Rankin & Coco de Mer in « X »

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A rendez-vous at La Pagode, Paris, to assist to the french première of « X » a video created for Coco de Mer by british photographer Rankin.

Co-Founder of Dazed & Confused and AnOther Magazine (with Jefferson Hack) and in 2011 of The Hunger, Rankin work with a full team of creatives and technicians till January on this project for Coco de Mer.

Coco de Mer is a luxury erotic lingerie brand created (and sold in 2012) by Sam Roddick daughter of Body Shop founder Anita Roddick.

Coco de Mer « X » is a video showing bold women enjoying lingerie, fantaisies and eroticism for themselves first with no boundaries. The video is as a frenzy successions of NSFW images, beautiful bodies, colorful, dynamic with a catchy music. The frenzy rhythm is as our times (?), like a digital carousel in which we go through, like a long animated GIF. In fact one might wonder whether if a 2:30 video is not a big too long?

Very pleasant, but nothing subversive as we would have wished. A good part is that the video seems to hide subliminal stimuli. We are not aware but after seen it and with Coco de Mer, we gonna think of sex more than the usually every 6 seconds a day says the epileptic video and we like that!

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Below some snapshots of the video

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During a chit-chat with M. Rankin

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‘X’ – Coco De Mer from RankinFilm on Vimeo.
Visit Coco de Mer website here

Peau neuve #4 | La notion du « vide »

 

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« I understand why European people take my creations as very Japanese. It is probably because if you see a creation as a whole, as 100 percent, I will always try to finish before arriving at 100. This five, seven, or ten percent we call empty or in between or uncompleted in Japanese. It’s when you go to shut a window or door and leave a space. We need this space, so I design space. Space has always been very important in Japanese traditional art of every genre »

Extrait de l’interview de Yohji Yamamoto pour le magazine en ligne The talks Août 2011 (Ici)

« We need this space, so I design space. »

Dans sa réflexion sur la notion d’espace, la notion de « l’entre », le créateur Yohji Yamamoto, en employant le terme « design » (to design: Realization of a concept or idea into a configuration) pose la question de création, de conception du vide telle une matière première à part entière.

Une idée qui dans son discours parait comme dûe, logique et irréfutable, mais qui pourtant amène à réflexion.

L’espace vide étant ce qu’il est: étendue indéfinie, et ce qu’il n’est pas: objet concret, perceptible par la vue et par le touché, il est difficile d’imaginer le façonner de même sorte que le tangible.

Cependant, Yohji Yamamoto le pense et l’inclue. Il lui offre 5, 7 ou 10% d’ampleur, de liberté. L’inachevé prend alors une autre dimension, la volonté de ne pas arriver à terme, de ne pas donner le point final.

Un parti pris: celui d’offrir à son oeuvre cette étendue, cette infinité, de lui laisser son propre espace d’expression.

Celui de savoir « perdre le contrôle », de prendre conscience qu’il n’est pas de notre ressort de conclure, mais bien de laisser libre. De donner le pouvoir à cette entité qui dépasse les limites de la création docile.

Une sensibilité mise en avant dans les photographies de David Sims (ici) ainsi que dans celles de Nick Knight (ici) où l’ampleur sert de base, tel un support sur lequel le vêtement repose.

Le volume, comme sculpté dans l’espace et dans le temps, suit la ligne du travail de Yohji Yamamoto, celle d’un mouvement saisi, d’un instant « T », vivant et indomptable, rappelant l’œuvre d’Irving Penn pour Issey Miyake (vue ici).

Ci-dessous, Nick Knight pour Yohji Yamamoto

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Ci-dessous, David Sims pour Yohji Yamamoto

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L’immatériel, l’espace, le vide…

… des idées abstraites que l’artiste Yves Klein exposa à la galerie Iris Clerc en 1958.

« La spécialisation de la sensibilité à l’état matière première en sensibilité picturale stabilisée », une succession de pièces aux murs peints de blancs, dénuées de tout œuvre saisissable. (Concept repris en 2009 au centre Georges Pompidou avec l’exposition »Le symposium »)

L’artiste, dans sa représentation du vide, n’utilisa aucune allégorie. Il tenta de s’en rapprocher, avec humilité, sans essayer de le résigner à « être ».

Une mise en avant de l’espace à l’état brut, sans réalité matérielle, dans sa pleine nature contradictoire.

