ADELINE ANDRÉ, FALL 2010, HAUTE COUTURE, PARIS
DURANT TOUT LE DÉFILÉ L’ARTISTE RÉVÈLE UNE PRATIQUE INCESSANTE, OBSESSIONNELLE, DESSINANT UN RÉSEAU DE NŒUDS ET DE SUPERPOSITIONS DIAPHANES ET COLORÉES.

Ivoire, noir et gold pour des silhouettes longilignes. Des jeux de découpes, des entailles comme réalisées au laser mais de la fluidité pour cette collection n°2 très graphique. Des encolures profondes et des colliers en « V » exprimant sensualité et rigueur. Quand la Couture explore d’autres voies, une simplicité moderne et féminine, c’est chez Bouchra Jarrar que cela se passe. On adore !
Walter Van Beirendock, c’est un des premiers show que j’ai pu voir. Créateur un peu hors-circuit, je suis son travail depuis lors. Retrouvailles en backstages pour saisir l’atmosphère du défilé Read my skin.
Mannequins bear-style ultra-musclés, contrasté avec un style à la naïveté assumée. Accessoires très ludiques (voir le sac à dos crocodile, sur la vidéo à 1:14) et toujours ces messages de paix et d’espoir, chers au créateur, brodés dans un style jour de Venise sur les vêtements ou les accessoires. Les carreaux côtoient d’autres carreaux, les unis fréquentent les imprimés façon chintz pour un ensemble assez bigarré.
Dans les formes on trouve des tee-shirts ultra-moulants aux couleurs fluos, des combinaisons et des pantalons workwear aux immenses poches plaquées ou rapportées: so nineties, des vestes et des robes trapèzes couleur pastel.
L’ensemble résonne très fin de XXe siècle, l’impression que le temps c’était arrêté en 1997 lorsque dans les clubs on hurlait « techno! techno! techno! »…
Au lycée Turgot, sur un runway immaculé…
Sur une base de robe trois trous, FOB à créé plusieurs robes chasubles, tantôt à manches courtes, tantôt à manches longues et évasées, à encolure V ou carrée, à emmanchure américaine drapée.


Ces robes s’arrêtant à mi-cuisse créent une ligne graphique qui évoque quelque peu les sixties. Les quelques imprimés, d’inspiration fifties eux, oscillant entre Dubuffet, Miro ou Kandinsky ne font que renforcer ce côté rétro-moderne qui plane sur ce défilé.

Les tenues écrues, les lunettes d’aviateur ne sont pas sans rappeler un autre avant-gardiste de son temps : André Courrèges.


Ci-dessus: photo Douglas Kirkland, Audrey Hepburn en Courrèges, Paris 1965

Détail rétro-futur sur cette robe, un imprimé un peu rétro et un bas de manche thermo-soudé et thermo-formé(?) sorti tout droit d’une combinaison spatiale…


Détail en relief façon scarifications, sur les bottes et cette robe
Dans cette collection FOB à choisi beaucoup de soies et de crêpes, pour, je cite: « plus de fluidité et de confort ». Même sensation au niveau des chaussures, qui au premier regard semblent alourdir la silhouette mais qui une fois en mouvement se révèlent être composées de franges qui s’animent de façon « animale » et font twister l’ensemble de la silhouette.
Quant aux couleurs, sur une robe, un bleu très lumineux, très Klein, à retenu mon attention. Les quelques robes du soir (très « arty ») de ce défilé, celles de la fin de la vidéo ont un intéressant travail au niveau de la carrure.
Un très beau défilé pour conclure la première journée, le style FOB qu’il définit lui-même comme étant « graphique et pur » est en belle évolution, à suivre.
CETTE SEMAINE, MES DÉCOUVERTES TOURNENT AUTOUR D’UN SEUL HOMME: DIETER RAMS.

