Issey Miyake x Arik Levy | Le fil de la continuité

Un résumé de l’entretien avec le designer et artiste Arik Levy, organisé a l’occasion de la sortie de A scent la dernière fragrance d’Issey Miyake dont il a réalisé le flacon.

Le « citoyen du monde » Issey Miyake voulait un parfum qui sente l’air. Pour répondre à cette demande très spirituelle, Arik Levy à dû surmonter certains obstacles, comme le fait que le Japon n’a pas de tradition du parfum…

Le design se devait d’être aussi évident et limpide que la requête. Foin donc de decorum risquant de masquer la personnalité du parfum. Le résultat donne un flacon transparent aux contours bruts comme taillé dans le verre et utilisé tel quel. Le tube plongeur est quasiment invisible et le jus le plus clair possible. Une transparence qui s’est révélée être un véritable défi technique, s’inscrivant à la fois dans une démarche intellectuelle, artistique et philosophique dont Arik était le maître d’œuvre. Cette recherche de la transparence s’est imposée comme un fil rouge pendant tout son processus créatif.

« J’ai voulu faire une pièce avec un côté rough, plus crue que brute »
(Arik Lévy)

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Tout comme Issey Miyake est un créateur atypique, ne sortant un nouveau parfum féminin que tous les 8 ou 10 ans(1). Arik Levy à voulu rompre avec les habitudes du monde cosmétique. Plutôt que de dessiner une famille canard avec un « petit 50 ml », un « moyen 100 ml » et un « grand 150 ml », il à créé pour l’ensemble de la ligne, quelque chose véhiculant l’idée de continuité, qui commence et ne se termine jamais, comme à l’infini; idée récurrente dans le travail du créateur japonais.
On pense dès lors à deux réalisations majeures d’Issey Miyake où l’on retrouve ces idées de continuité et et d’intemporalité:

  • La ligne A piece of cloth (A-Poc, 1976): un vêtement créé à partir d’un seul carré/rouleau de tissu auquel on ajoute des manches. En recherchant ainsi un aspect minimaliste et fondamental, Issey Miyake obtient un effet classique et intemporel.
  • La ligne Pleats Please (1988): des vêtements en polyester, plissés et dans des coupes simples. Issey Miyake parle d’illusion d’optique quand il décrit ses plissés.

A-POC King and Queen, 1999

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Pleats Please

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Le projet d’Arik Levy capitalise sur une forme simple. Quelque soit l’ordre dans lequel ces trois flacons sont disposés, il se crée un rythme et une tension. Le flacon devient l’identité visuelle du projet. Cette fragrance très florale et verte s’inscrit comme un produit durable dans le temps, comme une œuvre d’art dépasse le temps d’une vie.


(1) Odyssée en 1992 et Le feu en 1998. Il y a 600 lancements de parfum par an environ et seulement 5% arrivent dans le top 10 après 5 ans d’existence.

Arik Levy est designer industriel, d’origine israélienne, il collabore depuis plusieurs années avec le graphiste Pippo Lionni avce lequel il a fondé l’agence L design. Parmi ses clients se trouvent Baccarat, Vitra, Swarovski…

Fiac 2009, Slick 2009 (shebam, pop, blop, wizz!)

Dans les allées de la Fiac 2009…

La Fiac 2009 c’est fini. Vendredi dernier, soir du vernissage, fût l’occasion pour moi d’y découvrir quelques artistes et d’y croiser quelques personnalités… Tout d’abord, beaucoup de monde autour du stand Mini. Le stand, tout de noir vêtu, contrastait avec l’ensemble du lieu, une façon d’affirmer le caractère tonitruent mais chic, de la cinquantenaire voiture. Autour d’une coupe on y croisait l’excentrique créatrice Vava Dudu et ses amis, Nadège Winter, etc. que du beau monde en somme.