Un corps qui nous est proche, une entité sur laquelle nos gestes et nos regards reposent, et qui pourtant échappe à nos sens.

Plus concret que l’idée, plus abstrait que l’objet, un être libre non reconnaissable, impossible à concevoir hors du champ de la philosophie, de l’art conceptuel(1).

(1) Mouvement de l’art contemporain apparu dans les années 1960 et dont les origines remontent au « ready-made » de Marcel Duchamp (ici), attachant plus d’importance à l’idée qu’à la matérialisation de l’oeuvre.

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Galerie Iris Clerc lors de l’exposition

 Art conceptuel, le temps comme l’espace: le Wabi-Sabi

« 1. represents a comprehensive Japanese world view or aesthetic centered on the acceptance of transience

2. The aesthetic principal is sometimes described as one of beauty that is « imperfect, impermanent, and incomplete » — Urban dictionary

De même manière, le principe du wabi-sabi comprend la notion d’infini. C’est le temps, comme l’espace chez Yohji Yamamoto, qui apportera sa sagesse, son histoire et sa beauté à l’oeuvre. Une beauté imparfaite puisque sans échéance elle ne finira de se magnifier. Sa liberté seule la sublimera.

Un concept artistique reposant sur la modestie face à la nature, à l’univers, aux dimensions qui intriguent et fascinent. Les œuvres prennent une dimension spirituelle, tels des dons au temps, à l’espace, à ce qui, « plus que nous », existe.

L’importance ici n’est pas la finalité. C’est la vie, le chemin qui créé la noblesse.

Une philosophie sans espérance, libératrice, une sagesse rare dans une société dont le désir vise ce qu’il ne possède pas déjà, et plus que tout ce qui ne dépend pas de lui. (Cf: « Le bonheur, désespérément » – André Comte-Sponville)

Là est peut être dissimulée la raison pour laquelle l’espace et le temps sont, pour beaucoup, considérés comme le plus grand des Luxe…

Lucien Clergue, R.I.P

Lucien Clergue, décédé ce samedi était l’ami des plus grands (Picasso, Cocteau…), Edward Steichen lui fera découvrir l’Amérique à l’aube des années 60 et son œuvre prendra son envol.

Un travail photographique dont les nus sont empreints d’une certaine naïveté, d’un véritable amour de la nature et de la courbe féminine. Des photos sans ambition subversive où l’osmose des corps avec leur environnement naturel étonne et séduit. Des angles de vue qui mettent en valeur les pleins et les déliés du corps et  dont la composition suggère toujours un résultat très graphique où se mêlent courbes, angles et jeux de symétrie

Oscar Niemeyer, l’architecte brésilien avait dans son bureau une photo appartenant à la série ci-dessous réalisée par le photographe arlésien, représentant des bustes nus allongés flanc à flanc au bord de la mer. Les courbes de ces nus étaient en parfaite harmonie avec les lignes de l’architecte brésilien à l’origine de la capitale Brasilia.

Ci-dessous, Géantes d’Italie, Lucien Clergue

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A comparer aux courbes du théâtre populaire de Niteroi, Brésil par Oscar Niemeyer…

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Ci-dessous, vue de la structure de la Cathédrale de Brasilia dessinée par Oscar Niemeyer, shootée par Lucien Clergue , 1962-1963

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A comparer avec les graphiques compositions de la série Zebra, Nude Zebra-1, Lucien Clergue, 1998

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Les Moteurs Esthétiques

Des beautés numériques au stylisme ultra élaboré, aux prises des vues qui sonnent justes, à l’esthétisme prenant.

Des juxtapositions d’images, des couleurs mêlées avec ingéniosité, une photogénie évidente, une élégance du noir et blanc.

Coffee and Cigarettes, Jim Jarmusch

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The Limits of Control, Jim Jarmusch

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La Piel Que Habito, Pedro Almodóvar

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Etreintes Brisées, Pedro Almodóvar

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Twin Peaks, David Lynch

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La Famille Tenenbaum, Wes Anderson

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Laurence Anyways, Xavier Dolan

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Ed Wood, Tim Burton

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Dead Man, Jim Jarmusch

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Papier Glacé, un siècle de photographie chez Condé Nast

Ci-dessous au centre Olivier Saillaird, à droite Xavier Romatet (président de Condé Nast France)

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Ce mercredi 26 février 2014, s’est tenu l’inauguration de l’exposition « Papier glacé, un siècle de photographie de mode chez Condé Nast ».

