Arzu Kaprol | Leg Power !

Les mannequins de la jeune créatrice turque Arzu Kaprol étaient court vêtues ce matin à l’hôtel Westin, elles allaient d’un pas ferme et déterminé, dans des tenues en cuir, serpent, mousseline et mohair, tantôt très près du corps, tantôt sculpturales.

Les femmes d’Arzu Kaprol, chevalières futuristes, vont vêtues de noir, noir aile de corbeau, noir de carbone, noir réglisse. Powerful women in black!

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 Certains vêtements sont ornés de boutons noir d’ébène et de petites plaques d’onyx.

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«Les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie.» (Charles Denner, L’homme qui aimait les femmes)

Le final du défilé ou les über-sexy-galactic-women d’Arzu Kaprol (a must see)!

Le Modalogue | Weekly #9

Semaine X
En commencannt ma semaine par le toujours dénudé Iggy Pop, l’accent était dramatiquement mis sur le thème du corps. Voir l’iguane depuis son studio de Miami interpréter un de ses tubes devant sa webcam avec des fans de NZ était ace

Semaine « à bras le corps »

Trop gros, trop maigre, trop grand, trop petit, morpholiposucé, bodybuildé, etc. Parler de la mode, c’est s’intéresser au corps quel qu’il soit…

En commencant ma semaine par le toujours dénudé Iggy Pop, l’accent était dramatiquement mis sur la thématique du corps. Voir l’Iguane interpréter un des ses tubes et se déhancher devant sa webcam avec des fans de Nouvelle Zélande laisse rêveur sur les chemins que peut prendre le « collaboratif »…

Il y a eu le calendrier Pirelli et les rondeurs de Lily Cole

Puis j’ai rencontré Jacques, adepte d’un autre type de collaboration corporelles… Jacques un prénom qui fleure bon les années 70, Jacques magazine (dispo chez Colette) est le dernier représentant de ces publications apparues ces dernières années et qui rendent ténue la frontière entre mode et érotisme. Voire aussi ce que font Terry et Olivier. Les excellents S Magazine, Purple Sexe et Paradis ont élus domicile depuis longtemps sur cette lisière entre art et sexe, luxe et luxure, et n’hésitent pas à interviewer Damien Hirst ou John Currin. Glossy, seventies oriented, arty ou intello, ces magazines prônent avant tout un esthétisme digne des meilleurs magazines de mode et réinventent la formule des Playboy et Lui de cette époque.

L’acmé de la semaine je l’ai partagé IRL(1) avec quelques gentlemen. Une soirée parisienne, un brin « canaille » au Secret Square (ex Stringfellow) organisée par Gaëlle. Entre deux coupes de champagne, des échanges sur notre admiration pour Charles Denner (vous savez l’homme pour qui « Les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tout sens, lui donnant son équilibre et son harmonie »), nous avons pu apprécier la dentelle, les plumetis, les effeuillages et les courbes du corps de Bianca, Charlotte et Renatta.

Tout ces errances corporelles ont rappelées à ma mémoire une conversation que j’avais eu avec Laetitia Bica sur la place du corps dans sa création artistique; un corps travesti, maquillé, artificiel… qu’elle fixe habilement sur ses photographies.
D’autres images à découvrir sur ce blog, qui compile les photos « sexy » des magazines de mode et tendance, on y retrouve Muse, Mixte, Flair, etc. toutes les stars et top-models.

À consulter également Le blog du corps, un blog qui oriente notre regard vers des domaines où le corps s’exprime et vers lesquels on irait pas naturellement.

Les jambes des femmes

Les jambes des femmes édité chez Hachette, grâce au fonds de l’agence Roger Viollet (la plus vieille agence de photos de Paris), regroupe de magnifiques photos sur le sujet, jambes de mannequins, de danseuses, de sportives ou d’anonymes prises par les plus grands photographes de l’époque, de la fin du XIXe siècle jusqu’aux années 90.