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Les artistes Eva et Adèle (avec Loulou de la Falaise ?)fiac-2009-nadege-winter-mini
Nadège Winter, (c) Matthew J. OliverPartageant avec la marque Mini le goût de l’art moderne, du design et de la création artistique, le collectif de la géniale Marroussia Rebecq, Andrea Crews, a réalisé une collection spéciale très graphique pour l’occasion.

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(c) tom [ts74]

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Dans les allées… Cumshot in blue, d’Ida Tursic & Wilfried Mill, 2006

Slick 2009

Le lendemain, au 104, avait lieu le vernissage du Slick 2009, la foire des découvertes (le off de la Fiac), où règne une effervescence toute particulière, une atmosphère moins « institutionnelle » que la manifestation-mère. L’abord est ici plus aisé car il faut faire découvrir des nouveaux talents, n’est-ce pas ? Au Slick on est surpris à chaque coin de stand, on a envie de tout voir, on craint de manquer une œuvre ou un artiste intéressant, résultat: on fait vingt fois le tour.

Les artistes de la galerie MAM ne vous laissent pas indifférents. On se surprend à rester hypnotisé par le marteau de Simon Nicaise. Posé à même le sol et secoué de spasmes « comme s’il était en vie », un marteau se débat, allant et venant contre un mur blanc, décrivant une étrange chorégraphie. Erwan Venn, plasticien, expose des mobiliers-prothèses tous blancs et troublants (vu la première fois au Musée des Beaux Arts de la Rochelle, Respirer, 2008); ils m’évoquèrent immédiatement bODY_rEMIX une œuvre de la chorégraphe québécoise Marie Chouinard.

Une interview de la directrice de la galerie est disponible ici

Beaucoup de photographes m’ont attiré cette année, je me suis arrêté sur la série « Fashion is image » du photographe turc Afik Hakan, les hyperphotos de Jean Francois Rauzier et surtout les superpositions photographiques de Stéphane Couturier (à découvrir absolument !).

Mes coups de cœur

Les sculptures de Sarah Garbarg interrogeant sur le vide et le plein, la présence et l’absence, les détournements de jeu vidéo d’Antonin Fourneau, les dessins cinétiques de Mathieu Dufois, les petites femmes nues (photos et dessin) de Julien Carreyn et les merveilleux papiers découpés de Georgia Boyd Russell sont mes coups de cœur de cette édition 2009.

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À la Fiac, un triptyque de Frédérique Loutz, Galerie Claudine Papillon.

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Papier découpé, « façon dentelles » par l’artiste écossaise Georgia Boyd Russell

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Mathieu Dufois

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Sarah Garbarg

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Stéphane Couturier

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Julien Carreyn

Et…croisée au détour des allées la très délicate Adeline André.

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Luxe et fantaisie

N’y a-t-il que les marques de luxe pour allier avec brio fantaisie et communication ?

Hermès confie les images de son catalogue 2010 au photographe britannique Tim Walker. Ce dernier, crée des situations oniriques, abracadabrantes voire surréalistes, amenant la communication de la marque sur un plan artistique et à l’accès un peu hermétique (devenant par là-même sélectif et éloignant toute comparaison avec d’autres marques) en parfait accord avec l’image du sellier de la rue du faubourg Saint-Honoré.

Hermès à travers ses catalogues véhicule chaque saison du rêve, de la culture sur le savoir-faire quasi ancestral de ses artisans et de la création artistique. Rêve, relation au temps et subjectivité, trois composantes essentielles du luxe.

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Le monde d’Hermès, printemps-été 2009, couverture et page intérieure de Tim Walker

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Le monde d’Hermès, printemps-été 2009, page illustrant le travail du malletier « protégeant » les coins des valises

Pour leur collection California Rêverie inspirée de la côte ouest américaine et composée de sautoirs et bagues cocktail festives, la maison de haute-joaillerie Van Cleef & Arpels à aussi usé de la fantaisie dans sa communication. Moins abstrait qu’Hermès mais néanmoins subtil, la maison centenaire à opté pour une légère modification de logo délaissant la colonne Vendôme pour un… palmier ! Fantaisie certes, mais en parfait accord avec le thème de la saison.