DESIGNER EMBLÉMATIQUE ET VISIONNAIRE DE LA MARQUE BRAUN IL DÉTOURNA LA MAXIME « LESS IS MORE » DE LUDWIG MIES VAN DER ROHE EN « LESS BUT BETTER ». IL FAIT PARTIE DE CES DESIGNERS ADEPTES DU MINIMALISME. J’AI RE-DÉCOUVERT DIETER RAMS LORSQU’IL A ÉTÉ MIS AU FAIT QUE JONATHAN IVE (CHEF DU DESIGN DES PRODUITS APPLE), S’INSPIRAIT FORTEMENT DE CES CRÉATIONS (VOIR ICI ET ICI).
CES DERNIERS JOURS JE ME SUIS DOCUMENTÉ SUR CE DESIGNER DE GÉNIE DONT LES CRÉATIONS SONT DÉSARMANTES D’ACTUALITÉ. VOICI QUELQUES LIENS POUR DÉCOUVRIR PLUS AMPLEMENT SON TRAVAIL.
HELMUT LANG, JIL SANDER, HUSSEIN CHALAYAN OU MARTIN MARGIELA ? IL MANQUE CHEZ EUX LA DIMENSION INDUSTRIELLE, LA PRODUCTION DE MASSE. CES CRÉATEURS RESTENT, MALGRÉ LEUR ÉNORME INFLUENCE, ASSEZ CONFIDENTIELS.
INNOVANT, UTILE, ESTHÉTIQUE, COMPRIS/ACCESSIBLE PAR LE PLUS GRAND NOMBRE, DISCRET, HONNÊTE ET DURABLE, LES CRÉATIONS DU PROVOCANT CALVIN KLEIN SEMBLENT RESPECTER LA MAJEURE PARTIES DES DIX RÈGLES DU GOOD DESIGN » CHÈRES À DIETER RAMS.
POUR SA COLLECTION HOMME PRINTEMPS-ÉTÉ 2010, JUN TAKAHASHI STYLISTE D’UNDERCOVER SE DIT FORTEMENT INFLUENCÉ PAR LA TRAVAIL DE DIETER RAMS.
© PHOTO VITSOE