A travers l’histoire des jambes de la femme c’est un peu l’histoire de la mode que l’on visite. Entre libération de la femme et diktat de la mode, plus le temps à passé, plus les jambes se sont dénudées, le sujet fait penser bien sur immédiatement à Charles Denner dans « L’homme qui aimait les femmes » et à Mary Quant et sa minijupe, tout cela et plus encore, Marie Desplechin nous le rappelle dans un petit texte publié à l’occasion de la sortie du livre le mois dernier.
Le texte ci-dessous à été publié par L’Express

L’homme qui aime les femmes adore leurs jambes. «Les jambes des femmes, dit-il, sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie.» Charles Denner, alias François Truffaut, sait balancer des phrases qui sonnent comme des maximes immémoriales. Rien de plus daté, pourtant, que celle-là: L’Homme qui aimait les femmes est un film de 1977. Soit quinze ans après l’invention de la minijupe. Montrer ses cuisses est un acquis récent. Les jambes des femmes sont encore une idée neuve, en Europe. La longue marche, celle qui conduit du pied à la cuisse, a commencé cent ans plus tôt. Les premières photos du recueil de la collection Roger-Viollet datent des années 1900. Les longues jupes battent le pavé. De la jambe, on ne voit pointer que le bout de la bottine. Bienheureux celui qui aperçoit une cheville. Et bien vicieuse celle qui le laisse regarder. Quant au mollet, n’en parlons pas… Ou plutôt parlons-en. Aux Sablais, par exemple, qui ne décolèrent pas. Les Parisiens en vacances aux Sables-d’Olonne se massent à la sortie des églises pour en voir sortir les Sablaises en costume traditionnel, petite coiffe blanche épinglée au chignon et… jupe au genou! Les mollets sont couverts par des bas épais, mais qu’importe au bourgeois parisien! Il se rince l’œil à peu de prix. De retour en ville, il lui en coûtera un peu plus cher. Il faudra payer des bocks au café-concert pour mater les danseuses qui lèvent leurs jupons à volants. Car c’est là que réside l’essentiel du succès du french cancan: dans les guibolles des filles du peuple. Excédés par la dépravation des bourgeois, les anarchistes iront d’ailleurs poser quelques bombes dans ces endroits de perdition. Qu’à cela ne tienne, reste le bordel, où les filles (du peuple, toujours) s’exhibent dans d’affriolants caleçons qui descendent au genou et blousent sur la cuisse.

Les femmes de bien, les bourgeoises petites et grandes, gardent, elles, leurs jambes au secret. Disons qu’elles ne les montrent pas à n’importe qui. La jambe, parce qu’elle est interdite, fait partie de leurs outils de négociation. Bien plus, par exemple, que le visage et les seins, traditionnellement exposés. «Les jambes permettent aux hommes de marcher et aux femmes de faire leur chemin», écrit l’humoriste Alphonse Allais. On s’amuse et tout est dit: une femme a besoin de se placer, pas de marcher. Marcher est une affaire d’homme. Symboliquement au moins, car elles marchent toutes ou presque, les paysannes, les ouvrières, les commerçantes, les employées. Mais elles marchent entravées. La liberté d’aller est réservée à l’homme. Le corps des femmes ne leur appartient pas. Qui sait ce qu’elles seraient capables d’en faire? Pour bien marquer les territoires, le port du pantalon est interdit. Laisser deviner la forme de ses jambes, c’est un travestissement. Une menace à l’ordre public. Il faut avoir le culot et la position sociale de George Sand pour porter la culotte. Moins bien lotie, on écope d’une amende, et de quelques jours de prison.

Voilà une société solide, bien droite dans ses carcans. Elle se rêve parfaitement distribuée: d’un côté, les hommes et le travail; de l’autre, les femmes et la beauté. Malheureusement pour elle, le changement est en cours. Et il arrive par là où on ne l’attend pas. Par l’hygiène. L’hygiène (la grande avancée de la fin du siècle) veut que l’on dispose d’un corps sain pour éviter les maladies, et se reproduire idéalement. Et un corps sain, c’est un corps sportif. Place aux bains de mer et à la pratique de la bicyclette. Il va falloir se mettre en tenue, maillots de bain pour les unes, pantalons cyclistes pour les autres. Dans un cas comme dans l’autre, il faut bien se résoudre à montrer ses jambes. Et, tandis que l’hygiène restitue aux femmes un corps entier, les suffragettes se battent pour qu’on leur rende un cerveau. Les deux mouvements sont indissociables. L’histoire de l’émancipation des femmes, c’est conjointement les jambes et la tête.

