Audrey Tautou, femme aux deux visages et le style Chanel

J‘aime voir les marques bousculées dans leur univers tout en ne galvaudant en rien leur image. Voici une photo issue d’une série pour le magazine Fashion Tale shootées par Max Vadukul pour le parfum Chanel n°5. On y découvre Audrey Tautou plus acérée et plus « rock » que d’habitude.

À des lieues de son image dans « Train de nuit« .

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Un joli petit oiseau tombé du nid…

… comme échappé de sa prison dorée bâtie par Jean-Paul Goude en 1992 pour le parfum Coco.

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Noir, la chemise d’homme blanche, les bijoux, les incontournables de la Maison Chanel. Un style et une attitude qui rappellent aussi fortement Inès de la Fressange, une ancienne égérie de la maison. Max Vadukul x Audrey Tautou reste fidèle à certains codes propres à la maison Chanel: ici le style unisexe inventé à la fin des années 20 par Mademoiselle Chanel et illustré par la photo ci-dessous.

gabrielle-chanel_marthe-davelli Gabrielle Chanel (à droite) et son amie la cantatrice Marthe Davelli (Coll. Denise Tual) En relisant cet ancien billet on peut en conclure que quatre-vingt ans plus tard, le style personnel de Mademoiselle Chanel reste vivace et fait autorité au sein de la communication maison de la rue Cambon. A consulter: le site de Max Vadukul (menu Advertising)

Lady Dior: The Lady Noire affair

La fin d’année dernière nous avait donné l’occasion d’admirer plusieurs réalisations vidéos pour le web émanant pour la plupart de maisons plutôt confidentielles : CdG, JCDC, V&R ou MMM (!)(1). L’histoire d’amour entre internet et la vidéo à pris de nouveaux élans ces derniers jours. En ce milieu d’année ce sont les poids lourds du secteur qui entrent en scène et le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils y mettent les moyens. On passe de la petite production très créative, pointue et intimiste à la superproduction digitale. Christian Dior couture réalise avec The Lady Noire affair une opération qui fera date.

Tourné en partie à la maison de la Chimie à Paris, le film réalisé par Olivier Dahan, mis en costume par John Galliano et interprété par Marion Cotillard, nous plonge dans une ambiance très hitchcockienne, un lourd secret flottant autour du sac Lady Dior. Musique, plans, décor et bien évidemment costumes s’accordent afin de nous captiver pendant les 6 minutes que durent le film. La scène emblématique du soin apporté en post-production est celle reproduisant ce décalage maladroit typique des trucages des années 50 où l’on voit Marion Cotillard sur la Tour Eiffel avec Paris en arrière-plan. J’adore !

Les maisons Christian Dior couture et Chanel qui se sont lancées dans ces réalisations ont volontairement choisi un ton prudent, voir institutionnel; maniant des codes et des thèmes classiques et accessibles, des réalisateurs et des actrices incontestables(2).

L’opération de Christian Dior semble plus ambitieuse, mais la comparaison est délicate car nous n’avons pas à faire à un film publicitaire à proprement parler, mais une véritable histoire, à laquelle nous sommes conviés. Tous les produits maison sont offerts au spectateur: costumes, robes, bagagerie, accessoires, chaussures, tous sont sublimés et nous font ainsi, découvrir l’univers de Christian Dior. Mais le plus difficile est à venir, une opération de ce type ne doit pas s’arrêter là, ce qui a pris naissance avec Twitter il y a quelques jours se prolongera par trois autres films d’ici la fin de l’année (et sans doute d’autres opérations 2.0).

On souhaite que le prochain opus fera preuve d’encore plus d’orignalité, le web est une plateforme qui permet d’être audacieux et d’installer son univers de marque. La télévision a connu des instants fabuleux avec des créateurs comme Jean-Paul Goude, la maison Christian Dior en intégrant un designer excentrique comme John Galliano l’a prouvé par le passé, elle est innovante et surprenante. Il doit en être de même pour le web, qui reste pour beaucoup de marques un territoire à découvrir et à habiter. On attend donc avec impatience de voir le scénario qui va se créer entre Christian Dior couture, blogeurs et internautes.


