Festival International de la mode d’Hyères 2009

Le plus difficile lors d’un festival comme celui d’Hyères est de savoir faire la part des choses, différencier les créations coup de cœur des créations qui augurent d’un réel potentiel.

L’an dernier Jean-Paul Lespagnard et Matthew Cunnington se trouvaient aux antipodes l’un de l’autre stylistiquement parlant, mais tous les deux jouissaient d’une certaine crédibilité.

Cette année, je suis un peu passé à côté des choses; n’ayant pas pu assister à la première journée du festival, je n’ai pas pu prendre le temps d’apprécier l’ensemble des collections et des expositions. Dimanche j’en étais encore à mes coups de cœur et ne portais qu’une légère attention au buzz autour du duo letton, futur lauréat de l’édition 2009.

De mes échanges avec les différents designers et photographes, voici ce que j’ai retenu/aimé/détesté de ce week-end pluvieux mais toujours passionnant :

J’ai noté

qu’une grande partie des créations présentées cette année étaient finement « ciselées », beaucoup de plissés, de découpes et d’empiècements…

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Création Maxime Simoens, sur le thème du kaléidoscope, multiples découpes et bas de robe mille-feuille.

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Création Thomas Trautwein, « Bandit Couture » : gilet à empiècements multiples, fermeture Perfecto et aux épaules plissées

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Plissés réguliers sur le devant de cette robe « chic et choc », création des lauréats Marite Mastina & Rolands Peterkops

J’ai été étonné

car la moitié des designers sélectionnés se réclament de la Sainte Trilogie « arty-fashion » : Martin Margiela/Rei Kawakubo/Hussein Chalayan, voire des trois à la fois. Une tendance qui m’a fait leur demander naïvement s’ils se considéraient plutôt comme des fashion designer ou des artistes. Bien entendu leur réponse fut unanime: la finalité est de créer des vêtements destinés à être portés (wearable)…

La créatrice la plus emblématique de cette tendance est Melody Deldjou Fard dont le thème explore les transformations corporelles résultant de notre interaction avec les technologies, ses vêtements (sauf un) défilent sur des mannequins de chiffons portés par des mannequins de chair…

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Création Melody Deldjou Fard
Ci dessous deux extraits très courts d’un entretien avec Melody et Anémone Skjoldager lorsque je pose ma « question-piège » (éclats de rire inside) :
[mp3]http://www.lemodalogue.fr/audio/fimh2009-fashion designer vs artist.aif.mp3[/mp3]

J’ai été charmé

par la démarche créative de Steffie Christiaens qui a réalisé sa collection en photographiant des vêtements basiques soumis à l’influence du vent. Ces instants « saisis » font apparaître des formes inédites à partir desquelles elle crée le vêtement. Idem pour les créations d’Anémone Skjoldager qui construit ses vêtements à partir des projections qu’elle réalise sur des acrobates vêtus de blanc; le motif crée le patronnage, générant des formes inattendues. Des démarches proches où photo et vidéo, manipulées par le créateur, sont à la racine du processus créatif.

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Création d’Anémone Skjoldager, bichromie géométrique, sous influence Op Art

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Création de Steffie Christiaens, qui rappelle les réalisations de Rei Kawakubo pour Merce Cunnigham

J’ai aimé les propos

de Camille Vivier sur la fascination qu’exerce l’art contemporain sur les stylistes de mode et la mode sur les artistes contemporains.

Je suis passé à côté

des hermétiques vidéos de Camille Vivier (ci-dessous Boojie Girl, par A Shaded View)

Je me suis effacé

comme les mannequins de Thomas Trautwein, Melody Deldjou Fard et Marite Mastina & Rolands Peterkops.

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Bandit romantique sans visage (très margielesque)

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N’est pas le mannequin qui croit chez Melody Deldjou Fard, le mannequin « sans vie » vole la vedette.

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Coiffure oversize pour détective incognito chez Marite Mastina & Rolands Peterkops

J’ai aimé

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cette veste (bien que j’aurais préféré une manche gauche classique) de Thomas Trautwein, dont j’étais persuadé qu’il allait remporter le grand prix du jury.

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cette robe faite de bandelettes de cuir de Steffie Christiaens

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ce manteau d’Harald Lunde Helgesen lauréat du prix Crystallized-Swarovski Elements

Dans un prochain billet je vous montrerai les modèles des lauréats ainsi que les nouvelles collections des gagnants de l’édition 2008, et vous parlerai de mon coup de cœur pour la photographe mexicaine Alejandra Laviada.740

Montre-moi ton sac…

Le tee-shirt est un bon support pour tout graphiste voulant « faire » de la mode, il en va de meme pour le tote bag.

Sur la plage de l’Ayguade, lors du dernier jour du festival de la mode d’Hyères, le sac en toile était un support en vogue, en témoignent les quelques photos que j’ai glanées de-ci de-là.


