plus important.

Ce n’est pas la première fois que Louis Vuitton s’associe ainsi avec d’autres artistes, Stephen Sprouse, Takashi Murakami ont déjà  collaboré avec le célèbre malletier ces dernières années. Quant à Pharell Williams il avait déjà  créé en 2004 une ligne de lunettes soleil sous la direction de Marc Jacobs (voir ici).

Ambiance les joyaux de la Couronne…

Le premier espace, premier thème de la collection, tel la Tour de Londres version « neon-lights » est une grande alcôve tapissée de miroirs du sol au plafond, le mur du fond accueille des néons en forme de diamants taillés brillant rond, l’ensemble formant une couronne royale ornée du sigle LV. Nous sommes « reçus » par trois armures médiévales (époque XVIe-XVIIe siècle) présentant sur de petits coussins de velours noir les premières pièces de joaillerie : des broches et des pendentifs en or blanc reprenant la forme de la couronne royale ou d’un blason, tous ornés de diamants.

Ci-dessous l’armure au centre, noire et casque ailé est impressionante, les motifs délicatement ciselés des armures, font écho à la finesse du travail des orfèvres

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Ci-dessous un exemple d’armure finement ciselé, réalisée entre 1536 et 1547 pour le dauphin Henri, futur Henri II (tiré de Armes et armure de la Couronne, ed. Faton)

Seconde alcôve, second thème, le monogramme lumineux LV se reflète sur les murs, le sol et le plafond donnant le vertige quand on y pénètre… À l’unisson de l’effet provoqué par les précieux bijoux contenus dans ces châsses un brin technoïdes.

Ressemblant à de minuscules couronnes ou diadèmes, des rubans recourbés constitués d’une succession de petits losanges en or blanc dans lequels sont incrustés le sigle LV créent de fins bracelets et de fines bagues.

La troisième pièce, troisième thème de la collection Blason, est plongée dans le noir, les bijoux semblent flotter au sein de meurtrières, simplement protégés par un volet forgé en forme de trèfle à quatre feuilles et pivotant sur lui-même. Parmi l’assistance on parle français, anglais et pas mal italien également, certaines élégantes et acheteurs potentiels se font décrire les différentes pièces, d’autres se contentent d’apprécier…

Ci-dessous énorme créole, orné du Blason LV, incrusté de pierres précieuses.

De la « petite » bague ornée de diamants à la chevalière massive ornée d’un blason pivotant qui ne manquera pas de faire fureur autant sur la West Coast que sur la East Coast, il y en a pour tous les goûts et pour toutes les bourses(3).

Rien de radicalement nouveau dans cette collection au niveau du design, on pouvait espérer peut-être plus d’audace, dans les formes et le style, un peu comme Marc Jacobs le fait dans son prêt-à-porter. Le nom de la collection, qui fait référence à l’aristocratie, va dans ce sens, « ne rien bousculer », en tout cas pour l’instant.

Je m’attendais aussi à une collection plus ostentatoire, plus bling, ce n’est pas le cas, hormis trois pièces, une bague-chérubin, une chevalière démesurée et de larges créoles ; l’ensemble est assez fin, voire discret, il n’y a pas d’étalage, ce qui somme toute convient assez à la vision que l’on peut se faire de la maison Vuitton aujourd’hui évoluant dans l’art du contre-pied.

Depuis une dizaine d’années, on a vu au sein de cette maison l’intégration de Marc Jacobs styliste quasiment inconnu, le joyeux et lucratif « bazardage » créatif de la maroquinerie avec les graffitis de Stephen Sprouse, puis ceux de Takashi Murakami, l’association avec des artistes du monde du hip-hop, du rap ou de l’art contemporain soit : l’art d’être là où on ne vous attend pas. Mais aussi une certaine forme de transversalité.

Dans tous les cas, ces artistes, bien que venant d’univers radicalement différents, ont su s’intégrer à la culture « maison » et participer activement à la création de Louis Vuitton en tant que marque de luxe globale.

Let’s go Party !

Le reste de la soirée se déroule dans les deux salles adjacentes ; exit les néons, place aux lustres grand-siècle et aux chandeliers un brin baroques de la salle de réception et du petit salon façon cabinet de curiosités (qui d’ailleurs me rappelle celui de la vidéo présentant la collection).Pharell Wiliams et Camille Micelli se sont retrouvés en début de soirée, ont posé pour les photographes, puis les people (cf. name-dropping plus bas) sont arrivés les uns après les autres, en flot régulier. L’atmosphère chauffait lentement.

Camille Micelli et Pharell Williams

Loin de l’image du rappeur-gangsta, Pharell Williams « très gentil garçon », poli et bien élevé.

