Madeleine Vionnet, Isadora Duncan et féminisme

ISADORA DUNCAN ET SA DANSE LIBRE À PROVOQUÉ MAINTS SCANDALES ET INFLUENCÉ NOMBRE DE COUTURIERS AU DÉBUT DU XXE SIÈCLE.

LES RÉFÉRENCES HELLENIQUES PRÔNÉS PAR LA DANSEUSE AMÉRICAINE SE RETROUVENT DANS LES DRAPÉS DE LA COUTURIÈRE FRANÇAISE MADELEINE VIONNET QUI PAR SON TRAVAIL DE LA COUPE EN BIAIS À SU PARMI LES PREMIÈRES, METTRE EN VALEUR LE CORPS FÉMININ.

TOUTES DEUX SERONT DES PROGRESSISTES DE LEUR TEMPS, L’UNE REVENDIQUANT LE DROIT D’USER DE SON CORPS LIBREMENT (ÊTRE FÉMINISTE ALORS COMMENÇAIT PAR LÀ), L’AUTRE EN METTANT EN PLACE DES INNOVATIONS SOCIALES AU SEIN DE SON ATELIER (CRÉATION DE CRÈCHES ET MISE EN PLACE DE SERVICE DE SOINS MÉDICAUX…).

ON PEUT ÉGALEMENT CITER  PAUL POIRET QUI À FAIT « TOMBER » LE CORSET.

POUR CÉLÉBRER LES 100 ANS DE LA MAISON MADELEINE VIONNET, UN CLIP À LA CHORÉGRAPHIE INSPIRÉE PAR LA FÉMINISTE AMÉRICAINE FUT RÉALISÉ.

EN 1968, VANESSA REDGRAVE REMPORTA LE PRIX D’INTERPRÉTATION FÉMININE DU FESTIVAL DE CANNES EN INTERPRÉTANT LE RÔLE D’ISADORA DUNCAN DANS « ISADORA » (THE LOVES OF ISADORA)

Curation | Stéphane Mallarmé fan de mode

Stéphane Mallarmé le grand poète français, était un fan de mode. Entre deux livres, pendant ce laps de temps angoissant, Mallarmé se laissait aller à quelques divagations sur la mode.

Mallarmé est le créateur de la revue La dernière mode, gazette du monde et de la famille (disponible en réédition française et datant de 1978 aux editions Ramsay)., il en est aussi l’auteur unique ! Toutes les chroniqueuses, grandes faiseuses de l’autorité que sont Marguerite de Ponty, Olympe la négresse, Miss Satin ou Zizy sont les divers pseudonymes féminins dont il s’empara pour rédiger sa revue. Seul le directeur de publication sera un personnage masculin nommé Marasquin.

Passionné

La dernière mode, contient fort peu d’images, contrairement aux revues de l’époque. Le poète Mallarmé utilise son don pour l’écriture afin de raconter et dessiner la mode avec des métaphores, des mots précieux et luxueux.

Il porte également un soin attentif à la mise page et aux choix typographiques, préfigurant ainsi son travail sur le poème Jamais un coup de dés jamais n’abolira le hasard (1897).

Mallarmé rédigeait tout jusque dans les moindres détails, il s’intéresse au travail du tissu, aux fils, aux lexiques de couture… Passionné il a façonné 8 exemplaires de cette revue entre septembre et décembre 1874!

La revue d’origine comprenait des patrons grandeur nature et des lithographies à l’aquarelle. On ne sait pourquoi la revue stoppa net en cette fin d’année 1874 et fut reprise par la mystérieuse baronne de Lomaria…

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Première livraison (numéro spécimen), 6 septembre 1874, couverture. A droite, Toilette des premiers jours d’automne

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Deuxième livraison, 20 septembre 1874, couverture, Toilette de promenade

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Impensable aujourd’hui, une revue de mode contenant plus textes que d’illustrations ou de photos!

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Ci-dessus, la gazette et le programme de la semaine

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Dans colonne de droite, le troisième annonceur est la maison Doucet tenue alors par la mère de Jacques Doucet futur grand couturier et mécène du début du XXe siècle. Paul Poiret et Madeleine Vionnet passeront dans son atelier avant de fonder leur propre maison.

 

 

Madeleine Vionnet | 3D et copyright

Une petite vidéo capturée ce week-end lors du dernier jour de la grande exposition consacrée à Madeleine Vionnet.

La coupe en biais inventée par Madeleine Vionnet apporte un tomber fluide au vêtement, le corps est « enveloppé » naturellement, sans contrainte, le corset est mis dé-fi-ni-ti-ve-ment sur la touche.
Outre sa maîtrise de la coupe, son travail est également basé sur la structure du vêtement et les formes géométriques de base (cercle, carré,…). J’ai même vu certains croquis agrémentés de formules mathématiques!