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Ci-dessous, quelques photos prises lors de la présentation Place Vendôme, de la collection California Rêverie.

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Collier Ginko « California Rêverie » en or gris diamants brillant, baguette, boules turquoise et perles de culture blanche.

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Clip Flamingo « California Rêverie » en or gris, diamants brillant, saphirs roses et rubis, onyx et grenat mandarin de 26,73 cts

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Clip Paysage d’Opale « California Rêverie »pierre double face pesant 100,11 carats sertie sur des saphirs parfaitement appairés et rehaussée de deux palmiers en diamants. Ce clip révèle à l’arrière un troisième palmier et une ceinture de saphirs jaunes.

Le luxe est aussi un terrain d’expérimentation et d’audace, comme le fût la Haute-Couture dans ses grandes heures. Certaines marques « dites de luxe » négligent ou font fi de cet élan, de cette audace ou de cette fantaisie et optent pour un discours trop terre à terre et urgentiste (avec parfois l’alibi du 2.0) Vouloir aller plus vite que les autres vous place dans une logique de comparaison et vous exclu automatiquement d’une démarche de véritable marque de luxe.

À l’image de certaines vieilles familles célèbres, aristocrates et excentriques, fantaisie et luxe forment un couple étonnant et parfois inattendu. Subtilement accompli ce mariage est générateur d’une dynamique élitiste confortant l’image de marque dans la catégorie luxe. En bref, cessons de nous prendre au sérieux !

Papiers mis à nu

Papier au format A3 ou A4 ? Façon recyclé mais pas trop cheap. Couleur paille, vanille ou brun ? Un peu reliefé mais pas trop, une cartonette de 120g/m2, mais attention pas trop épais non plus… Hier après-midi j’ai étalé l’ensemble de mes recherches, brun, chair, poudré, crème, tous les tons que j’avais choisis se trouvaient être en accord avec la tendance Nude du bel été à venir…

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Photo Rémi Lamandé

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Papiers vélin Curious Touch, papier transparents de la gamme Cromatico de chez Antalis, papier à grains marqués tout y passe.

Vous pouvez allez voir chez Fashionstyle, un intéressant billet sur cette tendance Nude

Le Modalogue weekly #6

The Unknown Hipster : Le blog de Jean-Philippe Delhomme aussi insupportablement génial que ses bandes dessinées.

100 maisons abandonnées : Lugubre…

Vintage : La galerie Flickr de Myvintagevogue comprend des photos de mode (magazines, accessoires, coiffures, etc.) de 1920 à 1965.

Les organismes publics : encore une galerie Flickr, cette fois-ci consacrée aux photos contenues dans les archives des organismes publics, avec de la patience on y trouve de vrais trésors.

Typographic portraits : 45 portraits faits à partir de différents types de caractères, ce n’est pas nouveau, mais toujours intéressant.

The online media : une vidéo que m’a fait découvrir Stéphane. Trois minutes qui résument comment l’information se diffuse aujourd’hui.

Le poison de la mode : le blog de Johan, excellent, qui n’est pas sans me rappeller JJJJound avec des commentaires intelligents et poétiques sur la mode.

Puis il y a eu
Le cocktail de lancement au Bon Marché, du cinquième numéro de l’excellent magazine ICONOfly consacré aux bracelets (jusqu’au 18 juin).
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Un déjeuner-interview aux Deux abeilles avec le créateur Jean-Paul Lespagnard où l’on parle de la Vierge Marie, de football et de hooliganisme (!) je vous ferais un compte-rendu très prochainement.

Le work in progress de « Set in Black » la future ligne de prêt-à-porter de Stéphane Plassier. J’ai passé une journée à l’usine EMO (Alsace) afin de suivre les derniers réglages des prototypes. EMO est une des dernières usines française spécialisée dans la maille pour des clients haut de gamme (elle travaille notemment pour Sonia Rykiel, Anne Fontaine…). Une journée passée en compagnie de Mathieu, Christel Divert du Journal du Textile et Dominique Plaideau de JTC (production audiovisuelle).