Une soirée sans folies ni excès, mise en musique par DJ Jus Ske, l’assistance discute et dansote gentiment, se fait prendre en photo avec la star de la soirée ou prend le frais sur la grande terrasse, une coupe de Ruinart à la main.

Audrey Interviewée par le staff de Louis Vuitton !

Name-dropping de la soirée : Virginie Ledoyen, Sofia Coppola + Thomas Mars, Natalia Vodianova, Élodie Bouchez + Romain Duris, Audrey Marnay, Cécile Cassel, Ariel Weizman, Mademoiselle Agnès, Fréderic Beigbeder, Azzeddine Alaia, Ramdane Touhami, Victoire de Castellane (est restée 30 sec.), Diane Kruger, Suzy Menkes, Simon le Bon (?), Dita Von Teese, Victor & Rolf, Marc Newson et sans doute bien d’autres encore…

Pour en savoir plus, visitez le site officiel

(1) muse et bras droit de Marc Jacobs et responsable du design de la joaillerie
(2) producteur incontournable, membre de N.E.R.D et The Neptunes
(3) entre € 1 400 et € 420 000

 

Fawaz Gruosi | «Ce qui me plaît, c’est de prendre des risques»

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Interview de Fawaz Gruosi, PDG de de Grisogono, par Maurine Boutin Mercier

A la tête de Grisogono, Fawaz Gruosi s’est diversifié avec succès dans l’horlogerie: sa marque fabrique désormais 5000 montres par année et son entreprise dépasse les 100 millions de chiffre d’affaire. Rencontre.

C’est avec un diamant noir, alors dénigré par les grands joailliers, que de Grisogono avait fait sensation sur la scène mondiale, en 1996. La marque, qui avait ouvert sa première boutique trois ans auparavant au 104 rue du Rhône à Genève, s’est rapidement trouvé une place sur le marché international, grâce à l’audace de son fondateur, Fawaz Gruosi, à l’efficacité de son réseau et ses contacts privilégiés avec la jet-set du monde entier.

L’entreprise, qui s’est diversifiée dans l’horlogerie en 2000, emploie désormais 130 personnes. Fawaz Gruosi, mari de la présidente de Chopard Caroline Scheufele, a souhaité reprendre le contrôle total sur son entreprise. Cette année, il a racheté la participation que Chopard détenait dans le capital de son entreprise, devenant l’unique propriétaire de sa marque. Rencontre avec le fondateur, dans ses bureaux Genevois.

Comment se porte de Grisogono dans une industrie du luxe en plein boom?

Depuis qu’elle est née, en 1993, l’entreprise n’a jamais cessé de progresser, et elle se porte extrêmement bien. Depuis 2000, notre rythme de croissance oscille entre 20% et 30 %par année. Nous avons fait 108 millions de francs de chiffres d’affaire en 2006. De Grisogono est une très jeune entreprise, mais cela ne l’a pas empêchée de se faire une place sur le marché mondial. Nous avons ouvert 16 boutiques en 14 ans. C’est un petit miracle.

L’an prochain la marque fêtera ses 15 ans. Comment envisagez-vous ce cap?

2008 sera l’année de la réorganisation. Aujourd’hui, plus personne ne nous considère comme une petite entreprise, mais pas non plus comme une grande. Les 15 ans de la société marqueront un tournant: nous engagerons du personnel tant au niveau des ateliers qu’au niveau du management. Mais notre objectif premier restera de cultiver notre différence.

Comment envisagez-vous de poursuivre votre croissance, en vous orientant vers de nouveaux produits ou plutôt vers de nouveaux marchés?

Nous souhaitons prendre de l’ampleur, mais à condition que cela ne se fasse pas au détriment de notre marque de fabrique, c’est-à-dire le luxe et l’exclusivité. Il n’est pas question d’une croissance n’importe comment, en fabriquant du savon ou des cravates, je déteste l’approche «commerciale», même le terme m’insupporte. Je n’exclus pas, toutefois, de fabriquer un jour un parfum, mais dans ce cas, j’opterai pour une fragrance très particulière, en quelque sorte «anti-commerciale». Nous allons étendre notre réseau de vente et nous ouvrirons certainement d’autres boutiques, mais nous ne dépasserons jamais le nombre de 25. Les grandes maisons qui proposent 50 produits identiques dans leurs vitrines tout en prétendant vendre des produits de luxe se moquent de leurs clients.

A quoi ressemble la cliente de Grisogono?