(1)
CdG = Comme des Garçons,
JCDC = Jean-Charles de Castelbajac,
V&R = Viktor & Rolf,
MMM = Maison Martin Margiela

(2) un comparatif non exhaustif.
Thèmes
Christian Dior Couture : le film noir hitchkockien / Chanel : l’Orient-Express
Actrices
Christian Dior Couture : Marion Cotillard / Chanel : Audrey Tautou
Réalisateurs
Christian Dior Couture : Olivier Dahan / Chanel : Jean-Pierre Jeunet
Buzz
Christian Dior Couture : Twitter / Chanel : MSN

There is a riot going on at Lanvin

Je pensais récemment au concept de la beauté, à la définition d’un chef-d’œuvre et toutes ces choses. Posé à mes côtés un magazine de mode annonçait un « spécial beauté » avec une couverture des plus morbide… Qu’est ce qui fait que l’on trouve une robe, une paire de chaussures, un manteau ou tout autre vêtement beau ? Je ne parle pas du vêtement porté, mais de celui que l’on voit en vitrine, sur un portant, en photo dans une revue, un vêtement qui exhale la beauté par sa seule présence…
Ci-dessous nulle explication, juste une expérience, du vécu.

Ce jour-là au sortir d’un rendez-vous je m’engouffrais dans la boutique sise au 213, rue Saint honoré, pour flâner. Arrivé au premier étage du concept store parisien, je tombais en arrêt devant une robe que j’attribuais à quelque créateur japonnais. Gris anthracite, toute en bandelettes sculptant la silhouette, sa conception, sa modernité me confortait dans mon choix. Quelques pas et je vis une veste appartenant à la même collection, bandelettes enroulant le corps, pas de boutons, une ligne simple, un zip discret, à côté la jupe complète le tailleur, toute en rubans modelant la taille, les hanches et les cuisses, pas de détails inutiles, une construction complexe qui ne laisse voir que simplicité, élégance et suscite le désir : beau.

Automne-hiver 2009 (c) vogue.fr

Automne-Hiver 2009 (c) vogue.fr

Il y a quelques années, alors que j’achetais ma place dans un cinéma d’art et d’essais du quartier Beaubourg je me retrouvais nez à nez avec ce drôle de monsieur qu’est Alber Elbaz. Il venait juste de quitter la maison Saint Laurent où son passage n’avait apparemment pas fait l’unanimité (puisque remplacé par un designer radicalement différent en la personne de Tom Ford). Il semblait si fragile dans ce petit cinéma de quartier, me dis-je, des tonnes de talents et de sensibilité en sourdine, comme sous cloche, attendant le moment propice…

Je me décidais enfin à regarder l’étiquette : Lanvin bien sûr ! Quelques jours avant j’avais acheté le livre Lanvin de Dean L. Merceron.

Il y a maintenant chez Alber Elbaz de l’assurance, quelque chose de paisible, de la maîtrise. Avec le départ de M. Saint Laurent, Alber Elbaz serait ainsi le garant d’un prêt-à-porter de luxe sans spectacle inutile, sans heurts et sans concept touffu et confus, juste la recherche de la « beauté », ce que certains appellent le luxe à la française.

On dit souvent de Karl Lagerfeld qu’il est la réincarnation au masculin de Mademoiselle Chanel, même goût de l’exposition médiatique et des mondanités. On pourrait en dire de même pour Alber Elbaz et Jeanne Lanvin qui ont en commun le goût de la discrétion et du mystère, avec pour résultante, la même ignorance de la part du grand public, alors que le talent est identique.

On pourrait en rester là, mais la marque se projette et noue des partenariats fort intéressants qui l’éloignent par la même de tout risque de mémérisation, tentant lorsque l’on crée des nouveaux classiques dans l’ombre.

Tout d’abord un positionnement plus que réussi sur le marché des sneakers de luxe en proposant des chaussures « so dope »(1) dessinées par Lucas Ossendrijver, designer de l’Homme Lanvin ou encore lancement d’une ligne de jean (très attendue) en collaboration avec la marque suédoise « so hype » Acne: Lanvin (love) Acne. La dernière campagne de communication est, à mon sens, très bien aussi, abandonnant les symétries ou les déformations du corps des campagnes précédentes.

Sneakers « à tomber », (c) photo Mathieu Lebreton

sneakers, (c) photo Mathieu Lebreton

Lanvin (love) Acne, collection « jean » pour homme et femme

Lanvin (love) Acne, collection "jean" pour homme et femme

Printemps-été 2009, prêt-à-porte de luxe narcissique sur un canapé lacéré… Attention rien est acquis semble signifier la photo.

printemps-été 2009

Pour finir, deux visuels montrant que le travail de bandelettes chez Lanvin est depuis longtemps inscrit dans l’histoire de la maison.

