Future talents | Céline de Schepper, La Cambre


Collection « Sadness is a color », by Céline de Schepper

« Claque de mode », deux heures de crescendo où les étudiants de l’école belge ont montrés tout leur talent au travers d’un show habilement mis en scène.

Les silhouettes des premiers étudiants ont un niveau technique et créatif époustouflant et on a du mal a imaginer qu’une marge de progression pendant leur cursus soit encore envisageable. Tout au long de leur cursus et jusqu’à son terme (5 années plus tard), l’équipe pédagogique de La Cambre pousse ses étudiants dans leur derniers retranchements.

La Belgique est un petit pays en superficie. Mais il est suffisamment vaste pour posséder deux écoles de mode (avec l’Académie Royale d’Anvers) à la renommée internationale. Au sein de ces établissement s’opère une sélection sans concession pour ne garder que les meilleurs (il y a huit élèves en cinquième année pour la promotion 2011).  Un cursus qui s’étend sur cinq années, soit l’équivalent d’un diplôme d’Etat d’architecte ou d’une grande école de commerce. Une approche de l’enseignement de la mode très différente de celle pratiquée en France. Comme le dit Tony Delcampe, le directeur pédagogique du département mode, « une pédagogie centrée sur le faire plutôt que l’illustration ».

Les silhouettes ultra-colorées de Céline de Schepper (ci-dessous) ont été un vrai coup de foudre.

Le souci du détail jusqu’au bout des ongles…


Imprimé marqueterie et jaune citron

Tête haute


Notez le soin tout particulier accordé aux accessoires de tête.


Des détails et un travail sur les volumes (que l’on peut voir sur l’ensemble des réalisations) fascinant… Des revers de col tailleur non symétriques qui naissent d’une couture devant, un col chemisier, un type de manche gigot à tête rectangulaire…

Il y a comme un grand mix and match dans les tenues de Céline de Schepper, des éléments aux couleurs vives, de gros bracelets en bois, des imprimés, de la dentelle, des accessoires de tête fleuris et très élaborés.

Bracelets sculptures

La longue traîne

Céline de Schepper à remporté le prix Prix Hunting & Collecting (Bruxelles).

A relire, un billet concernant le livre édité par l’école.

Bruxelles entre art et mode


La biscuiterie Dandoy, deux siècles de savoir-faire

J’étais à Bruxelles le week-end dernier afin d’assister au défilé de La Cambre.

Trois lieux à visiter:

L’hotel Aqua


Hotel très arty-design avec une installation de l’artiste belge Arne Quinze

Christophe Coppens


L’imposant atelier-immeuble.


Christophe Coppens, illustre créateur de chapeaux.

Très connu et populaire dans son pays, Christophe Coppens l’est un peu moins hors de ses frontières. Cela ne l’empêche nullement de collaborer régulièrement avec les plus prestigieuses maisons de couture ou la jeune garde des designers comme Juun J. (cf. leur collaboration en vidéo)

Stijl


Rick Owens

Rue A. Dansaert 74, Stijl est une boutique qui distille les créateurs Tim Van Steenbergen, Ann Demeulmesteer, Rick Owens…

A suivre Conni Kaminski et M. Bul, jeunes créateurs belges que nous avons pu rencontrer pendant notre séjour.

Gang of four: #3 Julien Fournié, radical

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Pour l’été 2011, la Fédération Française de la Couture avait inscrit trois nouveaux entrants à son calendrier, trois frenchies au style bien marqué, au parcours passionnant, trois frenchies à suivre. Ajoutés à Quentin Véron, voici quatre shows, un gang of four composé de quatre garçons dans le vent, censés donner un peu de vavavoum à notre chère dame Couture.

