Björk et Cornucopia : manifeste pour une utopie hypermoderne et écologique

Le spectacle Cornucopia (corne d’abondance) de l’artiste Björk fait partie de ces œuvres pivot qui marquent la transition des représentations postmodernistes vers l’esthétique de l’époque hypermoderne.

Björk propose une utopie où la technologie et la nature s’hybrident non pas pour une optimisation personnelle et à terme anxiogène, mais dans une quête de prise de conscience collective face à l’urgence écologique.

Cornucopia devient alors un manifeste pour un avenir possible, à la fois technologiquement avancé et organiquement régénéré.

J’ai eu l’opportunité d’assister au seul passage en France du spectacle Cornucopia, en tournée mondiale depuis 2019.

Cornucopia, l’opéra biomimétique.

Messe du temps futur, Cornucopia c’est faire l’expérience d’un art total.

Incandescente et libre, Björk a traversé les âges, elle a muté. D’inclassable chanteuse pop, elle s’est greffée avec la sphère artistique contemporaine.

Atypique depuis ses débuts, la mutation était là, en germe.
À l’orée des années 2000, sa rencontre avec Matthew Barney n’a pas seulement élargi son champ visuel : elle a précipité une fécondation plus vaste — non pas seulement de la voix, du corps ou de l’image, mais avec la sphère artistique elle-même.


Depuis cette époque, Björk ne compose plus des albums, elle élabore des écosystèmes. Elle s’inscrit moins dans la musique que dans une pratique plastique, sensorielle, voire politique, où le sonore devient matière parmi d’autres.

Artiste hyper-moderne

En sorcière alchimiste, Björk transmute les domaines et les expériences pour nous projeter vers l’hyper-moderne.

On croyait avoir tout vu du post-humain : masques, filtres, avatars. Avec Cornucopia, Björk échappe à nouveau à la mode, et parvient à se réinventer — ce qui, après une telle carrière, est un véritable tour de force, bowiesque.

Cornucopia tel un manifeste sensoriel.

Le spectacle fonctionne comme une capsule post-anthropocène, où la technologie n’est pas contre la nature, mais pour son amplification. Chaque morceau devient une oraison écologique, un appel à une symbiose nouvelle.

Cette tension se prolonge dans l’espace visuel. Des formes organiques — bulbes, membranes, alvéoles — côtoient des formes construites, anthropiques, pour donner naissance à une nouvelle espèce visuelle.

Collaborant entre autres, avec le studio graphique M/M (Paris), Rosalia et Iris Van Herpen, il y a là un télescopage créatif fort, assumé, sans nostalgie et sans fétichisme, Björk crée un manifeste où technologie, écologie et féminisme convergent.

Avec Björk on quitte l’ironie postmoderne pour l’urgence hypermoderne d’une survie collective.