Quelques années après avoir partagé (à un an d’intervalle) la même école de mode, j’ai eu l’occasion de retrouver Jérôme Dreyfuss. L’homme n’a pas changé, toujours la même décontraction apparente, le sourire et un bon accueil.
Retrouvailles et interview au sein de son showroom parisien, un espace sis dans le XIe arrondissement où batifolent Billy, Francky, Twee et leurs amis sacs, soit environ « cent sacs au mètre carré »…
L’interview se concentre sur deux thèmes. Le premier, traite du label Agricouture lancé par le créateur en 2006 et qui s’ancre parfaitement dans la révolution « Slow », favorisant l’artisanat local et la recherche de la qualité, pour un produit avec une âme, l’anti fast-fashion. La seconde partie (billet suivant) est axée sur ses rapports avec la mode, les blogs et un hypothétique retour dans l’habillement.
A few years after sharing (one year apart) the same fashion school, I had the opportunity to meet Jerome Dreyfuss for an interview. The man has not changed, always the same apparent relaxation, home simple and straightforward. Homecoming and interview in his showroom, a space located in the eleventh district of Paris where Billy, Francky, Francky, Twee, and the other bags (approximately ten bags per square meter) enough to make all these crazy ladies …
The interview focuses on two themes. The first, developed today, deals with the Agricouture label launched by the designer in 2006 and well anchored in the Slow revolution, promoting local crafts and the pursuit of quality for a product with a soul, the anti fast-fashion. The second part (published tomorrow) is more focused on his relationship with fashion, blogs and a hypothetical return to the clothing business.
Retranscription de l’interview (french text version)
C’est un peu compliqué. Agricouture est un engagement que j’ai pris envers mes clients. Je leur donne la garantie que les animaux que nous utilisons proviennent de la terre où ils vivent libres, ce qui est quelque chose de vraiment important. Ils ne vivent pas enfermés. Ils peuvent courir dehors, manger normalement. Je garantis aux clients que nous faisons le maximum pour éviter d’utiliser des produits chimiques lorsque l’on tanne la peau. Nous garantissons aussi que l’eau utilisée pour tanner la peau est recyclée ce qui est très important. Les choses ont changé en dix ans, quand j’ai commencé à travailler le cuir toutes les usines ne recyclaient pas l’eau. En 2012, je pense qu’ils seront tous obligés de le faire. Au début, aucune d’entre elles ne le faisait et il était difficile de trouver des usines qui souhaitaient recycler l’eau et ne pas rejeter la pollution hors de l’usine. Fondamentalement, c’est la garantie que je donne à mes clients.
Je ne travaille que dans de très petites usines en Belgique, au Maroc, en Tunisie, au Portugal et en Espagne. Malheureusement pour nous, toutes ces industries ont disparus en France. Je travaille avec des petits « ateliers » et – comme j’aime à le répéter – avec quelques vieux artisans qui connaissent vraiment le travail. J’aime collaborer avec ces personnes car j’apprends beaucoup avec eux. C’est important de continuer à travailler avec ces petites entreprises pour d’apprendre d’eux, et qu’il puissent transmettre leurs connaissances à d’autres. C’est vraiment ce qui fait le luxe français, donc je pense que mon rôle est de travailler de cette façon.
Je pense. Je ne suis pas sûr qu’ils vont communiquer à ce sujet, mais je suis sûr qu’ils le feront un jour parce ils seront obligés de le faire. Nous allons avoir des lois pour obliger les gens à travailler avec des produits propres. Donc, tout le monde va s’y mettre lentement. Les gens continuent à me parler d’agricouture, apparemment j’ai été l’un des premiers à utiliser ces matériaux et ces techniques. Maintenant, je vois quand je voyage je vois d’autres entreprises qui utilisent aussi ce type de produits, ce que je trouve bien. Je ne veux pas être le seul à le faire. J’espère que tout le monde suivra. Je suis sûr que les grandes entreprises s’y mettront aussi, mais pour elles cela exige beaucoup d’organisation et de modifications des usines, ce qui prend du temps. C’est plus facile pour moi parce que j’ai une entreprise plus petite.
Je trouve l’inspiration en regardant ma femme et mes amis. Je m’intéresse à l’architecture des années 30 aux années 60. Je suis surpris par des gens comme Noguchi, George Nelson, ou Jean Prouvé. Ces gens ont essayé de fabriquer des meubles pour le grand public. Ils ont essayé de faire en sorte que tout soit pratique et facile, c’était un peu les débuts des meubles slow. L’objet doit être pratique et bon marché. Je suis épaté par ces designers. Quand je crée un sac, je pense toujours à ce que ma femme et mes amis mettraient dedans. Je le fais en fonction de ce dont ils ont besoin de mettre l’intérieur. C’est pourquoi il y a beaucoup de poches et toujours une petite lampe à l’intérieur. J’essaie de rendre la vie des femmes plus facile, ce qui est vraiment très dur!
Non, je ne m’intéresse pas vraiment à la mode. Avant je m’y intéressais plus, j’en rêvais. Mais je ne pense pas qu’elle soit créative aujourd’hui. Il ne se passe pas grand chose dans le monde de la mode aujourd’hui. C’est devenu un gros business et je ne suis pas intéressé ni par Madonna, ni par Mariah Carey, ni par le reste.
Plus maintenant. Je l’étais quand j’avais 20 ans, aujourd’hui j’ai 30 ans et je ne suis plus du tout fasciné par ces gens. Ce ne sont pas de vraies personnes, tout est faux, les seins sont faux, leur bouche est fausse, leur voix est fausse. Je préfère les choses réelles. Je travaille beaucoup avec des jeunes artistes. J’ai une bande d’amis qui sont peintres ou artistes. Ils sont plus créatifs que quiconque dans la mode, et ils m’inspirent beaucoup. Ils n’ont pas la pression que nous avons dans la mode, où nous avons tous besoin d’être dans la tendance, bla bla bla, et toutes ces choses stupides. Je me fiche de tout ça. Je préfère me recentrer sur mes émotions et essayer simplement de séduire les femmes.
(Suite demain)
Logos Agricouture
À lire (read more)
Sur Buzz2Luxe, la tendance Slow
Sur Cubed.tv, le Slow Manifesto
Le site de Jérôme Dreyfuss
Big up à Alex Very pour le montage vidéo, Katja Graisse et Céline Bastière pour la retranscription en français de l’interview.
On les aime ces boutiques où la cliente peut prendre le thé en faisant son shopping, profiter du cadre très apaisant du lieu, murs blancs et bois clair, saisir un peu de ce temps suspendu.
Attiré par la tenue très « années 20 » d’un mannequin Stockman au fond d’une cour, c’est ainsi que je me suis retrouvé dans la boutique de Limi Feu, la créatrice « fille de » dont on a pas mal entendu parler ces derniers mois.
Comme Yohji Yamamoto, son père, elle sait rendre hommage aux périodes passées, comme chez lui le noir est de rigueur, les gros plis, les fronces et cette coupe si particulière au créateur japonais. Mais Limi Feu marque sa différence, c’est ce qui vous fait rester dans la boutique pour en voir plus. Des voiles, des formes plus féminines, voire ludique, des jupes courtes plissées généreusement leur donnant alors un beau volume, des top XXL en fine maille découvrant cou et épaule, un style punk-arty-chic, que l’on peu rehausser d’accessoires (mini sacs, mi-bas ajourés, etc.).
Avec Limi Feu on a l’impression de continuer une histoire, celle du style Yamamoto, qui se réactualise et s’adapte avec discrétion à son époque, traverse les époques, indémodable.



