ON A VU ÇÀ: FUTURISSIMO A TOULON

Hyères en Provence accueille la Design Parade 2021 jusqu’à la fin du mois d’octobre. Depuis quinze ans, au sein de la Villa Noailles, ce festival qui cette année précède le Festival International de mode et de photographie est un moment de rencontres et de découvertes autour de l’architecture d’intérieur.

Stimuler la culture et le patrimoine toulonnais

Dans le cadre de cette manifestation, à quelques encablures, Toulon, la ville qui héberge le célèbre port militaire réserve l’Hôtel des Arts au Centre Pompidou, commissionné depuis cinq ans pour organiser des expositions dont les éléments sont issus de sa collection.

La Design Parade Toulon est cette année, consacrée à la vision utopiste du design italien de 1930 à l’aube du XXIe siècle. Cette exposition est l’occasion de parcourir à travers le mobilier, les arts de la table, l’architecture post moderne, les luminaires ou l’édition (…) une histoire du design italien.

Du mouvement rationaliste des années vingt aux prémices de Memphis des années quatre-vingt, il s’agit de (re)croiser et d’appréhender l’impact dans notre quotidien des grands noms de ces courants, de Gio Ponti à Gaetano Pesce, Joe Colombo à Ettore Sotsass…

Expo Courrèges

Le temps étant magnifique et propice à une flânerie matinale, j’ai jugé bon de faire un long détour par le Parc André Citroën. L’occasion, bien entendu, de prendre quelques photos de l’exposition dédiée au travail transversal d’André Courrèges. J’y suis allé immédiatement après avoir vu l’affiche le jour précédent, privilégiant l’effet de surprise.
À mon arrivée, les « nouvelles » aires de jeu pour enfants, dont j’ignorais l’existence, m’ont cruellement rappelé que je n’avais pas mis les pieds dans ce parc depuis des années… Mais quelques pas plus loin, à la vue des véhicules créés par Coqueline Courrèges, je compris que ce que je prenais pour une aire de jeu était en fait les sculptures du créateur !

EDIT 2014: La société André Courrèges novatrice, bousculant les codes dans les années 60 est aujourd’hui « en phase avec son temps »…  J’ai été sommé via son cabinet d’avocat de supprimer les photos prises lors de cette exposition en « plein air »…

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Sculptures ludiques et colorées, André Courrèges cite le peintre néerlandais Piet Mondrian comme une de ses références.

Ci-dessous, « Composition with Red Yellow and Blue », Piet Mondrian, 1927

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Séminartiste puis ingénieur des Ponts et chaussées, avant d’apprendre la couture chez Balenciaga, Courrèges à créé dès le début des années 60 un style sportif et futuriste. Il a contribué à l’essor de la mini-jupe et par son élan à su bousculer des institutions comme Yves Saint-Laurent ou Chanel.
André Courrèges qui à bannit le mot « mode » de son vocabulaire se définit volontiers comme un artiste, passionné par l’architecture, qu’il définit ainsi :

« Il n’y a pas d’architecture contemporaine, s’il n’y a pas de trait d’union avec le monde cosmique, c’est-à-dire avec le monde de Dieu. »

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Dynamisme… Le papillon, 1992

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Rigueur mathématique…

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Cette sculpture très constructiviste, me fait penser à deux sinusoïdes s’entremêlant sans fin ou à un long ruban replié sur lui-même tel un anneau de Moebius. Rien d’étonnant, quand on sait que le couturier est un inconditionnel des sculpteurs du mouvement artistique radical et géométrique Abstraction-Création (parmi lesquels on trouve Naum Gabo, Antoine Pevsner ou Alexander Calder).

Ci-dessous, Calder, Double Gong, 1953

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Ci-dessous, collection Printemps-Été, Courrèges-Calstelbajac, 1994

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Cette abstraction, ce désir du non-figuratif, se manifestera pleinement dans sa couture aux lignes pures.

Ci-dessous, silhouette Courrèges de 1965, photographiée par Fouli Elia

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Modèle « Quatre Cornes », Balenciaga, 1967

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La « simplicité » des lignes de Balenciaga imprègneront le jeune Courrèges pendant les dix années qu’il passa chez le Maître.