Brimborion (1923), Jeanne Lanvin lacère et réactualise les manches d’un kimono

brimborion (1923), Jeanne Lanvin lacère et réactualise les manches d'un kimono

Brimborion (que l’on pourrait traduire par robe de « peu de rien ») revue pour l’automne-hiver 2005, sensualité a fleur de peau par Alber Elbaz

automne-hiver 2005

Actuellement chez Lanvin tout est Beau.

Et si vous avez manqué les photos du Préfall 2009, çà continue ici

(1) Kanye West, ici

 

Un thé au sahara

7:00 ce matin comme vous tous j’ai appris la disparition d’Yves Saint Laurent.

Depuis j’ai cette chanson de The Police, Tea in the Sahara dans la tête tiré du très beau, roman Tea in the Sahara, de Paul Bowles.

Le rythme mélancolique de cette chanson, le Sahara, le Maroc(1) et la saharienne inventée par Yves Saint Laurent à l’aube des années 70 doivent résonner en moi.

Les paroles de cette chanson semblent coller au parcours du Maître incontesté, parti former avec Christian Dior et Gabrielle Chanel, la Sainte-Trinité de la Couture.

Tea in the Sahara, The Police

The young man agreed

He would satisfy their need

So they danced for this pleasure

With a joy you could not measure

They would wait for him here

The same place every year

Beneath the sheltering sky

Across the desert he would fly (…)

À celui qui a su satisfaire les femmes, qui ont dansé pour lui en robe Mondrian, en robes hippies ou en pantalon, qui ont attendu ses créations saison après saison. Son âme repose désormais au-dessus du désert de son enfance…

(1) sa grande source d’inspiration et lieu où seront conservées ses cendres (au jardin Majorelle)

Marc Jacobs vs Elsa Schiaparelli

En voyant les détails chaussures du défilé SS 2008 de Marc Jacobs, je n’ai pu m’empêcher immédiatement de faire un rapprochement avec une réalisation d’Elsa Schiaparelli ; « rivale » de Gabrielle Chanel et grande amie, comme elle, des surréalistes…

Chapeau « chaussure » d’Elsa Schiaparelli qui excellait dans le style « trompe l’œil ».

Mais c’est surtout à l’artiste français underground Pierre Molinier, dont l’œuvre est centrée sur le fétichisme érotique, ami des surréalistes et particulièrement d’André Breton que Marc Jacobs fait référence.

Ci-dessus la création, pour des projets personnels, de Pierre Molinier Et la réédition par Marc Jacobs pour le printemps-été 2008

Marc Jacobs, printemps-été 2008

La réincarnation de Mademoiselle

Tout d’abord il y avait Gabrielle, puis vint Inès, réincarnation drôle, intelligente et impertinente de Mademoiselle, maintenant c’est Anna qui reprend le flambeau…
Ci-dessous Anna Mouglalis porte à merveille la dernière collection de joaillerie maison…

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Photo : Madame Figaro du 14 mars

mais cette photo est avant tout un vibrant hommage à celle prise par Horst en 1936 avec Gabrielle Chanel.

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Citation du soir…

«Si une femme est mal habillée, on remarque sa robe, mais si elle est impeccablement vêtue, c’est elle que l’on remarque.»

(Gabrielle « Coco » Chanel)

Mercato d’hiver

Lu la semaine dernière dans la presse (Le Figaro), un état des lieux des directions artistiques des différentes maisons de couture. Force est de constater que cela a énormément bougé, que ce soit pour la mode homme ou la mode femme.

La tendance est d’intégrer sur la plus haute marche de la création non pas une diva, mais un créateur au profil « studio de création ». Chloé et Gucci avaient lancé la tendance, précise l’article ; en effet Phoebe Philo a remplacé Stella Mc Cartney et Frida Giannini a succédé à Tom Ford ; le mouvement s’est accéléré et d’autres maisons ont suivi (Calvin Klein…).

En plus de cette tendance de fond, une série de « transferts » se sont opérés depuis le début de l’automne, chamboulant la carte des DA des maisons de couture parisiennes ; ainsi on retrouve Paulo Melim Andersson chez Chloé (exit Phoebe !), le talentueux Olivier Theyskens chez Nina Ricci, Dai Fujiwara chez Issey Miyake, Giles Deacon chez Daks, Nicolas Andreas Taralis chez Cerruti, Sophia Kokosalaki chez Vionnet, Damian Yee chez Guy Laroche ou encore Peter Dundas chez Ungaro.