Cet événement, réunissant toute la presse parisienne, a pour principe d’exposer des premières images de photographes réalisés au début de leur carrière, de 1918 à nos jours. De Helmut Newton à Edward Steichen en passant par David Sims, Guy Bourdin, Peter Lindberg, Patrick Demarchelier et bien d’autres. Cette exposition se veut une fenêtre sur la construction et l’affirmation d’un style propre a chacun de ces artistes. Elle est aussi l’occasion de découvrir ou de redécouvrir le travail de pas moins de quatre-vingt photographes de mode.

Les photographies sont accompagnées d’une dizaine de créations de couturiers, d’une cinquantaine de magazines exposés sous vitrine et organisés de manière thématique à travers quatre petits salons. Sur un grand écran, sont projetés des films contemporains, l’avenir de la photographie de mode?

Ci-dessous, Baron Adolf de Meyer (1868-1946), premier photographe officiel du Vogue américain, février 1921 – Jeanne Eagel, robe de la Maison Chéruit

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Ci-dessous, Baron Adolf de Meyer (1868-1946), Vogue américain, juillet 1919 – robe Frances

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Ci-dessous, Terry Richardson (né en 1965), Vogue anglais, 1998 – robe Yves Saint Laurent Haute Couture

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Ci-dessous, Madeleine Panizon, capuchon d’automobile ou d’avion, 1925

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« Cet événement est organisé à un moment où le monde est gouverné par l’instantané. Le traitement de l’image auquel nous sommes attachés est intemporel. Il montre que la façon de créer de belles histoires dure. La vocation de Condé Nast est de ne pas céder à la pression du temps, tout en restant en accord avec l’époque. De montrer mois après mois, partout dans le monde, surtout en France, que ce que nous faisons s’inscrit dans la durée et peut être vu et revu. Le but étant de parcourir de belles images à travers cent cinquante photos modernes, créatives et passionnées par la femme. » précise Olivier Saillard, directeur du Palais Galliera.

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Ci-dessous, Sølve Sundsbø (né en 1970), Vogue italien, mai 2008

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Ci-dessous, Herb Ritts (1952-2002), Lei, décembre 1984 – Nickolas Murray (1892-1965), la danseuse Mlle Desha, Vanity Fair, avril 1921 – Franco Rubartelli, Veruschka, Vogue américain, juillet 1966

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« La vocation de Vogue va au-delà, en soutenant la création contemporaine. Condé Nast a pris un certain nombre d’initiatives pour soutenir la jeune création, pour aider, glorifier et valoriser la mode dans le monde. C’est dans cet esprit que nous avons décidé de soutenir concrètement la création de maison de mode par l’intermédiaire de la création d’un fond. » déclare Xavier Romatet.

« L’objectif de ce fond est d’aider les équipes du musée à acquérir des œuvres, pièces et photos qui vont venir enrichir et donner une dimension patrimoniale à l’oeuvre de ce musée. Il permettra également de rendre ces pièces accessibles au plus grand nombre, car aujourd’hui la mode se veut populaire et accessible auprès d’un public qui se veut quant à lui plus large. » ajoute-t il.

Le lancement du Vogue Paris Fashion Fund, aura lieu le 9 juillet prochain lors d’un dîner de gala réunissant maisons de mode, créateurs, collectionneurs et clients du monde entier. Ce dîner sera un événement phare de la scène mode parisienne, en pleine période des défilés Haute Couture. L’objectif sera de récolter 100 000 euros par an afin d’acquérir de nouvelles œuvres ainsi qu’un soutien considérable pour la nouvelle génération de créateurs.

Les premières acquisitions seront exposées dès le mois de novembre 2014 au Palais Galliera.

Ci-dessous, Twiggy par Richard Avedon, Vogue américain, août 1967 – à gauche robe de Geoffrey Beene

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Ci-dessous, Peter Lindbergh (né en 1944), Vogue italien, mars 1989

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Ci-dessous, Hans Feurer (né en 1939), Vogue français, mars 1973

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« Papier Glacé, une rétrospective d’un siècle de photographie de mode chez Condé Nast »

Du 1er Mars au 25 Mai 2014 au Palais Galliera.