Suite de l’exposition

Poussin oreilles noires, 1990 (600 kg)

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Au premier plan, la souris rose, 1992 (1200 kg)

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L’insolent, 1990 (260 kg)

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Avis tout à fait personnel, cette dernière sculpture peut nous rappeler certaines réalisations du mouvement artistique Memphis ou encore l’architecture Art-Déco de Miami.
Ci-dessous, Peter Shire, fauteuil Bel Air (1982) – Memphis

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Ci-dessous, Ettore Sottsass, 5 totems – Memphis

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Ci-dessous, architecture Art-Déco à Miami

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Ci-dessous, les images du défilé-événement sur le thème « Tradition et Modernité », qui s’est déroulé à Kyoto au début des années quatre-vingt dix. 1000 invités triés sur le volet pour assister à un défilé défiant les règles du vêtement et projetant celui-ci vers la sculpture, cybernétique et cosmique…
(source l’Officiel, photos Hideo Fugii).

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J’avoue ne pas avoir été très sensible à cette exposition, autant je serais ravi de voir plus souvent la silhouette inimitable de Courrèges dans la rue autant ces sculptures m’ont laissées indifférents. Heureusement je m’étais réservé le meilleur pour la fin, les voitures de Coqueline. J’avais eu l’occasion de les voir dans différents ouvrages et il me tardait de voir en vrai ces véhicules d’un monde où l’écologie serait au centre de nos préoccupations.

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Exposition André Courrèges
Parc André Citroën – Paris
du 23 mai 2008 au 8 juin 2008

RIP Ettore Sottsass

ROME (AFP) – Le « pape du design » et architecte italien Ettore Sottsass, créateur de la célèbre machine à écrire « Valentine » pour Olivetti, est décédé lundi matin à l’âge de 90 ans à Milan, dans le nord de l’Italie, a annoncé l’agence Ansa.

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Le designer est décédé à son domicile d’une insuffisance cardiaque à la suite d’une grippe, selon la même source.

Une rétrospective de ses créations a été organisée à Trieste (nord-est) début décembre à l’occasion de son 90e anniversaire, le 14 septembre. Elle fermera ses portes le 2 mars. Intitulée « Je voudrais savoir pourquoi », l’exposition présente 130 oeuvres créées par le designer.

« J’aimerais que les visiteurs en sortent en pleurant, c’est-à-dire avec une émotion », avait-il déclaré à l’agence Ansa avant l’inauguration. Jusqu’à  la fin, il a continué à travailler dans son studio de Milan, dessinant notamment des maisons pour des particuliers.

Le ministre italien de la Culture Francesco Rutelli a salué, dans un communiqué, « un talent qui a duré un siècle » et un designer « qui n’a cessé de nous étonner jusqu’aux derniers jours de sa vie ».

Sottsass, né à Innsbruck, en Autriche, le 14 septembre 1917, a fait des études d’architecture à Turin (nord) et a ouvert sa première agence à Milan en 1947.

Il a participé à divers mouvements artistiques dont le plus célèbre, le groupe Memphis, qu’il a fondé en 1981.

Bibliothèque « Carlton » créée au sein du mouvement Memphis, 1981

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Designer consultant pour Olivetti entre 1958 et 1980, il avait notamment créé la célèbre « Valentine », une machine a écrire portative en plastique rouge qui devait devenir une icône du design.

La fameuse « Valentine » Olivetti

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« Le résultat heureux d’une erreur. Devant l’arrivée de petites chinoises bon marché, on cherchait un modèle allégé (…) et puis on a eu l’idée de la couleur, on a choisi une belle matière, et ce fut un succès », avait-il raconté dans une interview au quotidien français Le Monde en juin 2003.

Le designer à la natte de cheveux gris qui a notamment travaillé aux Etats-Unis où il devint ami avec le poète de la Beat generation Allen Ginsberg regrettait que cette machine qu’il voulait « populaire » soit « devenue la machine de tous les intellos du monde ».

Pour Olivetti, il a aussi conçu des machines à calculer ainsi qu’une dizaine d’objets de table pour le groupe italien d’accessoires de cuisine Alessi.

Il avait fait don d’une partie de ses archives au Centre Pompidou à Paris, de centaines de dessins et de photographies.

Selon ses dernières volontés, Ettore Sottsass sera incinéré mercredi (bien mercredi) et il n’y aura pas de funérailles religieuses.

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