Le spectacle Cornucopia (corne d’abondance) de l’artiste Björk fait partie de ces œuvres pivot qui marquent la transition des représentations postmodernistes vers l’esthétique de l’époque hypermoderne.
Björk propose une utopie où la technologie et la nature s’hybrident non pas pour une optimisation personnelle et à terme anxiogène, mais dans une quête de prise de conscience collective face à l’urgence écologique.
Cornucopia devient alors un manifeste pour un avenir possible, à la fois technologiquement avancé et organiquement régénéré.
J’ai eu l’opportunité d’assister au seul passage en France du spectacle Cornucopia, en tournée mondiale depuis 2019.
Cornucopia, l’opéra biomimétique.
Messe du temps futur, Cornucopia c’est faire l’expérience d’un art total.
500, 750… le nombre de pages de certaines revues ce mois ci s’est envolé. Une démesure, comme manifeste? Pour mieux résister à l’assaut du digital? Ou pour impressionner et séduire?
Le défilé de mode, une manifestation de résilience et d’identité
L’un des récits marquants de la conférence «Threads of Displacement: Cambodian and Syrian Refugee Textiles» à l’American University of Paris à été celui du projet «Love Coats», présenté par la designer et artiste Helen Storey.
Réalisé au sein du camp de réfugiés de Zaatari en Jordanie, ce projet a abouti à un événement particulièrement symbolique : un défilé de mode conçu et porté par de jeunes filles syriennes.
Helen Storey, American University of Paris, 4 juin 2025
À première vue, organiser un tel événement dans un contexte où les besoins vitaux — nourriture, abri, sécurité — semblent prédominer pourrait paraître incongru, voire superflu. Pourtant, cette initiative révèle plusieurs dimensions essentielles et profondes du vécu des réfugiés, du rapport avec le monde extérieur et du vêtement comme médiateur.
L’installation d’une IA chez soi (via Stable Diffusion A1111), est un levier pour explorer et approfondir librement des domaines que l’on connait ou que l’on souhaite découvrir.
Pour ma part, il s’agit du vêtement, son histoire, son rôle social et la mode bien entendu…
Acte I: L’exposition Après la partie technique (cf. épisodes précédents) je suis passé à la pratique avec deux maisons « oubliées » aux univers très différents: les Sœurs Callot (1895 -1953) et Margaine-Lacroix (1889–1929).
Alors que l’histoire n’a retenu que Paul Poiret, c’est Margaine-Lacroix qui supprime le corset discrètement grâce à une astuce de couture, elle crée ainsi la robe « Sylphide ». Une robe qui épouse les formes naturelles. À l’époque, c’est un scandale — et un tournant. Considérez-la comme la première robe « body conscious » !
Ces maisons sont peu documentées : il faut recouper entre photos d’archives, réclames anciennes, articles de presse, clichés de studio photos…
C’est là un des points où les IA génératives peuvent réellement aider pour archiver et structurer.
Acte I – T’as la réf? Une fois l’IA installée localement, une nouvelle phase a débuté : celle du Large Vision Model (LVM). Pour qu’une IA appréhende une époque, un style, une manière de regarder, il faut lui construire un référentiel. Le mien est clair : travailler sur des maisons de couture « oubliées » mais qui ont pourtant marqué leur temps –de la fin du XIXe siècle au premier tiers du XXe–
Acte II – Self Obsessed J’ai commencé par une obsession : la maison des Sœurs Callot (1895–1953). Quatre soeurs, « les quatre filles du docteur March » de la Couture dans un atelier où règne élégance précieuse et inventive. Elles ont précédé Chanel, formées Madeleine Vionnet et l’une d’elles (Marthe Bertrand) est l’arrière-arrière-grand-mère d’Isabelle Huppert…
Soeurs Callot-robe du soir-1915 – Image Wikipédia
Pendant plusieurs jours, j’ai donc constitué un corpus d’images qui deviendra le référentiel. Plongée dans mes livres d’histoires de la mode et magazines d’époque… Consultation d’archives numériques, de bases spécialisées, des sites de musées, de studios photos…
Acte III – Dataset go ! Chaque image doit être scrupuleusement décrite, datée, numérotée. Cadrage, angle, texture, style doivent être vérifiés voire corrigés. Pour terminer chaque image doit être attachée à un fichier-étiquette que l’on doit créer.
Avec ces caractéristiques l’IA « comprend » ce qu’elle doit retenir.
Et parce que le choix des images oriente. C’est ici que se glisse un biais assumé : Si je ne retient que certains volumes, certains détails, ce sera un dataset des Sœurs Callot, vu à travers mon regard. Dans ma démarche je me dois de rester exhaustif.
Ou « comment j’ai installé une IA dans la bibliothèque »
Une pièce en 5 actes
Acte I: Devine qui vient dîner ce soir? Depuis que j’ai découvert Stable Diffusion A1111 il y a trois ans, j’ai caressé l’idée d’installer une IA générative « à la maison ». Ce serait un outil de création ultime, libre. Mais à l’époque, c’était impensable : trop technique, trop obscur. Entre-temps, la Princesse LIA s’est installée à la maison.
Le vêtement peut être un outil de conquête, de négociation et de rupture. À travers quelques exemples il révèle une véritable grammaire de résistance.
Le vêtement est un vecteur de subversion
J’ai découvert il y a quelques jours le concept de « mimétisme critique » de Homi K. Bhabha (The Location of Culture, 1994) où le vêtement, porté par des sujets colonisés, devient un lieu de résistance critique.
Le vêtement-signe représente la révolte consciente du colonisé contre le capital triomphant.
Le vêtement est un signe d’ascension sociale
Cette lecture m’a immédiatement évoqué les théories de Thorstein Veblen, où dans un phénomène d’imitation descendante, les classes inférieures cherchent, avec le vêtement, à reproduire les signes extérieurs de richesse pour accéder symboliquement à un rang supérieur (The Theory of the Leisure Class, 1899).
Le vêtement devient performatif et porteur de critique implicite
Manuel Charpy (in. Modes espaces critiques, 1980-2000, ed. De La Sorbonne) illustre le concept de mimétisme critique en prenant l’exemple du phénomène de la sape congolaise (société des ambianceurs et des personnes élégantes), qui dans leur réappropriation surenchérie du vêtement colonial exposent les contradictions du pouvoir, en imitant, sans jamais totalement adhérer. Il se crée un espace de tension et de résistance.
En prolongeant cette réflexion, je me suis interrogé sur la place du vêtement punk. Aux marges du mimétisme ? Ou dans un tout autre registre, plus frontal ?
Le vêtement est insurrectionnel
Le look punk ne relève pas d’un mimétisme critique, mais plutôt d’un sabotage esthétique.
Contrairement aux logiques décrites par Bhabha dans le mimétisme critique, le punk ne cherche ni à imiter les dominants, ni à s’infiltrer dans leurs codes vestimentaires pour les détourner.
Le punk s’approprie des éléments du vestiaire bourgeois ou militaire (vestes de costume, kilts, uniformes, blazers d’écolier anglais…) pour les profaner, les décontextualiser, les « re-signifier », voire les détruire. Il ne copie pas le costume bourgeois pour le tordre, comme pourrait le faire un sapeur. Il rejette frontalement le bon goût, dérange les normes et le vestiaire légitime.
Le vêtement est un terrain d’insubordination active; qu’il brouille les classes sociales, conteste le pouvoir politique ou sabote le langage vestimentaire dominant, le vêtement n’est jamais neutre
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