Curatrice de l’exposition : Nathalie Herschdofer

Inspiration? Sérendipité et curation du néant

Comment passe-t-on de la campagne été 2014 de Kenzo (ci-dessus), fortement empreinte de surréalisme, à une série de pochettes hantées par les toiles de René Magritte, du groupe new-wave-art-rock des années 80 Talk Talk…

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… puis aux tableaux Le siècle des Lumières (1967) et Shéhérazade (1947) de René Magritte?

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À l’aube du XXIe siècle nous sommes tous des curators…

Naviguer sur internet… Suivant les lois de la sérendipité, les images surgissent s’enchaînent, chaotiques, obéissants aux froids algorithmes, nous voilà submergés. Les outils nous bercent d’illusion créatives, nous créons des collections… d’images. En fait nous ne faisons que classer, simple activité administrative. On « tag », on « pin » fièrement tel un bon petit ouvrier de la Matrice, commissaires d’exposition de notre propre show sur la Toile. Tous curators…

Peut-on donner du sens à notre boulimie iconographique et visuelle?

On néglige souvent le fait de créer du sens aux agencements que l’on crée (ou alors on ne sais pas comment). Il faut un réel engagement pour que les images se rencontrent avec une signification. Cette navigation has(hard)euse peut à la fois être dérangeante ou heureuse, tout dépend du point de vue où l’on se place. Je me souviens d’une recherche récente sur une jeune créatrice d’objets de luxe qui me renvoyait systématiquement les images des ébats d’une actrice porno… Cohabitation délicate.

Stop ou encore?

Comment sortir de cette spirale exploratrice? comment éviter de naviguer au hasard, d’image en image en espérant trouvant l’île au trésor? Dans curation il y a le mot cure (guérison). Comment se soigner de cette envie frénétique d’organiser à des fins non réellement définies les iconographies? Apprendre à naviguer, à créer une méthodologie afin d’éviter le piège grisant de trouver ce que l’on ne cherche pas et qui tout à coup revêt un caractère primordial.

Retour au réel, ma brève déroute nocturne, de Kenzo à Magritte, avec comme fil rouge le Surréalisme, porte mon regard sur le magazine surréaliste Permanent Food (photos ci-dessous), créé par l’artiste italien Maurizio Cattelan et Paola Manfrin, que j’ai reçu il y a peu de temps.

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La revue (réincarnée en Toilet Paper en 2010) compile des photos glanées dans les magazines et mises en regard sur chaque double page. Aucun crédit, aucune référence, tel un moteur de recherche manuel, les images s’entrechoquent, en apparence au hasard, de manière brutale, poétique ou ironique. Même aléatoire, d’après l’artiste, la démarche n’est pas dénuée de sens artistique et les calculs sémantiques des moteurs de recherche actuels n’en sont pas encore à ce niveau de sophistication. Chaque page tournée nous interroge, provoque notre intelligence, voire nous inquiète car on redoute la prochaine association… On peut établir un parallèle avec le travail de Raymond Depardon (ici) réalisé entre 2004 et 2010 et celui des Google Street View. L’un est intentionnel, l’autre systématique, à sujet identique résultat différent.

La sélection d’image de Permanent Food, parce qu’elle est manuelle et donc forcément engagée (elle fait écho à un choix) est hautement plus disruptive qu’un moteur de recherche avec Safe Search désactivé…

Nos sérendipités et nos classements sur les board à succès sont malheureusement loin de provoquer de tels émois, faisant de nous des curators du néant.

Antonio Lopez | Album privé

Grace Jones

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Antonio Lopez dit Antonio était styliste, ami de Karl Lagerfeld. Illustrateur de mode phare, au style protéiforme, de la fin des années 60 jusqu’à  sa mort en 1987 et photographe, ami de Bill Cunningham. On pourrait ajouter à cette liste d’habiletés celui de découvreur de talents. Pat Cleveland, Jessica Lange et Jerry Hall sont parmi les vedettes qu’il a révélés, lui qui photographiait tout le monde tout le temps.