La collection de Julien Fournié pour l’été prochain à été maintes fois citée depuis sa présentation, notamment dans plusieurs publications print. Controversée, certaines rédactrices ont détesté ce show, d’autres l’ont encensé. Nul en tout cas, ne fut insensible au choix du créateur de ne faire défiler que des mannequins noires…

Une décision en guise de protestation envers des podiums qui ne représentent pas toujours le monde dans lequel nous vivons…

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Etre out of the boundaries (hors frontières) ne semble pas effrayer Julien Fournié, au contraire. Ne pas suivre le sens du courant, une attitude presque « punk », une radicalité qu’il revendique au fur et à mesure de ses défilés. Ainsi il est capable de passer d’un extrême à l’autre, d’une saison sur l’autre. Souvenez-vous de sa collection précédente « Premier Hiver », très « gothique » avec ses broderies sang dégoulinant (ci-dessous).

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Au son d’un requiem, les mannequins allaient les paumes noircies, tournées vers l’extérieur comme lorsque l’on prie, les yeux vers le ciel, comme sacrifiées. Julien était mélancolique.

Pour l’été on est transporté aux antipodes de tout çà, les couleurs éclatent, la musique est festive. En backstage c’est aussi un autre Julien Fournié que je découvre, détendu, toujours souriant, heureux semble-t-il.

Que nous réserve-t-il pour la saison prochaine? Continuera-t-il ce mouvement oscillatoire ou bien est-il réellement entré dans une nouvelle ère?

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Léa Peckre, chiaroscuro

Chiaroscuro, clair-obscur dans la langue de Dante, le traitement photographique permet ici d’apprécier les détails et le travail textile de la lauréate de l’édition 2011 du Festival de la mode d’Hyères. Elle a suscité un tel enthousiasme, qu’elle était donnée gagnante par la majorité des festivaliers dès le premier jour.

Son inspiration, Léa la puise dans l’atmosphère qui règne dans les cimetières: lumière, végétation, architecture. Plus que ses modèles, très structurés, ce que j’ai surtout apprécié dans le travail de la jeune diplômée de La Cambre c’est son travail de la matière.

Les sequins, réalisés entièrement par ses soins, sont imprimés en s’inspirant de sept espèces d’arbres différents puis brodés sur des matières assez épaisses comme pour évoquer les structures massives vues dans les cimetières.

En contraste (ci-dessous), on trouve aussi son précieux travail sur des matières fluides et ajourées.

Complexe: plis et replis s’emmêlent, reflection lumineuse, broderies, sequins et profusions d’empiècements (cf. la veste ci-dessous) créent des effets matières étonnants.

Hyères 2011 – Ode à Oda Pausma

 

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Suivant les conseils d’un ami, j’ai pris le temps de découvrir les modèles qu’Oda Pausma présentait lors du Festival. Il s’agit de sa troisième collection, cela explique sans doute la maturité qui se dégage de ses silhouettes. Quand on regarde ses réalisations passées on note une progression vers ce que l’on pourrait qualifier de ligne claire du stylisme.

Oda ou l’art du trompe-l’œil

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Oppositions de matières et asymétrie, bords nets. Ci-dessus, un cuir rigide, plié et pincé formant des bustiers-plastrons défie une soie fluide qui crée une combinaison naissant autour du cou, puis se prolonge sur la poitrine et s’évase en une large jambe de pantalon. Ou peut-être est-ce une robe, un trompe l’œil ?

Une approche quasi ludique, un cadavre exquis des matières (car il y a bien un jeu à faire aller et venir les tissus et à créer des jambes de pantalon qui s’imbriquent l’une dans l’autre). L’ensemble est sobre, chic et rigoureux, un luxe à la néerlandaise.

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Ci-dessous, le type de détails que j’affectionne, discret mais plein de sens. Un col tailleur incrusté, sans relief ou plutôt une découpe forme col tailleur, un autre trompe l’œil. Un decolleté vertigineux et un pli dans le dos du cou complètent l’ensemble et viennent donner rondeur et féminité au cuir et à la silhouette.

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Demain Hyères 2011

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Vue depuis la pelouse de la Villa Noailles

Hyères 2011, le Festival de la mode et de la photographie c’est demain ! L’occasion de rencontrer les Maxime Simoens, Steffie Christiaens, Viktor & Rolf, Jean-Paul Lespagnard, Sølve Sundsbø ou Camille Vivier de demain.

