John Giorno, des mots aux images

John Giorno pourrait être un lointain cousin de Stéphane Mallarmé, l’auteur de « Un coup de dés jamais n’abolira le hasard ». Adepte du collage il manipule lui aussi la lettre, les mots et de leur combinaison crée autre chose. Chez Mallarmé fond et forme sont intimement liés, les mots imitent les dés qui roulent, on est dans l’illustration. Giorno se libère de ces limitations. A l’aube des années 80, à l’opposé des artistes de son temps, Gysin ou Burroughs (inventeurs du cut-up), qu’il a rencontré et admiré, il « transversalise ». John Giorno supprime la frontière entre les mots, les images mais aussi le son et les objets.

John Giorno considère les poèmes comme des objets faits à partir d’objets-mots. Stéphane Mallarmé est un poète, John Giorno est un poète des arts visuels, l’apparence du poème est importante.

Démocratisés les moyens de production nous permettent aujourd’hui de publier et de clamer son message aisément sur différents supports, allant du virtuel au réel (blogs, tee-shirt, flyers, tote-bag, etc.). John Giorno à dès les années 70 créé le label Giorno Poetry Systems et transposé ses poèmes sur bande sonore (poésie sonore) sous forme de compilations, sur papier et sur tee-shirt. Les mots sont considérés à travers le sens qu’est la vue.

La poésie concrète de Giorno fait penser à des slogans.

Que pense John Giorno de la révolution numérique et de la prééminence annoncée des images sur les mots? Alors que la succession d’images sur Instagram font de celles-ci un élément constitutif d’une histoire. L’image devient mot et invoque la parole.

Giorno considère la typographie, la couleur, la peinture, la toile comme des moyens, seul le poème est la partie artistique. Il choisit la couleur, le nombre de colonnes de texte, la taille des caractères afin de mettre l’accent sur certains mots, de donner l’impression que ces poèmes sont hurlés, chuchotés… Il s’empare de la mise en page. Les filtres des logiciels de retouches d’images permettent aux créatifs la même démarche, ce sont des moyens de recherche de sens.

Notre quotidien est saturé d’images, de mots et de sons, tous ramenés au même niveau de conscience, prouvant que l’engagement artistique de John Giorno est plus que jamais d’actualité.

 

 

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Curation | Stéphane Mallarmé fan de mode

Stéphane Mallarmé le grand poète français, était un fan de mode. Entre deux livres, pendant ce laps de temps angoissant, Mallarmé se laissait aller à quelques divagations sur la mode.

Mallarmé est le créateur de la revue La dernière mode, gazette du monde et de la famille (disponible en réédition française et datant de 1978 aux editions Ramsay)., il en est aussi l’auteur unique ! Toutes les chroniqueuses, grandes faiseuses de l’autorité que sont Marguerite de Ponty, Olympe la négresse, Miss Satin ou Zizy sont les divers pseudonymes féminins dont il s’empara pour rédiger sa revue. Seul le directeur de publication sera un personnage masculin nommé Marasquin.

Passionné

La dernière mode, contient fort peu d’images, contrairement aux revues de l’époque. Le poète Mallarmé utilise son don pour l’écriture afin de raconter et dessiner la mode avec des métaphores, des mots précieux et luxueux.

Il porte également un soin attentif à la mise page et aux choix typographiques, préfigurant ainsi son travail sur le poème Jamais un coup de dés jamais n’abolira le hasard (1897).

Mallarmé rédigeait tout jusque dans les moindres détails, il s’intéresse au travail du tissu, aux fils, aux lexiques de couture… Passionné il a façonné 8 exemplaires de cette revue entre septembre et décembre 1874!

La revue d’origine comprenait des patrons grandeur nature et des lithographies à l’aquarelle. On ne sait pourquoi la revue stoppa net en cette fin d’année 1874 et fut reprise par la mystérieuse baronne de Lomaria…

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Première livraison (numéro spécimen), 6 septembre 1874, couverture. A droite, Toilette des premiers jours d’automne

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Deuxième livraison, 20 septembre 1874, couverture, Toilette de promenade

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Impensable aujourd’hui, une revue de mode contenant plus textes que d’illustrations ou de photos!

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Ci-dessus, la gazette et le programme de la semaine

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Dans colonne de droite, le troisième annonceur est la maison Doucet tenue alors par la mère de Jacques Doucet futur grand couturier et mécène du début du XXe siècle. Paul Poiret et Madeleine Vionnet passeront dans son atelier avant de fonder leur propre maison.