PFW | Lanvin par Lucas Ossendrijver

Elles sont empreintes d’une certaine densité romantique les silhouettes de Lucas Ossendrijver. Ces jeunes hommes, hippies modernes vont dépoitraillés, cultivent une subtile élégance négligée, voire « wabi-sabi ». Faux-froissés, grattés (ah ce manteau couleur lie de vin!), patchworks, ces tissus ont eu une vie avant nous. Ces garçons n’ont pas une « attitude » mais une « dégaine », furieusement enviable.

Manteaux aux manches trop longues, chemises à demi-rentrées, ceintures négligemment nouées. Des blousons, comme rapiécés, aux boutons dépareillés, comme chinés, précédent des manteaux amples et sobres. Cette collection exprime une certaine liberté, comme ces bracelets semblants faits de simples chutes de tissus tressés et flottants autour du poignet ou encore ces cols à bords francs, effilochés.

Une espèce d’insouciance déconnectée du brouhaha quotidien fait de layering (on superposerait les vêtements que l’on trouve dans l’armoire) et d’un métissage de tartan et de damier. Il y a quelque chose de « WTF chic » de « DIY chic » dans cette collection. A quoi bon paraître? Faisons avec ce que l’on a et au besoin customisons avec une surpiqure ou un biais afin de surligner la silhouette.

Le mélange de matières, de couleurs et les volumes oversize proposés outre d’être les codes du designer sont rassurants et prouvent que par delà les « effets », ces critères sont l’essence même de la création de vêtements.

Cheveux au vent, ces bohémiens de luxe semblent faire front au chaos ambiant. Alors que l’industrie de la mode entre dans une période de révolutions et de frictions et quelques semaines après le départ d’Alber Elbaz, la collection de Lucas Ossendrijver fait preuve de générosité. Le designer de mode doit aujourd’hui retrouver sa liberté de création, mais doit-il pour cela prendre la clef des champs comme semble l’indiquer les nombreuses clefs présentes aux poignets des mannequins ou en broderie?

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Les carrousels de Jean-Paul Lespagnard


Des modèles spectaculaires…

Paris Fashion Week AW 11 – En 2008, Jean-Paul Lespagnard nous contait l’histoire de Jacqueline, vendeuse de fritkot (une baraque à frites en belge), qui rêvait de faire du rodéo aux Etats-Unis. Ce printemps, une bourgeoise tombe amoureuse d’un dekotora japonais (un camion décoré de néons et de peintures extravagantes) au sortir d’une forêt… Irrésistible non ?

Lire la suite « Les carrousels de Jean-Paul Lespagnard »

Lanvin, rive droite-rive gauche

Chers lecteurs,
hier si discret, il s’est retrouvé ces dernières semaines propulsé en haut de l’affiche. Une collaboration avec un géant suédois a « popularisé » la maison pour laquelle il officie et lui-même, le tout porté par les blogueurs, ceux dont il disait, il y a quelques mois, être effrayé. Alber Elbaz est sans conteste le designer de cette fin d’année.

Qui dans le grand public, s’intéressait à la petite maison Lanvin ou au génial Alber Elbaz avant cette gigantesque opération avec le groupe H&M?

Séparé d’une petite dizaine de mètres, deux mégastores se font face, chacun sur une rive, Le Printemps dont les vitrines de Noël ont récemment été mise en scène par Alber Elbaz (voir la vidéo plus bas) et H&M fort d’une très médiatisée collaboration avec l’illustre maison Lanvin.

Kristin Scott-Thomas was here

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Dear readers,
he found himself raise to the top in recent weeks. A collaboration with a famous swedish brand « popularized » the house he works for and himself. All this brought to you by bloggers, those he said to be affraid a few months ago. Alber Elbaz is definitely the designer of this season.

In the general public, who was interested in the small house of Lanvin or by the genius Alber Elbaz before this huge operation with the H & M?