C’est une femme de caractère. Lorsque j’ai fondé de Grisogono, les femmes admiraient mon travail sans pour autant oser porter mes parures. Atborer mes bijoux anticonformistes les mettait mal à l’aise. Mais nous avons finalement réussi à nous imposer. Et n’allez surtout pas croire qu’il faut systématiquement dépenser une fortune pour devenir client de la marque: nos premiers prix ne dépassent pas les 2000 francs.

Vous avez débuté très jeune dans le monde de la joaillerie, et vous avez créé votre propre maison. Une véritable «success story» à l’américaine…

On peut le dire! J’ai fondé mon entreprise avec un capital de 16 000 francs. Si nous avons réussi à nous faire une place sur ce marché très conservateur, c’est en revendiquant notre griffe anticonformiste, en allant à contre courant des tendances. Prenez l’exemple du diamant noir: lorsque j’ai commencé à l’utiliser, cette pierre était dépréciée. J’ai vécu deux ans d’angoisse avant que nos concurrents ne se décident à l’utiliser à leur tour. J’ai donné de la valeur à une pierre qui n’en avait aucune. Nous nous sommes fait remarquer en prenant des risques. Je me suis déplacé, en personne, pour que l’on parle de moi partout à l’étranger. Pardonnez-moi cette métaphore un peu maladroite, mais j’ai marqué mon territoire, en voyageant dans le monde, un peu comme un petit chien le fait en arrivant dans une nouvelle maison (rires)!

Est-ce aussi par goût du risque que vous vous êtes aventuré dans le monde de l’horlogerie?

Je ne ressemble pas à ces patrons qui se contentent d’observer les chiffres de leur entreprise. Moi, ce qui me plaît, c’est de prendre des risques et d’avoir chaque jour des montées d’adrénaline. Nous avons créé 14 modèles de montres. Nous n’avons jamais évité les difficultés. Prenez l’exemple de la montre Occhio, inspirée du diaphragme d’un appareil photo. Nous ne sommes évidemment pas les seuls à avoir eu cette idée, mais de tous nous concurrents, nous sommes les seuls à avoir oser relever le défi.

Vous êtes un habitué des soirées mondaines, et vous posez sans cesse aux côtés de célébrités. Est-ce pour l’image de votre marque ou parce que vous aimez particulièrement ce monde de paillettes?

N’oubliez pas que je travaille dans le monde de la haute joaillerie depuis que j’ai 18 ans. Dès le début, et ce malgré mon effroyable timidité, on m’a demandé de m’occuper de la clientèle. Je suis tombé dans le monde des people quand j’étais petit. Mon carnet d’adresses s’est rempli avec les années. Lorsque j’organise des soirées glamour, 65 % des invités sont des amis. Malgré cela, ces soirées m’angoissent terriblement. J’ai souvent l’impression d’être un clown devant un parterre de paparazzis. Si personne aujourd’hui ne me croit timide, c’est parce que je suis devenu un grand acteur.

Votre femme ne s’irrite-t-elle jamais à force de vous voir poser en compagnie de femmes somptueuses?

Elle est parfois un peu jalouse, oui. Mais ma femme fait le même métier. Elle connaît donc parfaitement ce monde. Elle sait que tout cela n’est finalement que du cinéma.

Choisissez-vous toujours attentivement vos ambassadeurs? Que pensez-vous des rappeurs qui s’approprient les produits de grandes maisons?

J’ai toujours refusé de rentrer dans le monde du rap. Non pas parce que je n’aime pas les rappeurs, mais plutôt parce que je refuse de m’adapter au marché. Il est vrai que P. Diddy, par exemple, est client de la marque, mais ce n’est pas parce que je le lui ai demandé. Je n’ai besoin d’aucune personnalité pour vanter les mérites de Grisogono. Lorsque je me déplace au Japon par exemple, ce n’est pas pour «me prostituer» et m’adapter à tout prix aux besoins d’un marché, mais pour y vendre ma philosophie et ma manière d’être.

Pensez-vous avoir une influence sur les grandes maisons de joaillerie traditionnelles?

Je pense que notre philosophie et notre travail ont beaucoup influencé le milieu de la haute joaillerie. Les grandes maisons sont souvent très conservatrices. Elles n’auraient par exemple jamais osé organiser des soirées glamour avant que nous le fassions.

Pensez-vous investir encore davantage dans votre communication?

Nous dépensons 20 millions de francs par année pour notre publicité, soit beaucoup moins que nos concurrents. Mais nous allons certainement augmenter notre budget publicitaire, en parallèle avec l’ouverture de nouvelles boutiques.

Envisagez-vous de vendre un jour de Grisogono?