Se baigner dans un univers créatif, faire des rencontres, attendre la navette qui nous monte à la Villa, flâner au soleil, danser sur la plage à la nuit tombée, re-découvrir le vieux Hyères, attendre la navette qui nous monte à la Villa et assister au défilé sis cette année au salin des Pesquiers à la Capte. Voilà le programme de jours à venir.

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Le dédale de la villa où j’aime me perdre chaque année.

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La mode est une industrie… de la création

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Dans les couloirs de l’Ecole de la Chambre Syndicale de la couture parisienne

Fait rare, politiques et créateurs de mode ensembles avant hier soir au cocktail d’inauguration des nouveaux locaux de l’Ecole de la Chambre Syndicale de Paris, dirigée par François Broca.

Comme l’a justement rappelé alors, le ministre de l’économie, des finances et de l’industrie, Eric Besson, la mode est une industrie.

Il a cent fois raison et n’avait nul besoin de se comparer, alors, à un ancien et so populaire ministre de la Culture(1) pour justifier ses dires… La mode est bel et bien une industrie… de la création.

Tout créatif que l’on soit, il faudra à un moment ou à un autre savoir développer un autre talent, celui de savoir « composer » avec les impératifs industriels(2). Les « mésaventures » de Christian Lacroix ou les derniers événements au sein des maisons Dior ou Balmain montrent combien ces impératifs sont importants. Souvent le créateur tout génial soit-il n’est qu’un fétu de paille qui peut-être broyé sans égards, quand il ne s’en charge pas lui-même…

Mode et industrie

On oppose souvent le créateur à l’industriel ou au financier, comme deux mondes qui ne serait pas compatibles. Un créatif obsédé par des objectifs industriels est suspect, un industriel trop créatif n’est pas sérieux…

Il faut donc trouver le binôme gagnant, la configuration idéale, comme Christian Dior et Marcel Boussac le furent en leur temps…

Mode, industrie et politique

On est loin d’imaginer que l’affaire Hermès-LVMH déjà  si complexe, l’est encore plus (quand politique, finances et maisons de luxe font bon ménage). La maison Hermès, dont la gestion est toujours familiale, est une des rares maisons à avoir traversé la crise sans « trop » de remous. La crise n’affectant ni la création, l’audace ou les résultats financiers. Le sellier de luxe, cible convoitée, détiendrait-il la bonne formule?

Que penser de la dernière déclaration de M. Arnault au New York Times: « Arrêter la vente de produits Hermès dans les duty-free des aéroports, supprimer les soldes et recruter des employés plus jeunes »? L’homme d’affaire donne des conseils stratégiques, qui semblent forts justes, mais on pourrait aussi se demander pourquoi changer une formule qui marche?

Avant hier soir, donc, on pouvait croiser outre les nouveaux élèves, plusieurs générations de créateurs ayant fait leurs armes à l’ECSP (ou ailleurs) Martine Sitbon, Julien Fournié, Anne Valérie Hash, Maxime Simoens, Yiqing Yin, Adeline André…

On souhaite à tous ces créateurs d’être soutenus, d’une manière ou d’une autre, que se soit dans leur reprise d’activité, la continuation ou le démarrage de celle-ci.


Anne-Valérie Hash x Maxime Simoens


Yiqing Yin x Tomek Kolarski


Jean-Claude Jitrois x Sarah Marshall


M. Toledano et Martine Sitbon


Spéciale dédicace à M. Didier Grumbach, président de la Fédération française de la couture


Spéciale dédicace à M. Sidney Toledano, membre du comité de direction de la Chambre syndicale de la haute couture

A lire le parcours de Didier Grumbach, industriel et fils de confectionneur qui crée en 1971 Créateurs & Industriels, une plateforme de rencontres entre créateurs et industriels

Mise-à-jour: Lire cet article issu des Echos sur un désengagement possible d’Hermès de la maison Jean-Paul Gaultier.

 


(1) remember Charles Maurice de Talleyrand « Quand je m’examine, je m’inquiète. Quand je me compare, je me rassure ».