Two megastores face each other, each on one side of the street. Le Printemps, whose Christmas windows were recently staged by Alber Elbaz (video below) and H&M with the Lanvin ❤ H&M collaboration.

Rive droite-Rive gauche: le très chic magasin du Printemps décoré par Alber Elbaz côte à côte avec H&M présentant Lanvin ❤ H&M

H&M ❤ Lanvin it’s the new « share » attitude: « You can not offer you Lanvin? We offer you a taste, we share » …

Be my

At work… avec la styliste Tiphaine Deguelle, nous profitons de notre break-déjeuner pour surfer sur les sites de VPC, pour voir ce qui s’y passe. Cela faisait suite une discussion où l’on constatait la furieuse montée en mode de ces enseignes.

Pour exemple les affiches des 3 Suisses et leurs accroches jouant sur le détournement de slogans. Elles sont efficaces et mettent en scène, entre autres, Irina Lazareanu. Le phénomène s’accélère, cela fait plusieurs saisons que ces enseignes collaborent avec des stylistes et personnalités de la mode reconnus, voire pointus parfois.

Sur le site des 3 Suisses, le (cœur) de « Mode in Paris » signant la photo de homepage rappelle celui de l’über-événement à venir Lanvin loves H&M. Notez également la contiguïté des écritures manuscrites façon marqueur.

Cette proximité temporelle et graphique est-elle une simple coincidence? Air du temps graphique où l’on voit de plus en plus de ces « ❤ » agrémenter les fils de discussion Twitter ou Facebook. Ou bien à-t-on à faire à de l’opportunisme graphique inconscient?

Dans une société submergée d’images, il ne faut pas négliger les micro-impacts quotidiens sur notre cerveau de consommateur liés à ces signes et aux différentes réactions qu’ils peuvent susciter. Savoir les manipuler est donc un important. C’est ce que la maison Lanvin est en train de réaliser, afin d’atteindre une audience plus forte. Mais nul galvaudage ici, Alber Elbaz insiste: « It’s not Lanvin going public, but H&M going luxury »…

Le cœur de Lanvin loves H&M fait graviter autour de lui deux marques aux antipodes l’une de l’autre. Il est shocking pink, comme dirait Elsa Schiaparelli,comme cette collaboration. Bien que complices elles ne se mixeront jamais. Le cœur des 3 Suisses est lui rouge vif, moins luxueux, avant tout et simplement féminin, très chouchou.

Ces petits cœurs bondissants, sont trendy et up-to-date, ils ne vous rangent pas dans la catégorie de ceux qui aiment mais dans celle de ceux qui love maintenant et vite. Avec ce signe, les 3 Suisses, Lanvin, H&M, tous, love la mode. D’ailleurs un des derniers magazines de mode des éditions Condé Nast, s’appelle… Love. Demain ou la saison prochaine on lovera ailleurs. Ainsi va la mode…

Mad Men (ou le « trading-up » du vestiaire masculin)

Le tailoring à fait son retour en force dans la garde robe masculine ces dernières années. L’homme sensible à son look s’est vu tantôt accolé l’étiquette de « dandy », « néo-dandy », « dandy-rock », etc.. Le terme à été utilisé à outrance et pas forcément approprié, un peu comme le mot « luxe » aujourd’hui.

Aujourd’hui on peut choisir ses tenues et ses accessoires sans subir le joug des clichés ou les railleries. On peut être papa, puis rusher faire les soldes avec ses potes et tomber hystérique devant une paire de Visvim. On peut parler foot avec son meilleur ami autour d’une coupe de champagne dans un cabaret et avoir autant de make-up que son conjoint dans sa salle de bain. On peut être trader la nuit et gamer le jour (ou l’inverse c’est selon), bref faire voler le modèle de l’homme de « beau papa » en éclat…

Alors exit le modèle d’antan ?