Plus dure est la situation de la mode masculine : plusieurs maisons ont en effet pris le virage du relifting, mais sans le succès connu par Dior Homme, hélas… Au vu du travail réalisé par Oswald Boateng chez Givenchy, ou encore Jason Basmajian pour ST Dupont, cela me semblait prendre bonne tournure, les lignes se modernisant, attirant de facto une nouvelle clientèle. Mais les résultats financiers n’étant pas bons, ou en tout cas pas assez rapidement bons, Franck Boclet a ainsi quitté Smalto, Oswald Boateng est sur le départ, Jason Basmajian a été remercié et Pierre-Henri Mattout est également sur le départ chez Dormeuil…

Les maisons de couture masculine ou féminine n’ont aujourd’hui plus le temps, ni l’argent, les résultats financiers doivent se voir quasi-immédiatement ; les créateurs ont donc pour mission de « générer du cash » le plus rapidement possible, sous peine de se voir remercier rapidement, et ce, quel que soit leur talent.

Dans un autre registre, mais concernant toujours les changements de créateurs, Irène Leroux a quitté Erès (groupe Chanel), LA marque de maillots de bain et de lingerie qu’elle avait créée en 1968. Elle sera remplacée par la styliste Valérie Delafosse. Il sera intéressant de suivre les nouvelles (?) orientations de style que cette dernière va y apporter.

Au milieu de ce constat, seule la maison LVMH et ses énormes moyens financiers peut se donner le temps de « recadrer » un John Galliano – avec le succès que l’on sait – et de redéfinir la mode masculine avec Hedi Slimane. Karl Lagerfeld et ses 24 ans chez Chanel fait figure de héros… génial héros, qui a su relancer, moderniser, recréer et propulser la maison de la famille Wertheimer. Quel créateur intégrant une maison peut « espérer durer » autant que lui aujourd’hui ?

Karl Lagerfeld Remixed

Qui n’a pas entendu parler des 70 iPods de Karl Lagerfeld ?

Là où certains créateurs de son âge seraient ridicules, Karl Lagerfeld, lui ne l’est pas. De l’homme à l’éventail, il est devenu, avec sa vingtaine de kilos en moins (et après avoir revendu tout son mobilier), un nouvel homme ; il s’est réinventé une image, une espèce de techno-gothico-rock-metal-Lagerfeld, il s’est redéfini à l’entrée de ce XXIe siècle.

De l’homme à l’éventail…

Ses apparitions et prises de position frisent la caricature, parfois, inévitable lorsque l’on recrée son image de la sorte, mais il semble toujours être maître de cette image, même lorsqu’on le provoque. Peu de créateurs ont eu l’audace ou l’idée de se redéfinir en prenant un tel virage, préférant conserver leur image-icône qui les à fait connaître et qui, « leur semble-t-il », doit toujours plaire, même trente ans plus tard… (Sonia Rykiel, Chantal Thomass en sont les vivants exemples).
Érudit, incollable sur le XVIIIe siècle européen, frénétique, Karl Lagerfeld est plus que jamais présent sur tous les fronts de la création artistique. Il est un des premiers designer « de mode » au sens moderne du terme.
Directeur artistique chez Fendi depuis 1965, chez Chloé (1963-1983, puis 1992-1997), chez Chanel depuis 1983, photographe, à l’écoute des tendances et parfois passage obligé pour une jeune génération en mal ou en recherche de reconnaissance, tel un mécène. Karl Lagerfeld est comme Kate Moss, partout.

… à la version remixed

On l’a vu tout d’abord fan d’Hedi Slimane, puis collaborateur des arty Chicks on Speed, ensuite chez H&M ou encore au côté de Devendra Banhart (ils ont d’ailleurs fait la musique du dernier défilé Chanel et s’habillent en Chanel !) et enfin écoutant un des groupes hypes du moment, The Pipettes.

Son dernier projet (avec l’aide de Michel Gaubert, gourou musical des défilés parisiens), c’est une compil « Les musiques que j’aime » At Home/At Work, où il réunit aussi bien Xavier Cugat que Siouxsie and the Banshees, en passant par Stravinski et LCD Soundsystem.
Respect.