La première vidéo est une modélisation 3D simulant la réalisation d’une robe de la saison hiver 1920 et composée de quatre panneaux identiques (dite « robe quatre mouchoirs ») taillés dans le biais et d’une ceinture. Époustouflant de simplicité et d’ingéniosité.

« Finger prints of fashion », la seconde vidéo, évoque les problèmes de copyright qu’elle est une des premières couturière à aborder. Pour y remédier, elle mettra en place un système mêlant sur l’étiquette de ses créations, griffe, numéro de série et son empreinte digitale. Autre précaution prise par la maison Madeleine Vionnet, chacun de ses modèles est pris en photo de face, de côté et de dos, puis est archivé dans d’énormes classeurs. Elle sera à l’origine de la création de « l’Association pour la défense des Arts Plastiques et Appliqués » dont l’objectif est de protéger les intérêts de la Haute-Couture.

À la suite de l’exposition on comprend aisément que les principaux créateurs de mode vouent un véritable culte à cette visionnaire. De John Galliano qui affectionne si particulièrement la coupe en biais, à Pierre Cardin et son « obsession » du cercle géométrique, en passant par la fluidité chère à Azzedine Alaïa, voire le travail conceptuel d’Hussein Chalayan ou d’un Yohji Yamamoto, la liste est longue.


Rodolfo Paglialunga est le nouveau designer de la maison Vionnet depuis l’an dernier. Sa première collection Croisière est visible ici

A lire absolument, Madeleine Vionnet, puriste de la mode

Mercato d’hiver

Lu la semaine dernière dans la presse (Le Figaro), un état des lieux des directions artistiques des différentes maisons de couture. Force est de constater que cela a énormément bougé, que ce soit pour la mode homme ou la mode femme.

La tendance est d’intégrer sur la plus haute marche de la création non pas une diva, mais un créateur au profil « studio de création ». Chloé et Gucci avaient lancé la tendance, précise l’article ; en effet Phoebe Philo a remplacé Stella Mc Cartney et Frida Giannini a succédé à Tom Ford ; le mouvement s’est accéléré et d’autres maisons ont suivi (Calvin Klein…).

En plus de cette tendance de fond, une série de « transferts » se sont opérés depuis le début de l’automne, chamboulant la carte des DA des maisons de couture parisiennes ; ainsi on retrouve Paulo Melim Andersson chez Chloé (exit Phoebe !), le talentueux Olivier Theyskens chez Nina Ricci, Dai Fujiwara chez Issey Miyake, Giles Deacon chez Daks, Nicolas Andreas Taralis chez Cerruti, Sophia Kokosalaki chez Vionnet, Damian Yee chez Guy Laroche ou encore Peter Dundas chez Ungaro.

Plus dure est la situation de la mode masculine : plusieurs maisons ont en effet pris le virage du relifting, mais sans le succès connu par Dior Homme, hélas… Au vu du travail réalisé par Oswald Boateng chez Givenchy, ou encore Jason Basmajian pour ST Dupont, cela me semblait prendre bonne tournure, les lignes se modernisant, attirant de facto une nouvelle clientèle. Mais les résultats financiers n’étant pas bons, ou en tout cas pas assez rapidement bons, Franck Boclet a ainsi quitté Smalto, Oswald Boateng est sur le départ, Jason Basmajian a été remercié et Pierre-Henri Mattout est également sur le départ chez Dormeuil…

Les maisons de couture masculine ou féminine n’ont aujourd’hui plus le temps, ni l’argent, les résultats financiers doivent se voir quasi-immédiatement ; les créateurs ont donc pour mission de « générer du cash » le plus rapidement possible, sous peine de se voir remercier rapidement, et ce, quel que soit leur talent.

Dans un autre registre, mais concernant toujours les changements de créateurs, Irène Leroux a quitté Erès (groupe Chanel), LA marque de maillots de bain et de lingerie qu’elle avait créée en 1968. Elle sera remplacée par la styliste Valérie Delafosse. Il sera intéressant de suivre les nouvelles (?) orientations de style que cette dernière va y apporter.

Au milieu de ce constat, seule la maison LVMH et ses énormes moyens financiers peut se donner le temps de « recadrer » un John Galliano – avec le succès que l’on sait – et de redéfinir la mode masculine avec Hedi Slimane. Karl Lagerfeld et ses 24 ans chez Chanel fait figure de héros… génial héros, qui a su relancer, moderniser, recréer et propulser la maison de la famille Wertheimer. Quel créateur intégrant une maison peut « espérer durer » autant que lui aujourd’hui ?