Limi Feu « Paris home » – 13, rue de Turbigo – 75002 Paris
Je pensais récemment au concept de la beauté, à la définition d’un chef-d’œuvre et toutes ces choses. Posé à mes côtés un magazine de mode annonçait un « spécial beauté » avec une couverture des plus morbide… Qu’est ce qui fait que l’on trouve une robe, une paire de chaussures, un manteau ou tout autre vêtement beau ? Je ne parle pas du vêtement porté, mais de celui que l’on voit en vitrine, sur un portant, en photo dans une revue, un vêtement qui exhale la beauté par sa seule présence…
Ci-dessous nulle explication, juste une expérience, du vécu.
Ce jour-là au sortir d’un rendez-vous je m’engouffrais dans la boutique sise au 213, rue Saint honoré, pour flâner. Arrivé au premier étage du concept store parisien, je tombais en arrêt devant une robe que j’attribuais à quelque créateur japonnais. Gris anthracite, toute en bandelettes sculptant la silhouette, sa conception, sa modernité me confortait dans mon choix. Quelques pas et je vis une veste appartenant à la même collection, bandelettes enroulant le corps, pas de boutons, une ligne simple, un zip discret, à côté la jupe complète le tailleur, toute en rubans modelant la taille, les hanches et les cuisses, pas de détails inutiles, une construction complexe qui ne laisse voir que simplicité, élégance et suscite le désir : beau.
Automne-hiver 2009 (c) vogue.fr

Il y a quelques années, alors que j’achetais ma place dans un cinéma d’art et d’essais du quartier Beaubourg je me retrouvais nez à nez avec ce drôle de monsieur qu’est Alber Elbaz. Il venait juste de quitter la maison Saint Laurent où son passage n’avait apparemment pas fait l’unanimité (puisque remplacé par un designer radicalement différent en la personne de Tom Ford). Il semblait si fragile dans ce petit cinéma de quartier, me dis-je, des tonnes de talents et de sensibilité en sourdine, comme sous cloche, attendant le moment propice…
Je me décidais enfin à regarder l’étiquette : Lanvin bien sûr ! Quelques jours avant j’avais acheté le livre Lanvin de Dean L. Merceron.
Il y a maintenant chez Alber Elbaz de l’assurance, quelque chose de paisible, de la maîtrise. Avec le départ de M. Saint Laurent, Alber Elbaz serait ainsi le garant d’un prêt-à-porter de luxe sans spectacle inutile, sans heurts et sans concept touffu et confus, juste la recherche de la « beauté », ce que certains appellent le luxe à la française.
On dit souvent de Karl Lagerfeld qu’il est la réincarnation au masculin de Mademoiselle Chanel, même goût de l’exposition médiatique et des mondanités. On pourrait en dire de même pour Alber Elbaz et Jeanne Lanvin qui ont en commun le goût de la discrétion et du mystère, avec pour résultante, la même ignorance de la part du grand public, alors que le talent est identique.
On pourrait en rester là, mais la marque se projette et noue des partenariats fort intéressants qui l’éloignent par la même de tout risque de mémérisation, tentant lorsque l’on crée des nouveaux classiques dans l’ombre.
Tout d’abord un positionnement plus que réussi sur le marché des sneakers de luxe en proposant des chaussures « so dope »(1) dessinées par Lucas Ossendrijver, designer de l’Homme Lanvin ou encore lancement d’une ligne de jean (très attendue) en collaboration avec la marque suédoise « so hype » Acne: Lanvin (love) Acne. La dernière campagne de communication est, à mon sens, très bien aussi, abandonnant les symétries ou les déformations du corps des campagnes précédentes.
Sneakers « à tomber », (c) photo Mathieu Lebreton

Lanvin (love) Acne, collection « jean » pour homme et femme

Printemps-été 2009, prêt-à-porte de luxe narcissique sur un canapé lacéré… Attention rien est acquis semble signifier la photo.

Pour finir, deux visuels montrant que le travail de bandelettes chez Lanvin est depuis longtemps inscrit dans l’histoire de la maison.
Brimborion (1923), Jeanne Lanvin lacère et réactualise les manches d’un kimono

Brimborion (que l’on pourrait traduire par robe de « peu de rien ») revue pour l’automne-hiver 2005, sensualité a fleur de peau par Alber Elbaz

Actuellement chez Lanvin tout est Beau.
Et si vous avez manqué les photos du Préfall 2009, çà continue ici
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(1) Kanye West, ici