Il se disait volontiers Pygmalion: « C’est vrai, je suis toujours en train de chercher une fille qui m’inspire, qui dégage un air de sensualité que je pourrai façonner jusqu’à  l’idéal » ou encore « (…) Je cherche toujours une nouvelle manière de dessiner une femme. Une ligne, un pli, une forme me suffit. Je souligne, j’exagère, j’accentue et quelque chose de nouveau se crée. Je la modèle je ‘l’exploite’ donc, mais en échange je lui apprend l’art du maquillage, de la coiffure, l’art de revêtir, de se tenir (…) et de faire vivre les vêtements qu’elle porte. Je la transforme totalement, et en général, cela lui réussit. »

Cette série de nus fait avec un Instamatic 100 rassemble quelques-uns des modèles de ce héraut de la jet set, ce « Million dollar babie’s man » comme le surnommait la presse américaine d’alors.

Betty Davis

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Nina

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Anabelle

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Betty Downs

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Jane Forth

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Patti d’Arbanville

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Les illustrations d’Antonio Lopez sur style.com

 

« Mur-Mer », une photo de Sarah Le Guern

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Trois lignes, dégradé de couleurs terriennes, strates géologiques séparant la mer d’un espace blanc, un mur(?) immaculé, à la lumière aveuglante comme les reflets du soleil sur la mer en été. Sarah Le Guern nous propose une lecture graphique et esthétique d’un paysage.

Aux trois-quart inférieurs, un espace vertical, fait de couches, somme de nos expériences de vie accumulées et choisies, s’oppose à l’horizontalité et la singlularité de la mer. Doit-on grimper ce mur de forteresse et y voir la mer en contrebas? Ou alors doit-on avancer sur plusieurs centaines de mètres pour y atteindre la mer?

Les repères tridimensionnels sont brouillés, l’horizon n’est plus et notre vision est ramenée sur un plan unique. Les plages de galets du Havre qui ont accompagnés sa prime enfance ont sans doute donnés à la photographe Sarah Le Guern des envies d’horizons… La mer symbole de l’immensité est réduite ici à la portion congrue. Les echelles sont boulversées, comme s’il fallait désapprendre pour avancer à nouveau.

Cette nature morte, « propre », aux lignes parallèles, témoigne d’un souci quasi-perfectionniste de la composition et du cadrage. Sarah Le Guern « dessine » avec son regard, des photos à l’esthétique rigoureuse.

Passer de la verticalité à l’horizontalité sont deux logiques différentes. Une liberté, un changement de cap comme les affectionne Sarah Le Guern depuis 14 ans qu’elle photographie les êtres et les paysages.

Elle crée une nouvelle géométrie de l’espace, nous donnant l’envie de briser de manière frontale le cours du temps, celui qui parfois, couche après couche, nous ancre.

Les photos de Sarah Le Guern, n’ont donc pas de limites, elles nous invitent à sortir du cadre, à nous dépasser pour aller dans toutes les directions, sans repères pré-définis.

Frontalité, approche du paysage
Galerie Vieille du Temple
17 octobre – 28 novembre

 

Hector Olguin at gallery La Joaillerie by Mazlo

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I met the photographer Hector Olguin a few years ago during a fashion week in Portugal. He is now living between Paris and Porto and was showing in Paris, last week, invited by gallery La Joaillerie by Mazlo (jewellery house since 1470), his new series of photos.

Main part of his work is about the body. Each photos take hours to obtain. Like a painter (the blur effect helps) with his model, Hector draw the movements and take hundreds of photos… Like a model in a fashion house spending hours for the fitting, the model repeat and repeat. The model is like a doll in a dreamhouse.

At the end of this « process », one shot is selected, very few post production (mostly for the colors), no cropping and « all with my Nikon D700 ! » Hector said.

I realiszed thaht all of his works is very close to fashion aesthetic, look at the importance given to color, accessories, make-up and outfits.

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Hector Olguin is invited till 30th of november

Gallery Joaillerie par Mazlo

31 rue Guénégaud – 75006 Paris

Images de l’amour

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Lara Gasparotto

Jusqu’au 2 juin se tient l’exposition Only you Only Me, images de l’amour, amour de l’image au Centre Wallonie-Bruxelles.

Je ne connaissais aucun des quatorze photographes et/ou vidéastes listés, hormis Erwin Olaf; ce dimanche en face du Centre Pompidou fut donc placé sous le signe de la découverte.