(2) remember le Diable s’habille en Prada (relire la note (1) au pied de ce billet)

 

Les carrousels de Jean-Paul Lespagnard


Des modèles spectaculaires…

Paris Fashion Week AW 11 – En 2008, Jean-Paul Lespagnard nous contait l’histoire de Jacqueline, vendeuse de fritkot (une baraque à frites en belge), qui rêvait de faire du rodéo aux Etats-Unis. Ce printemps, une bourgeoise tombe amoureuse d’un dekotora japonais (un camion décoré de néons et de peintures extravagantes) au sortir d’une forêt… Irrésistible non ?

Lire la suite « Les carrousels de Jean-Paul Lespagnard »

PFW | Inévitable Harry Halim

Chez Harry Halim, je  cherchais une image de la féminité drapée de noir, sensuelle et dramatique comme les danseuses de flamenco, vu de l’Orient. J’étais à la recherche de silhouettes envoûtantes, nullement mystiques ou nostalgiques mais contemporaines. Les quelques silhouettes gothico-tribales, qui peuplent le défilé, semblaient cependant trahir mes attentes.

De ce défilé ont retient les différentes propositions que fait le designer, il explore de nouveaux espaces cette saison montrant son désir et sa propension à offrir un champ créatif non limité. Chaque silhouette a son existence propre, Harry Halim arrive à créer des silhouettes denses et équilibrées (voir ci-dessous).

Une veste-cape aux manches dont la couture est subtilement remplacée par des crochets, contraste avec le baroque d’une large écharpe aux extrémités plumées, le tout sur un pantalon « moderne » à couture tournante. L’ensemble ayant une dimension ludique, puisque l’on peut en maniant les crochets « jouer » avec l’amplitude des manches et varier ainsi le volume de sa veste.

Cette saison Harry Halim propose un travail sur le pli et le drapé. Du col à la poitrine en passant par le dos, le tissu va et vient se pli et se replie.

Tantôt noué ou bouillonné pour former une large et chaleureuse écharpe, un col-écharpe…

Rencontre d’un top très fluide et d’un pantalon fitted.

… tantôt plié finement, « plissé s’il vous plaît », pour former une fraise, des ailes-éventails ou un top-débardeur de gala…

… tantôt plié large formant une encolure dos dégueulante ou donnant de large revers.

Ci-dessous, pelerine à large revers et large col à l’attitude quasi militaire, fermée par des crochets imitant des brandebourgs pour une femme un peu guerrière cette saison.

Harry Halim

J’aime… la grosse maille crochet ou…

la fluidité-drapée de cette robe.


Mais je suis moins fan… des silhouettes gothico-tribales, frisant parfois la caricature.


Brrr… La Dame des Carpates…

J’aime beaucoup… le clip présentant sa collection

Feel the heat | Steffie Christiaens

Paris Fashion Week –

I first met Steffie during Festival de la Mode d’Hyères two years ago (she was a finalist alongside Maxime Simoens). Since then i was very interested by her work.

The young designer has sureley something to achieve with « elementals » and nature. In 2009 the garments were under the influence of the wind. Two years after, for her first collection, it’s all about the fire, the « heat » say Steffie, a collection about the effects of the heat on the material.

So as in Hyères in 2009, the garments are distorted, have torsions like little eruptions. These effects are not easy to render and Steffie is doing it very well.

The creations of Steffie are futuristics but not too caricatural, a difficult exercice and reminds me sometimes, 1997’s « Bump and Mind » collection from Rei Kawakubo.

Below, swirls like dancing flames on the grey jacket and on the cobalt blue dress.

See the flames below (use yourimagination)? Some of her conceptual silhouettes is like sculptures (shaped by the heat), an interesting 3D work on the volume and shape.

The chromatic choice could be surprising as for heat you expect hot colours (yellow, red, orange…) but here it’s cobalt blue for the center of the flame and black for coal…

What next ?

Steffie Christiaens’ garments are not only experiments or for the art scene. Below a crocodile and python jacket with a fluid modern pant

An other fluid silhouette based on crocodile and python large shirt

Below, a serie of jackets and coats

Fitted black coat with an arm ring

Below a 3D jacket with a thrown collar