Et pourtant quand on en vient à en parler, entre nous, aujourd’hui, du top 3 de l’élégance masculine, il semble se situer dans les sixties.
Ainsi M. Steve McQueen, règne en maître absolu (si vous n’avez pas vu Thomas Crown Affair, faites le au plus vite !) puis viennent MM. Cary Grant et Sean Connery. L’an dernier, souvenez-vous, Dior Parfums utilisait une photo d’Alain Delon de 1966 pour incarner son parfum Eau Sauvage.

Steve McQueen dans Thomas Crown Affair (© Collection AlloCiné / http://www.collectionchristophel.fr)

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Alain Delon pour Eau Sauvage de Dior

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Plus proche de nous M. « what else » George Clooney est cité en premier, mais son élégance est plus proche d’un Cary Grant. C’est donc à Jude Law, cité le plus souvent ensuite que revient le titre d’égérie contemporaine, nul Beckham, Thierry Henry, Robert Pattinson, Kanye, ou Justin.

Virilité et élégance

À croire que l’on a tendance à rattacher l’élégance masculine à quelque chose de « viril », « paternel » et de « rassurant ». Malgré toutes les émancipations citées plus haut, il semble que l’élégance passe par une certaine sobriété, loin des attitudes sulfureuses. Ed Westwick alias Chuck Bass devra donc patienter encore un peu.

Conséquence de quoi, la garde-robe masculine moyenne serait sous l’emprise d’un phénomène de « trading-up de style », ou « montée en gamme », les accessoires jadis has-been et symboles d’une certaine autorité comme la cravate (les nœud pap’ arrivent bientôt d’ailleurs), les pince-cravate, les pochettes, et dans une moindre mesure les chapeaux trouvent désormais leur place dans nos armoires. Mais attention le « trading-up de style » ne va rendre plus accessible les habitudes et attitudes de l’homme élégant. « Le trading-up à d’abord pour vocation l’amélioration des performances d’une marque » (V. Bastien, J-N. Kapferer, in Luxe oblige, ed. Eyrolles)

Les héros de la série Mad Men, Donald Draper en tête vont-ils contribuer (avoir une influence) sur notre vestiaire?

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Photo Carin Baer

La Fashion Week masculine automne-hiver 2010-2011 à commencé hier et se poursuit jusqu’à  dimanche. Reste à voir ce que les créateurs nous on concocté pour cet hiver et si je trouve une once de réponse à ma question.

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En attendant voici trois liens, un concernant la série Mad Men et deux blogs de mode masculine découvert récemment, qui cultivent ce style preppy-chic/college/tailoring…

Ivy Style
MadMen footnotes
Style Savage

There is a riot going on at Lanvin

Je pensais récemment au concept de la beauté, à la définition d’un chef-d’œuvre et toutes ces choses. Posé à mes côtés un magazine de mode annonçait un « spécial beauté » avec une couverture des plus morbide… Qu’est ce qui fait que l’on trouve une robe, une paire de chaussures, un manteau ou tout autre vêtement beau ? Je ne parle pas du vêtement porté, mais de celui que l’on voit en vitrine, sur un portant, en photo dans une revue, un vêtement qui exhale la beauté par sa seule présence…
Ci-dessous nulle explication, juste une expérience, du vécu.

Ce jour-là au sortir d’un rendez-vous je m’engouffrais dans la boutique sise au 213, rue Saint honoré, pour flâner. Arrivé au premier étage du concept store parisien, je tombais en arrêt devant une robe que j’attribuais à quelque créateur japonnais. Gris anthracite, toute en bandelettes sculptant la silhouette, sa conception, sa modernité me confortait dans mon choix. Quelques pas et je vis une veste appartenant à la même collection, bandelettes enroulant le corps, pas de boutons, une ligne simple, un zip discret, à côté la jupe complète le tailleur, toute en rubans modelant la taille, les hanches et les cuisses, pas de détails inutiles, une construction complexe qui ne laisse voir que simplicité, élégance et suscite le désir : beau.