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Sur Gwenaelle Simon, comédienne, Stéphane Plassier donne des instructions à la cheffe d’atelierInvent

D’autres photos suivront qui rendront hommage à la finesse, aux jeux des superpositions ainsi qu’aux différents dessins de maille.

Une mode politiquement… incorrecte

À en regarder la tenue de certains de nos hommes et femmes politiques on désespère quand à leur culture fashion, bien que de sérieuses améliorations aient eu lieu ces dernières années. On peut citer Carla Bruni-Sarkozy, notre première dame de France, Rachida Dati, notre ministre de la Justice, Ioulia Tymochenko, première ministre d’Ukraine ou plus récemment Michelle Obama, première dame américaine. Toutes ces femmes ont fait au moins une fois la couverture d’un magazine de mode ou occupés une de leurs pages.

Pour autant mode et politique font-ils bon ménage? Comment Miuccia Prada,  cette ancienne (?) militante du Parti Communiste, qui le 14 octobre 2000 organisait une des party les plus hype de Paris place du Colonel Fabien (siège du PC) peut-elle créer des tenues à des prix inaccessibles pour la moyenne des gens? Jean-Baptiste Doumeng, le milliardaire rouge, nous a prouvé que l’on pouvait être milliardaire et communiste, la question n’est pas aussi simple et mériterait d’être développée plus amplement.

Miuccia Prada est iconoclaste et nous propose par conséquent, des vêtements usés, des vêtements « pauvres » et « misérables », troués et sans ourlets défiant les traditions, donc proches du peuple. Des vêtements communistes qui font dire : « On vous accepte même si vous êtes en guenilles, c’est Miuccia qui l’a dit! ».

Inévitablement, ces modèles nous interpellent car ils induisent :

  • une dimension artistique proche de l’Arte Povera, le vêtement comme objet d’art;
  • une dimension économique, en période de crise on ne craint plus de sortir ses vêtements usés, une simple ceinture délicatement choisie sublimera l’ensemble;
  • une dimension sociale, chacun de nous, quelque soit notre CSP(1) possède un vieux vêtement usé dans son armoire, à nous de lui redonner sa chance et d’être ingénieux;
  • une dimension temporelle, laissons le temps aux vêtements de vieillir, ressortons les tenues de nos grands-parents et ne cédons pas à la tyrannie de la fast-fashion.

Pour finir, on peut imaginer que chacun de ces vêtements véhicule une dimension bespoke, les usures n’étant pas identiques d’un vêtement à l’autre, elles rendent celui-ci unique, contredisant la dimension communiste et égalitaire, vous avez dit contradictoire? Les repères sont chamboulés et le conservatisme est sérieusement mis à mal par cette créatrice désobéissante plus engagée qu’on pourrait le penser.

des escarpins comme rafistolés

des robes de luxe... rongées par les mites

une jupe évorée, sans doute trouvée dans le grenier d'une maison abandonnée

robe malenpoint...

(1) Catégorie Socio Professionnelle

À lire
Prada party au siège du PC
Jean-Baptiste Doumeng, le milliardaire rouge

Remarque : les vêtements ici sont « simples (robe trois trous, robe bustier…) et n’ont pas la théâtralité du défilé « Clochards » de Christian Dior par John Galliano en 2000, qui abordait également la notion de pauvreté.

Shopping 2.0 (collaboratif inside)

Ce qui est fantastique avec les nombreux outils collaboratifs dont nous disposons aujourd’hui et même si Google tombe en panne de temps en temps c’est le détournement que l’on peut en faire, les applications multiples auxquelles on peut les associer.

À partir de l’application Google Maps et avec l’aide de 6 amies, nous avons réalisé une carte collaborative du shopping parisien malin et intelligent, on y trouve du vintage (Falbalas Marché Dauphine), des coiffeurs à l’ancienne mais hype (Living Room), des dépôts-vente de luxe (Réciproque) et plein d’autres choses encore.