Mais, avant même que l’on en dénude telle ou telle partie, une vague de fond a transformé l’idée que l’on se fait du corps. Elle est passée par le costume. On abandonne l’attirail effrayant qui déforme, les tournures qui plombent, les corsets qui étranglent. Les robes, toujours très longues, sont plus souples et plus fluides. «Les coussins, le « strapontin » de l’affreuse « tournure », avaient disparu ainsi que ces corsages à basques qui, dépassant la jupe et raidis par des baleines, avaient ajouté si longtemps à Odette un ventre postiche et lui avaient donné l’air d’être composée de pièces disparates qu’aucune individualité ne reliait», écrit Marcel Proust.

Mine de rien, cette réforme du costume met un terme à plusieurs siècles d’oppression, celle du bas par le haut. Les canons de la beauté du corps qui sont en train de disparaître ont été fixés au Moyen Age. Ils obéissaient alors à un code moral et symbolique: le haut était noble, le bas ignoble. En vertu de quoi le haut était montré et le bas caché. Suprématie du visage et de la poitrine. Enfer des jambes. «La nature induit les femmes et les hommes à découvrir les parties hautes et à cacher les parties basses, parce que les premières comme siège de la beauté doivent se voir, et il n’est pas ainsi des autres, étant seulement le soutien et la base des supérieures», écrivait Firenzuola dans ses Discours sur la beauté des dames. Et une mère déclarait à sa fille dans un dialogue de la fin du XVIe siècle: «Quel besoin de se soucier des jambes puisque ce n’est pas chose qu’il faille monstrer?» La Belle Epoque rompt avec un corps en pièces détachées. Peu à peu, il apparaît dans son entier, dessine une seule ligne, et cette ligne est belle. Ce qui semble peu de chose est immense, un changement dans la civilisation.

Le premier conflit mondial précipite les choses. Les hommes sont au front, les femmes au turbin. La société a autre chose à faire qu’à se soucier du regard des uns sur les mollets des autres, quand elles se rendent à l’usine ou au bureau. Raccourcir ses ourlets n’a rien à voir avec le souci de plaire. Ce serait même tout l’inverse: une austérité en temps de guerre. Seulement, avec la fin des hostilités, il n’est pas question de rallonger. Puisqu’on s’est habitué aux chevilles, on se fera bien au mollet. Puis au genou. Les jupes remontent, centimètre par centimètre. C’est chaque fois un petit gain d’aisance, une plus grande souplesse, une meilleure allure. Coco Chanel crée des vêtements pour «une femme active ayant besoin d’être à l’aise dans sa robe». Les journaux féminins vantent «l’art de travailler en demeurant une femme élégante». Femmes et hommes s’habituent à se regarder. Dans ce nouveau partage des rôles, ils sortent gagnants, les uns et les autres. A elles leur part de travail. A eux leur part de beauté. Dans l’entre-deux-guerres naît une ligne du corps masculin aussi digne d’adoration que celle du corps féminin.


1961, les jambes d’Audrey Hepburn et les jambes vues par Dim dans les années 70.

Tout cela ne va pas sans lamentos, menaces de décadence et promesses d’apocalypse. Mais rien n’y fait. En 1962, un an après l’invention de la pilule, l’Anglaise Mary Quant met en vente à Chelsea ses premières minijupes. Bientôt, Charles Denner-François Truffaut pourra célébrer les jambes compas. En un peu plus d’un siècle, l’Occident est passé, littéralement, cul par-dessus tête. Comme l’écrivait le poète Philippe Soupault, dans Votre beauté, en 1935: «A qui fera-t-on croire que l’esthétique féminine n’est pas un des symptômes les plus marquants de l’évolution de la civilisation?»


Les jambes des femmes
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