Les autres maisons de luxe voient défiler les PDG. La plupart dirigent leur société pendant quelques années, et puis s’en vont. Chez de Grisogono, c’est moi qui représente la marque et je ne me séparerai jamais de cette maison. Et si un jour, je n’ai plus la force de travailler comme aujourd’hui, je délèguerai certaines tâches. Mais je ne céderai jamais la partie créative, à moins que je ne perde la tête.

Votre marque est-t-elle victime des contrefaçons?

Évidemment, mais aucune grande marque n’y échappe. Lorsque les premières parodies ont été découvertes, cela m’a rendu malade, mais j’ai dû me faire une raison. On ne peut rien contre, d’autant plus que la loi protège les individus qui copient nos produits: il suffit qu’ils changent un tout petit quelque chose à un produit copié pour que la loi leur donne raison. Si l’on porte plainte, on ne gagne jamais. Et les procès nous coûtent très cher.

Vous êtes aujourd’hui propriétaire du restaurant le Quirinale, à Genève, aux côtés, entre autres, du banquier Riccardo Tattoni, du tennisman Marc Rosset et du Prince Emmanuel de Savoie. Pourquoi avoir ouvert un restaurant?

Il faut bien l’avouer, nous avons agi sur un coup de tête. L’idée nous a traversé l’esprit un soir, entre copains. On s’est imaginé un endroit dans lequel on puisse se retrouver. Le comble, c’est que lorsque j’appelle pour réserver une table, le restaurant est toujours complet!

Quels sont les endroits que vous aimez particulièrement à Genève?

Je passe tellement de temps à voyager que ce que j’apprécie le plus à Genève, c’est de rester à la maison.

Quels liens gardez vous avec l’Italie, votre pays d’origine. Envisagez-vous d’y retourner vivre un jour?

J’ai quitté l’Italie lorsque j’avais 22 ans. J’ai ensuite vécu en Arabie Saoudite, à New York et à Paris. Je ne pourrais plus vivre en Italie. Je m’entends d’ailleurs bien mieux avec les Italiens qui vivent à l’étranger. Ils sont nettement plus ouverts. Je vis à Genève depuis très longtemps. Je me sens chez moi ici. C’est ici que je me vois passer mes derniers jours.

via

Global luxury survey

Un des récents numéro de Time magazine (n° du 16 septembre), comprend un supplément dédié au monde du luxe et plus précisement à celui de la mode.

Encore un me direz-vous, sauf que celui-ci aborde, entre autres, un sujet rarement commenté : la place des femmes. Malgré leur nombre restreint dans les hautes sphères du milieu (aussi bien sur le plan créatif, que décisionnel), leur influence est essentielle voire déterminante, dans la réussite de ces grandes maisons nous dit la journaliste Géraldine Baum. De Victoire de Castellane, designer de la joaillerie Dior à Valérie Hermann, PDG de Yves St Laurent en passant par Tamara Mellon , présidente de Jimmy Choo, une série de portraits à découvrir.

A noter que pour la rédaction du magazine toutes ces femmes, sont en quelque sorte les descendantes de Gabrielle Chanel, en effet, une photo de la créatrice du n°5, ouvre la chronique et sa photo en médaillon, accompagne toutes les pages consacrées au sujet.

Valérie Hermann, PDG de YSL

Un second sujet est consacré à la stratégie des marques internationales du luxe dans les trois régions clefs du début de ce XXIe siècle, je veux parler de l’Inde, de la Chine et de la Russie.

Comment ces marques sont perçues localement ? Comment la Culture détermine le choix des acheteurs en termes de marques et de produits ? Quelles sont les personnes incontournables ? Sur quels critères les acheteurs font-ils leurs achats ?


Les marques les plus citées et les plus connues, respectivement en Inde, Chine et Russie.

Note:
L’âge moyen des indiens est de 27 ans, les prévisions annoncent que le taux de croissance du marché du luxe est de 25% par an pour les trois prochaines années.

Pour la Russie, qui crée des millionnaires chaque jour, le taux annoncé est de 15%. Enfin la Chine où Armani va ouvrir 24 magasins en 2008, est actuellement le troisième consommateur de produit de luxe au monde !

Le luxe et la création contemporaine (épisode 23)

Vous vouliez une confirmation que la mode et l’art contemporain font plus que jamais bon ménage ? Si vous avez eu le temps de passer à la FIAC 2006 vous avez peut-être vu cette exposition, organisée par le Comité Colbert, et comprenant des verres, des sacs ou des bijoux créés spécialement pour l’occasion, par de jeunes designers pour le compte des maisons Puiforcat, Dior ou encore Hermès.

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