Je vous invite a jeter un coup d’œil en cliquant Fashion Maps

vidéo star (maj 23.12)

Une personnalité, un grand photographe pour communiquer en print, c’est la formule utilisée par beaucoup de marques.


Louis Vuitton, Annie Leibovitz et Mikhail Gorbatchev devant le mur de Berlin.

Ironiquement, une des campagnes les plus plébiscités cette année est celle mettant en scène certes, un créateur en la personne de Karl Lagerfeld, mais pour la Sécurité Routière…


Karl en « Lagerfeld jacket », nom de baptême du gilet jaune donné par les anglais.

La vidéo semble être le nouveau champ d’expression des marques de mode.

De la campagne coming soon de Yohji Yamamoto,

Voir également : ce billet

Au défilé Homme Automne-Hiver 2008-2009 d’Yves Saint Laurent,

En passant par l’intriguant Trembled blossoms de Prada,

Le défilé printemps-été 2009 de Viktor & Rolf, présenté sur leur site

Le projet surréaliste Make up your mind de la Maison Martin Margiela

visible ici,

Le dernier film-défilé de Jean-Charles de Castelbajac, JCDC vs Lego,

Karl Lagerfeld (encore lui) et son court métrage sur les débuts de Mademoiselle Chanel,

voire la collaboration Dita von Teese x Agent Provocateur.

Historique, humoristique, conceptuelle, la vidéo se pose comme une nouvelle façon de diffuser un univers et de faire la promotion de la marque. Média, encore marginal dans le secteur, il permet tout type d’expérimentations dans le champ créatif.

La vidéo n’est certes pas destinée à remplacer le défilé mais permet de renforcer le lien émotionnel avec le consommateur. Comme l’ensemble du secteur industriel, la mode ne peut rester insensible à la profusion des écrans (smartphone, iPods, mini laptops, etc.). On peut légitimement se demander si les DailyMotion, Youtube et autres Google Video seront envahis de ces mini-films en 2009.


Mise-à-jour du 23.12

La vidéo et les marques de luxe sont des domaines que certains comme Darkplanneur et ses Balades de luxe explorent depuis bien longtemps.

Et plus récemment Benjamin Boccas à réalisé FarWeb.

Ce qui laisse des premiers indices pour la tournure que va prendre l’année 2009 : Blogs, Luxe et Vidéo.

Modern dandy

L’été est pour moi saison propice à un rattrapage culturel.

La période estivale a débuté par l’écoute de l’album de Grinderman, alias Nick Cave et une bande de musiciens plus hirsutes les uns que les autres. L’australien en est à sa énième transformation, fFondateur de l’emblématique groupe punk The Birthday Party, leader du groupe Nick Cave and the Bad Seeds et depuis 2007 leader de ce groupe baptisé Grinderman.

A écouter sur ce disque Electric Alice(1).

Avec sa moustache à la Jules Barbey d’Aurevilly et les senteurs d’opium (si chères à Charles Baudelaire) exhalant de ce court-métrage, nul doute que Nick Cave s’inscrit dans cette lignée de dandys…

Les sonorités orientales se marient parfaitement avec ce morceau, j’aime le style Nick Cave, costume sombre, ajusté, sur une chemise négligemment ouverte sur la poitrine, il dégage une certaine fureur mêlée de nonchalance, il offre une certaine élégance au milieu de la luxure, une certaine tension au milieu des corps alanguis, de la mélancolie au sein de l’euphorie. Le geste est maniéré et étudié.

Comme Leonard Cohen, Tom Waits, David Bowie ou plus proche Daniel Craig (habillé par Brioni puis Tom Ford dans Quantium of Solace), il fait partie de ces hommes qui possèdent élégance et mystère, mais aussi ce côté excessif et borderline propre au dandy, car ce dernier plus qu’une gravure de mode, est un avant tout un style de vie et une attitude.