Automne-hiver 2009 (c) vogue.fr

Automne-Hiver 2009 (c) vogue.fr

Il y a quelques années, alors que j’achetais ma place dans un cinéma d’art et d’essais du quartier Beaubourg je me retrouvais nez à nez avec ce drôle de monsieur qu’est Alber Elbaz. Il venait juste de quitter la maison Saint Laurent où son passage n’avait apparemment pas fait l’unanimité (puisque remplacé par un designer radicalement différent en la personne de Tom Ford). Il semblait si fragile dans ce petit cinéma de quartier, me dis-je, des tonnes de talents et de sensibilité en sourdine, comme sous cloche, attendant le moment propice…

Je me décidais enfin à regarder l’étiquette : Lanvin bien sûr ! Quelques jours avant j’avais acheté le livre Lanvin de Dean L. Merceron.

Il y a maintenant chez Alber Elbaz de l’assurance, quelque chose de paisible, de la maîtrise. Avec le départ de M. Saint Laurent, Alber Elbaz serait ainsi le garant d’un prêt-à-porter de luxe sans spectacle inutile, sans heurts et sans concept touffu et confus, juste la recherche de la « beauté », ce que certains appellent le luxe à la française.

On dit souvent de Karl Lagerfeld qu’il est la réincarnation au masculin de Mademoiselle Chanel, même goût de l’exposition médiatique et des mondanités. On pourrait en dire de même pour Alber Elbaz et Jeanne Lanvin qui ont en commun le goût de la discrétion et du mystère, avec pour résultante, la même ignorance de la part du grand public, alors que le talent est identique.

On pourrait en rester là, mais la marque se projette et noue des partenariats fort intéressants qui l’éloignent par la même de tout risque de mémérisation, tentant lorsque l’on crée des nouveaux classiques dans l’ombre.

Tout d’abord un positionnement plus que réussi sur le marché des sneakers de luxe en proposant des chaussures « so dope »(1) dessinées par Lucas Ossendrijver, designer de l’Homme Lanvin ou encore lancement d’une ligne de jean (très attendue) en collaboration avec la marque suédoise « so hype » Acne: Lanvin (love) Acne. La dernière campagne de communication est, à mon sens, très bien aussi, abandonnant les symétries ou les déformations du corps des campagnes précédentes.

Sneakers « à tomber », (c) photo Mathieu Lebreton

sneakers, (c) photo Mathieu Lebreton

Lanvin (love) Acne, collection « jean » pour homme et femme

Lanvin (love) Acne, collection "jean" pour homme et femme

Printemps-été 2009, prêt-à-porte de luxe narcissique sur un canapé lacéré… Attention rien est acquis semble signifier la photo.

printemps-été 2009

Pour finir, deux visuels montrant que le travail de bandelettes chez Lanvin est depuis longtemps inscrit dans l’histoire de la maison.

Brimborion (1923), Jeanne Lanvin lacère et réactualise les manches d’un kimono

brimborion (1923), Jeanne Lanvin lacère et réactualise les manches d'un kimono

Brimborion (que l’on pourrait traduire par robe de « peu de rien ») revue pour l’automne-hiver 2005, sensualité a fleur de peau par Alber Elbaz

automne-hiver 2005

Actuellement chez Lanvin tout est Beau.

Et si vous avez manqué les photos du Préfall 2009, çà continue ici

(1) Kanye West, ici

 

Le Bleu Lanvin

 

Je connaissais les tableaux monochromes d’Yves Klein, couleur Bleu Klein, mais je n’avais jamais entendu parler du Bleu Lanvin, le Bleu de la grande couturière Jeanne Lanvin. Elle aurait découvert cette couleur sur une fresque de Fra Angelico lors d’une exposition à Florence.
A l’occasion de la ré-ouverture du Musée des Arts Décoratifs, sa suite privée (salle de bain, chambre et boudoir), aménagée par le décorateur Armand-Albert Rateau a été reconstituée.

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Les parures de lit, tentures murales, et fauteuils de la chambre sont décorés en shantung de soie Bleu Lanvin, les broderies ont été reconstituées par la maison Lesage.


crédit photo The World of Interiors