Organisé de façon « pirate » par Émilie Hammen, la nouvelle directrice du musée, ce début de soirée s’est tenu au niveau des guichets (!), où quelques chaises avaient été ordonnées pour l’occasion.

On y célébrait la sortie de l’ouvrage dédié au journaliste Farid Chenoune : La Mode aux trousses. Chroniques de mode, Libération 1982-1995.
La rencontre était rythmée par des lectures de l’actrice Helena de Laurens, redonnant ainsi vie à la plume du chroniqueur.

Entre rigueur et impertinence
Farid Chenoune se distinguait par son enthousiasme, sa liberté de ton et son approche iconoclaste, parfois corrosive. Sa critique des défilés d’Enrico Coveri et Castelbajac d’octobre 1984 nous a fait hurler de rire: il disait tout haut ce que chacun pensait tout bas.


Capable d’analyser la mode sous des angles sociologiques ou littéraires inattendus, il savait lier rigueur académique et fantaisie critique. Il excellait aussi bien à capter le mouvement du voguing qu’à décrypter les codes vestimentaires des classes populaires et de l’immigration.
La critique de mode littéraire
Ce travail évoque une époque où l’on pouvait exprimer son opinion sur les défilés avec une précision extrême et une grande qualité littéraire — une pratique qui se distingue de l’usage actuel des réseaux sociaux.
Farid Chenoune a également poussé les historiens du social (Patrice Verdière et Manuel Charpy), vers l’histoire de la mode. Il a instauré une démarche novatrice qui consiste à « documenter le présent » pour « archiver le contemporain ». Plutôt que de se limiter aux enquêtes classiques, cette méthode intègre des « bouts de chantiers », des entretiens et des photographies afin de constituer les archives du futur.
L’héritage de Libération
Cette rencontre a rappelé combien le journal Libération (seconde époque) fut un support singulier pour ces récits de mode, bien qu’ils fussent alors jugés réactionnaires par la majorité d’une rédaction composée de journalistes-militants de la première époque.
Bénédicte Dumont, archiviste au journal, a évoqué les éditions spéciales où Hedi Slimane ou Karl Lagerfeld furent conviés comme directeurs artistiques, sans oublier le magazine Next (disparu en 2016), supplément culture emblématique du titre. En aparté, nous avons aussi parlé du numéro spécial en tissu de coton paru en 1986 pour soutenir l’industrie textile (que j’ai retrouvé dans mes archives et qui a besoin d’un coup de repassage).
En somme, cet événement a réaffirmé que la mode demeure, avant tout, un espace de rencontres et d’échanges permanents.