Jules Barbey d’Aurevilly

Modern dandies de l’été 2009…


Dior, printemps-été 2009, (c) Vogue.


Givenchy, printemps-été 2009, (c) Vogue.


Paul Smith, printemps-été 2009, (c) Vogue.

(1) dédié à Alice Coltrane, femme du jazzman John Coltrane.

I had a dream… (Christian Dior, version beta)

Les marques font de plus en plus appels à l’avis des internautes, principalement pour affiner leur stratégie de communication et de positionnement sur le web.

Mais d’autres marques comme Radiohead ou Moby ont demandé à leur fans(1) de participer à la création de leur œuvre; en l’occurrence il s’agissait dans les deux cas de créer un videoclip.

La firme Procter et Gamble(2) propose aux internautes de résoudre en concurrence avec son propre centre de R&D certains problèmes qui se posent à elle. Voici des marques, des entreprises et des artistes, prêts à collaborer avec cette intelligence collective formée aussi bien d’amateurs experts que de simples utilisateurs du web.

le site aniboom-radiohead

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L’inspiration vient de la rue…

Après des décennies pendant lesquelles les maisons de couture ont décidé de la longueur des jupes. La dynamique s’est inversée avec les années 60. La rue comme espace public, les nouveaux comportements, inspirent les créateurs et génèrent un foisonnement créatif inconnu jusqu’alors.

Cependant, certains courants majeurs comme le streetwear déboulant fin 80-début des années 90, n’ont été que tardivement intégrés dans les collections (circa 1995), soit un temps de latence relativement long.

Si l’on considère le web et les réseaux sociaux comme le nouvel espace public numérique(3) c’est là, sans doute, qu’il faudra aller chercher, autant pour nourrir son inspiration que pour y résoudre des problématiques plus complexes que le métrage de tissu.

Y-a-t-il pour autant un fossé qui se creuse entre la rue et les podiums ?

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La mode en « béta » permanente

Qu’est-ce qu’une marque de prêt-à-porter ? C’est une entreprise qui tous les six mois (certaines tous les quinze jours), par l’intermédiaire de son créateur et de son bureau de style propose des nouveaux produits, les améliore, les adapte pour conquérir et développer sa clientèle.

Considérons qu’une marque de prêt-à-porter est en béta-permanente, en renouvellement continu, comme le sont de nombreux services du web 2.0 (GMail et consorts) !

Peut-on faire un parallèle entre la dynamique des services web innovants et le Prêt-à-porter ?

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L’expérience du participatif?

Alors rêvons que les internautes fans de mode pourraient se voir proposer par une marque: d’envoyer croquis, gammes de coloris et idées matières pour un vêtement ou un accessoire. Après sélection, celui-ci pourrait être réalisé soit industriellement soit en édition limitée par les ateliers avec bien sûr une communication adaptée à l’évènement. La mise en place d’une véritable plate-forme d’échange d’idées (sharing).

Dans la mesure où aujourd’hui, la création se doit d’être soutenue par l’industrie pour exister, cela devrait intéresser les marques de Prêt-à-porter, les bureaux de style, tout autant que les créateurs en herbe.

Bien entendu, cela relève d’un véritable défi du mode de pensée et de fonctionnement des structures. Cela implique l’acceptation d’une mise en concurrence nouvelle, moins ordonnée et moins prévisible.

Mais le meilleur moyen de connaître l’Autre n’est-il pas d’aller vers lui ?


(1) Radiohead à lancé un concours via le site aniboom, Moby réalise une opération similaire ici
(2) À lire dans Comment le web change le monde, l’alchimie des multitudes, de Francis Pisani et Dominique Piotet
(3) Danah Boyd, anthropologue et PhD student à l’université de Berkeley, lire ses publications ici et sont blog là. N’hésitez pas à cliquer sur le Best of de son blog afin d’en savoir plus sur le web, les réseaux sociaux, la mobilité etc.