Parmi ceux qui m’ont le plus particulièrement ému Lara Gasparotto (née à Liège en 1989) capte ses amis dans leur quotidien et leur intimité, y pose un regard attentionné, voire amoureux. Il y a quelque chose de Nan Goldin que j’apprécie particulièrement dans cette série.

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Lara Gasparotto

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Lara Gasparotto

Chez Chrystel Mukeba, c’est l’évocation du temps qui passe, du regard attendri que l’on pose sur nos aînés vieillissants (elle à photographié sa grand-mère pour cette série), de l’absence à travers une nature morte qui m’interpelle.

Qui ne s’est jamais posé ces questions: « A quoi pense cette vieille personne assise en face de moi? », « Ressasse-t-elle des souvenirs de jeunesse? », « Quelle conscience du présent a-t-elle? » ou veux-t-elle simplement comme la Divine Garbo qu’on la « Leave me alone! »

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Chrystel Mukeba, Confrontations (2009-2011)

« Un seul être vous manque et tout est dépeuplé », écrivait Alphonse de Lamartine, dans son poème L’isolement. Il y a beaucoup de solitude et sans doute beaucoup d’amour dans les instants suspendus du photographe de renommée internationale, Erwin Olaf.
La tension qui règne dans ces intérieurs froids à l’esthétique de magazine de mode va de pair avec l’intensité des sentiments qu’expriment ses personnages suite à un amour perdu(?), un amour absent(?).

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Et que dire de la série intitulé Neige, du photographe Capitaine Longchamps (né en Belgique en 1953)?

Chaque personnage masculin du film « un peu d’amour » (1923) est recouvert de pointillés blancs évoquant la neige, méthode de prédilection de recouvrement et d’interprétation des images baptisée « neigisme » par le photographe. Elle donne à sourire de par son caractère un peu iconoclaste, mais ne manque pas de nous interpeller sur la place de « l’autre » dans la relation.

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Neige, 2010

La série d’Antonio Caballero, ci-dessous, est une de mes préférés. Le photographe mexicain saisi des instants à vive teneur dramatique, on croirait à des scènes de films latins où règnerait une haute tension entre les sexes, siège de la passion avec tous les ingrédients nécessaires: regards brûlants, guns, adultère et macho men.

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Antonio Caballero, « Revista Capricho » (1960-1980)

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Antonio Caballero, « Revista Capricho » (1960-1980)

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Antonio Caballero, « Revista Capricho » (1960-1980)

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Antonio Caballero, « Revista Capricho » (1960-1980

Que nous l’aimions ou la haïssions comme le disait André Gide, la famille et les souvenirs que nous créons avec elle, reste indispensable à notre développement. Plonger dans les albums de famille est souvent un moment riche en émotion. Que faire alors lorsque l’on est privé de ces « archives familiales »?

Le photographe Willy Del Zoppo, nous livre, à sa manière, une réflexion sur le temps qui passe. De vieilles photos de famille glanées dans divers marchés aux puces ou brocantes servent de support à son travail. Il met en scène ces anciennes photographies dans un nouveau contexte.
Ces photos dans leur nouvelle situation, ne demandent qu’à être « recueillies », « réappropriées » et ce dans une démarche solipsiste (soit les intégrer à la réalité, « l’existence certaine » de l’artiste) afin d’imaginer l’histoire de ces anonymes.

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Willy Del Zoppo, « Les Archives solipsistes », 2011

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Willy Del Zoppo, « Les Archives solipsistes », 2011

Pour clore l’exposition j’ai été fasciné par les vidos de Nicolas Provost. L’effet de répétition dans une œuvre artistique, que ce soit en musique, photographie ou peinture m’a toujours séduit.
Dans « Gravity », créé en 2007, Nicolas Provost juxtapose des extraits de vidéos issues de standards hollywoodiens. Tous ces extraits ont a trait avec l’amour (baisers et étreintes passionnées…). De par l’effet de scintillement provoqué par le montage, cette vidéo vient exciter notre regard. Les sourires, les corps à corps se répètent images par images mais ne sont en fait, jamais exactement les mêmes, tout comme en amour. « Gravity » à un effet hypnotique et stimulant comme lorsque l’on est sous le charme de l’être aimé.


« Only you, only me, images de l’amour, amour de l’image » (jusqu’au 2 juin)
Centre Wallonie-Bruxelles
127-129 rue Saint-Martin 75004 Paris