Mon préféré, très design avec son alphabet fantaisie, façon pochoir


Yo ! semble dire ce jeune homme et son sac imprimé « rayures »


Ubër-mode, le sac Preen


Un classique, le sac Dorotennis


Le plus rock

Twiggy (version 2008)

Il y avait cette photo prise lors du Festival de la Mode à Hyères en avril dernier, la première personne que j’ai photographié en fait.

Elle a un je ne sais quoi cette jeune fille. Ses cheveux très courts, son sourire, le tee-shirt Velvet Underground & Nico, le gilet loose, une dégaine quoi !

C’est vrai que cette jeune fille à un petit air de Twiggy non?

et la version 60′

twiggy

Palmarès de… Hyères

Prix spécial du Jury : Matthew Cunnington
Prix 1.2.3 – Etam : Jean-Paul Lespagnard
Prix du public : Jean-Paul Lespagnard

Plage de L’Ayguade, où j’ai passé mon enfance, dimanche 18 heures, le soleil est au rendez-vous du point culminant du week-end. Le palmarès du 23e Festival de la Mode et de la Photographie d’Hyères est connu, fin du suspens et beaucoup d’émotions, au point que Michel Malar, DA de la partie photographie du Festival finira par verser une larme à la tribune.

Flashback

En rentrant à mon hôtel vendredi soir, il ne faisait aucun doute pour moi que les réalisations de Jean-Paul Lespagnard, d’Isabelle Steger et Matthew Cunnington allaient se partager les prix. La question était quel prix pour quel créateur ?

Les créations de Jean-Paul Lespagnard, m’ont séduit pour la tornade d’optimisme qu’il a fait souffler sur ces défilés et ces trois jours de festival. Le croiser sur la grande terrasse de la villa Noailles, tout sourire, vous requinque pour la journée tellement il irradie la joie et le plaisir d’être là. Et pourtant l’histoire de sa collection, celle de Jacqueline, vendeuse de « fritkot » (friterie) qui rêve d’épouser un cowboy texan est bien plus qu’une simple blague de potache.

En effet pour Jacqueline il n’y a que deux issues; soit elle réussit sa vie en accomplissant son rêve, soit elle rate sa vie qui se termine alors dans un hôpital psychiatrique, il n’y a pas d’autres possibilités. « Ce parcours en Y, très personnel et très proche, comme me l’a confié le créateur, sera mis en scène lors de prochains défilés.

Et l’humour dans tout çà ? Car pour moi, c’était la partie visible de l’iceberg, celle qui manque cruellement à la Couture ou au Prêt-à-porter. Jean-Paul Lespagnard m’a alors assuré que bien sûr, l’humour faisait heureusement partie de son processus créatif et qu’il était aussi un élément fondamental de son défilé. Ouf !


Perruque et sourire oversize, rayures hypnotiques, robe de serveuse de fritkot revue et corrigée


Robe de fermière à motif tipi d’indien


Viens goûte mes frites ! Détail : le cornet de frites intégré au talon…


Les broderies de ce vêtement aux volumes clownesques ont été réalisés au sein d’un hôpital psychiatrique, par les internés eux-mêmes; afin de garder toute la cohérence du propos cité plus haut.

Un style et un humour qui n’est pas sans me rappeler celui de Walter Van Beirendonck autre belge barbu.

La collection d’Isabelle Steger (Autriche) m’a immédiatement conquis. Un univers très créatif, des silhouettes au graphisme géométrique avec comme bande son une reprise de « Life is life » façon musique militaro-industrielle, oppressante. Inquiétants sont les mannequins dans ces vêtements qui semblent les accabler, avec une démarche rasante comme-ci leur centre de gravité était ramené à 20cm du sol ! Des vêtements de travail disproportionnés comme pour signifier le poids de celui-ci dans nos vies quotidiennes ?

Le grand prix du jury va à la collection de Matthew Cunnington (Royaume-Uni), que j’avais classé troisième dans ma wishlist, pour sa collection monochrome, noire, baptisé Hail Mary.

Des drapés contrariés stoppés net par de larges ceintures drapés, des robes qui coulent sur les silhouettes looongilignes, comme un souvenir dont on aurait du mal à se séparer, qui « colle à la peau ». Ce souvenir c’est celui de sa mère contrainte à abandonner sa fille illégitime et qu’elle ne retrouvera que trente ans plus tard.

Une dernière silhouette en robe ajourée accidentellement par de l’acide, comme rongée par le temps ou le remord et en même temps si délicate. Une robe douce amère, pleine de délicatesse.
Difficile de ne pas être ému à la fin de ce passage.


Bras collés le long du corps comme saisi par la peur, ceinturée taille haute, démarche lente. Tout est retenu, suspendu.


Looongiligne silhouette, vêtue d’une robe qui semble couler sur son corps comme de la poix.


Délicat détail sur ce dos nu

Matthew Cunnington et Jean-Paul Lespagnard ont livré deux collections se situant a priori aux antipodes l’une de l’autre, mais au contenu émotionnel fort et très personnel.

Last day, Marie-Christiane Marek saved my life…

A l’aéroport d’Hyères, en route pour le Festival de la Mode, Marie-Christiane Marek frimant avec ses Adidas offertes en exclu par Stella Mc Cartney…